27 février 1821.

«J'ai été un jour sans continuer le journal, parce que je ne pouvais

trouver un cahier blanc. Enfin, je rassemble ces souvenirs.

»Promené à cheval, etc.,--dîné,--écrit une stance additionnelle pour le

cinquième chant de _Don Juan_; je l'avais composée dans mon lit ce

matin. Visité l'_amica_[109]. Nous sommes invités à la soirée du

_Veglione_ (dimanche prochain), avec la _marchesa_ Clelia Cavalli et la

comtesse Spinelli Rusponi: j'ai promis d'y aller. Hier soir, il y eut

une émeute au bal, dont je suis un _socio_. Le vice-légat a eu

l'insolence imprudente d'introduire trois de ses domestiques en

masque,--sans billets, et en dépit de toutes remontrances. Il s'ensuivit

que les jeunes gens du bal se fâchèrent et furent sur le point de jeter

le vice-légat par la fenêtre. Ses domestiques, voyant la scène, se

retirèrent, et lui après eux. Sa révérence _monsignore_ devrait savoir

que nous ne vivons pas dans le tems de la prédominance des prêtres sur

le décorum. Deux minutes de plus, deux pas en avant, et toute la ville

aurait été en armes, et le gouvernement expulsé.

[Note 108: Dans un autre cahier. (_Note de Moore_.) ]

[Note 109: L'amie, la maîtresse. (_Note du Trad._) ]

»Tel est l'esprit du jour, et ces gens-là ne paraissent pas s'en

apercevoir. Le fait simplement considéré, les jeunes gens avaient

raison, les domestiques ayant toujours été exclus des fêtes.

»Hier, j'ai écrit deux notes sur la controverse de _Bowles et Pope_, et

les ai envoyées à Murray par la poste. La vieille femme que j'assistai

dans la forêt (elle a quatre-vingt-quatorze ans) m'a apporté deux

bouquets de violettes. _Nam vita gaudet mortua floribus_. Le cadeau m'a

plu beaucoup. Une femme anglaise m'aurait offert une paire de bas de

laine tricotés, au moins, dans le mois de février. Les bouquets et les

bas sont d'excellentes choses; mais les premiers sont plus élégans. Le

cadeau, dans cette saison, me rappelle une stance de Gray omise dans son

élégie:

Ici sont souvent répandues les violettes printanières,

Que des mains inconnues font pleuvoir;

Le rouge-gorge aime à nicher et à gazouiller ici,

Et la trace légère d'un petit pas s'imprime sur le sol.

»C'est une stance aussi belle qu'aucune autre de son élégie; je m'étonne

qu'il ait eu le courage de l'omettre.

»Cette nuit, j'ai horriblement souffert--d'une indigestion, je crois. Je

ne soupe jamais,--c'est-à-dire, jamais chez moi; mais hier soir, je me

laissai entraîner, par le cousin de la comtesse Gamba, et par

l'énergique exemple de son frère, à avaler au souper quantité de moules

bouillies, et à les délayer sans répugnance avec du vin d'Imola. Quand

je fus rentré chez moi, dans l'appréhension des conséquences, j'avalai

trois ou quatre verres de liqueurs spiritueuses, que les hommes (les

marchands) nomment eau-de-vie, rum ou curaçao, mais que les dieux

intituleraient esprit-de-vin coloré ou sucré. Tout alla bien jusqu'à ce

que je me fusse mis au lit; alors je devins un peu enflé, et fus pris

d'un fort vertige. Je sortis du lit, et, faisant dissoudre du

_soda-powder_, j'en bus. Cette boisson me procura un soulagement

momentané. Je rentrai dans le lit; mais je redevins malade et triste. Je

repris encore du _soda-water_. Enfin, je tombai dans un affreux sommeil.

Je m'éveillai et fus souffrant tout le jour, jusqu'à ce que j'eusse

galopé quelques milles. Question:--Est-ce à cause des moules, ou de ce

que je pris pour les corriger, que j'éprouvai cette secousse? Je crois à

l'une et l'autre cause. J'observai durant mon indisposition la complète

inertie, inaction et destruction de mes principales facultés mentales.

J'essayai de les ranimer,--mais je ne le pus;--et voilà ce que c'est que

l'ame! Je croirais qu'elle est mariée au corps, si elle ne sympathisait

pas si étroitement avec lui. Si elle s'exaltait quand le corps

s'affaisse, et _vice versa_, ce serait un signe que le corps et l'ame

soupirent pour un état naturel de divorce; mais au contraire corps et

ame semblent aller ensemble comme des chevaux de poste.

»Espérons ce qui vaut le mieux;--c'est le grand point.»

Durant les deux mois que comprend ce journal, Byron écrivit

quelques-unes des lettres de la série suivante. Le lecteur doit donc

s'attendre à y trouver des détails relatifs aux mêmes événemens.

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 12 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 181 / 366 题