Ravenne, 27 janvier 1821.
«Je diffère d'avis avec vous sur le compte de la _Prophétie de Dante_,
que je crois devoir être publiée avec la tragédie. Mais faites ce qu'il
vous plaît; vous êtes nécessairement le meilleur juge des finesses de
votre métier. Je suis d'accord avec vous sur le titre. Le drame peut
être bon ou mauvais, mais je me flatte que c'est un tableau original,
d'un genre de passion si naturel à mon esprit, que je suis convaincu que
j'aurais agi précisément comme le doge, sous l'influence des mêmes
provocations.
»Je suis charmé de l'approbation de Foscolo.
»Excusez-moi si je me hâte. Je crois vous avoir dit que:--je ne sais
plus ce que c'était: mais peu importe.
»Merci pour vos complimens du premier jour de l'an. J'espère que cette
année sera plus agréable que la dernière. Je ne parle que par rapport à
l'Angleterre, où j'ai eu, en ce qui me concerne, toute espèce de
désappointement;--j'ai perdu un procès important,--et les procureurs de
lady Byron me refusent de consentir à un prêt avantageux que je voulais
faire de mon propre bien à lord Blessington, etc., etc., etc., comme
pour clore convenablement les quatre saisons. Ces contrariétés, et cent
autres pareilles, ont rendu cette année un tissu d'affaires pénibles
pour moi en Angleterre. Heureusement, les choses ont ici une tournure un
peu plus agréable pour moi; autrement j'aurais usé de l'anneau
d'Annibal[117].
»Remerciez, je vous prie, Gifford de toutes ses bontés. L'hiver est ici
aussi froid que les latitudes polaires de Parry[118]. Il faut que
j'aille galoper dans la forêt; mes chevaux attendent. Votre sincère,
etc.»
[Note 117: On sait qu'Annibal mit fin à ses jours en avalant un
poison caché dans son anneau.]
[Note 118: Célèbre marin anglais, qui, en cherchant un passage dans
l'Océan arctique, s'est approché du pôle plus près qu'aucun des
navigateurs qui l'ont précédé. (_Notes du Trad._)]