À M. MURRAY.

Ravenne, 2 février 1821.

«Votre lettre d'excuse est arrivée. J'accueille la lettre, mais je

n'admets pas les excuses, si ce n'est par courtoisie; ainsi, lorsqu'un

homme vous marche sur les orteils et vous demande pardon, on lui accorde

ce pardon, mais la phalange ne vous fait pas moins mal, surtout s'il y

existe un cor.

»Dans le dernier discours du doge, il y a la phrase suivante (voici, du

moins, comme ma mémoire me la donne):

Et toi qui fais et défais les soleils;

Il faut la changer en celle-ci:

Et toi qui allumes et éteins les soleils,

c'est-à-dire, si le vers coule également bien, et si M. Gifford croit

l'expression meilleure. Ayez, je vous prie, la bonté d'y faire

attention. Vous êtes tout-à-fait devenu un ministre d'état. Songez s'il

n'est pas possible qu'un jour vous soyez jeté à bas. *** ne sera pas

toujours tory, quoique Johnson dise que le premier whig fut le diable

lui-même.

»Vous avez, par la correspondance de M. Galignani, appris un secret (un

peu tard, à la vérité); savoir qu'un Anglais peut exclusivement disposer

de ses droits d'auteur en France,--fait de quelque importance au cas

qu'un écrivain obtienne une grande popularité. Or, je veux bien vous

dire ce qu'il faut que vous fassiez, et ne point prendre d'avantage sur

vous, quoique vous ayez été assez méchant pour rester trois mois sans

accuser réception de ma lettre. Offrez à Galignani l'achat du droit de

propriété en France; s'il refuse, désignez tel libraire qu'il vous

plaira, et je vous signerai tel contrat qu'il vous plaira aussi, et il

ne vous en coûtera pas un sou de mon côté.

»Songez que je ne veux point me mêler de cette affaire, sinon pour vous

assurer la propriété de mes oeuvres. Je n'aurai jamais de marché qu'avec

les libraires anglais, et je ne désire aucun honoraire hors de ma

patrie.

»Or, cela est candide et sincère, et un peu plus beau que votre silence

matois, pour voir ce qu'il en adviendrait. Vous êtes un excellent homme,

_mio caro Moray_, mais il y a encore en vous, par-ci par-là, un peu de

levain de Fleet-Street,--une miette de vieux pain. Vous n'avez pas le

droit d'agir envers moi en homme soupçonneux; car je ne vous en ai donné

aucune raison. Je serai toujours franc avec vous........................

........................................................................

»Je ne dirai plus rien à présent, sinon que je suis,

»Votre, etc.

»_P. S._ Si vous vous aventurez, comme vous le dites, à Ravenne cette

année, je remplirai les devoirs de l'hospitalité tant que vous y vivrez,

et vous enterrerai bel et bien (pas en terre sainte, néanmoins), si vous

êtes tué par la balle ou par le glaive; ce qui devient fréquent depuis

peu parmi les indigènes. Mais peut-être votre visite sera prévenue; je

viendrai probablement dans votre pays; et dans ce cas, écrivez à milady

le duplicata de l'épître que le roi de France adressa au prince Jean.»

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 12 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 194 / 366 题