19 janvier 1821.

«Promenade à cheval. Le vent d'hiver est un peu moins cruel que

l'ingratitude, quoique Shakspeare dise le contraire. Du moins, je suis

si accoutumé à rencontrer plus souvent l'ingratitude que le vent du

nord, que je regarde le premier mal comme le pire des deux. J'avais

rencontré l'un et l'autre dans l'espace de vingt-quatre heures; ainsi

j'ai pu en juger.

»Songé à un plan d'éducation pour ma fille Allegra, qui doit bientôt

commencer ses études. Écrit une lettre,--puis un _postscriptum_. J'ai

les esprits abattus,--c'est certainement de l'hypocondrie,--le foie est

malade;--je prendrai une dose de sels.

»J'ai lu la vie de M. R. L. Edgeworth, père de la fameuse miss

Edgeworth, écrite par lui-même et par sa fille. Certes, c'est un grand

nom. En 1813, je me souviens d'avoir rencontré le père et la fille dans

le monde fashionable de Londres (monde où j'étais alors un item, une

fraction, le segment d'un cercle, l'unité d'un million, le rien de

quelque chose), dans les cercles, et à un déjeûner chez sir Humphrey et

lady Davy. J'avais été le lion de 1812; miss Edgeworth, et madame de

Staël, etc., avec les cosaques, vers la fin de 1813, furent les

curiosités de l'année suivante.

»Je trouvai dans Edgeworth un beau vieillard, avec le teint rouge de vin

de l'homme âgé, mais actif, vif et inépuisable. Il avait soixante-dix

ans, mais il n'en montrait pas cinquante,--non certes, ni même

quarante-huit. J'avais vu depuis peu le pauvre Fitzpatrick,--homme de

plaisir, d'esprit, d'éloquence,--enfin, homme universel: il

chancelait,--mais il parlait toujours en gentilhomme, quoique d'une voix

faible. Edgeworth faisait le fanfaron, parlait fort et long-tems; mais

il n'était ni faible ni décrépit, et il paraissait à peine

vieux........................................

»Il ne fut pas fort admiré à Londres, et je me rappelle une plaisanterie

assez drôle qui avait cours parmi les gens du bon ton du jour:--voici ce

que c'est: on invitait alors tous les hommes à signer une adresse «pour

le rappel de Mrs. Siddons au théâtre (cette actrice venait de prendre

congé du public, au grand malheur des tems;--car il n'y eut jamais et

jamais il n'y aura de talent pareil.) Or, Thomas Moore, de profane et

poétique mémoire, proposa de signer et faire circuler une adresse

semblable pour le rappel de M. Edgeworth en Irlande[93].

[Note 93: Moore, dans une note, nie qu'il ait été l'auteur de cette

plaisanterie. (_Note du Trad._) ]

»Le fait est qu'on s'intéressa davantage à miss Edgeworth. C'était une

jeune fille mignonne et modeste,--sinon belle, du moins agréable. Sa

conversation était aussi paisible que sa personne....................

.....................................................................

»La famille Edgeworth fut, d'ailleurs, une excellente pièce de

curiosité, et eut la vogue pendant deux mois, jusqu'à l'arrivée de Mme

de Staël.

»Pour en venir aux ouvrages des Edgeworth, je les admire; mais ils

n'excitent point de sentiment, ils ne laissent d'amour--que pour quelque

maître-d'hôtel ou postillon irlandais. Mais ils produisent une

impression profonde d'intelligence et de sagesse,--et peuvent être

utiles.»

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 12 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 149 / 366 题