Ravenne, 19 janvier 1821.
«Votre lettre du 29 du mois dernier est arrivée. Il faut que je vous
requière positivement et sérieusement de prier M. Harris ou M. Elliston
de laisser _le Doge_ tranquille. Ce n'est pas un drame à jouer; la
représentation ne remplira pas leur but, nuira au vôtre (qui est la
vente de l'ouvrage); et me fera de la peine. C'est manquer de
courtoisie, et même d'honnêteté, que de persister dans cette usurpation
des écrits d'un homme.
»Je vous ai déjà fait passer par le dernier courrier une courte
protestation, adressée au public, contre ce procédé; au cas que ces
gens-là persistent, ce que je n'ose point croire, vous la publierez dans
les journaux. Je ne m'en tiendrai pas là, s'ils vont leur train; mais je
ferai un plus long appel sur ce point, et établirai l'injustice que je
vois dans leur manière d'agir. Il est dur que je doive avoir affaire à
tous les charlatans de la Grande-Bretagne, aux pirates qui me
publieront, et aux acteurs qui me joueront,--tandis qu'il y a des
milliers de braves gens qui ne peuvent trouver ni libraire ni directeur.
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»Le troisième chant de _Don Juan_ est «faible»; mais, si les deux
premiers et les deux suivans sont tolérables, qu'attendez-vous? surtout
puisque je ne dispute pas avec vous sur ce point, ni comme objet de
critique ni comme objet d'affaires.
»D'ailleurs, que dois-je croire? Vous, Douglas Kinnaird, et d'autres,
m'écrivez que les deux premiers chants déjà publiés sont au nombre des
meilleures pièces que j'aie écrites, et sont réputés comme tels; Augusta
écrit qu'ils sont jugés «exécrables» (mot bien amer pour un
auteur:--qu'en dites-vous, Murray?) même comme composition littéraire,
et qu'elle en avait entendu dire tant de mal, qu'elle a résolu de ne
jamais les lire, et a tenu sa résolution. Quoiqu'il en soit, je ne puis
retoucher; ce n'est pas mon fort. Si vous publiez les trois nouveaux
chants sans ostentation, ils réussiront peut-être.
»Publiez, je vous prie, le Dante et le Pulci (je veux dire la _Prophétie
de Dante_). Je regarde la traduction de Pulci comme ma grande oeuvre. Le
reste des _Imitations d'Horace_ où est-il? Publiez tout en même tems:
autrement «la variété» dont vous vous targuez sera moins évidente.
»Je suis de mauvaise humeur.--Des obstacles en affaires venus de ces
maudits procureurs, qui s'opposent à un prêt avantageux que je devais
faire sur hypothèque à un noble personnage, parce que la propriété de
l'emprunteur est en Irlande, m'ont appris comment un homme est traité
pendant son absence. Oh! si je reviens, je ferai marcher droit quelques
hommes qui n'y songent guère;--ou eux ou moi, nous déménagerons.»
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