A M. MOORE.

Ravenne, 15 novembre 1820.

«Merci de votre lettre, qui a été un peu longue à venir,--mais vaut

mieux tard que jamais. M. Galignani a donc, ce semble, été supplanté et

pillé lui-même, en seconde main, par un autre éditeur parisien, qui a

audacieusement imprimé une édition de _L.-B's Works_[82] au prix

ultra-libéral de 10 fr., et (comme Galignani le remarque

douloureusement) 8 fr. seulement pour les libraires! _Horresco

referens_[83]! Songer que les oeuvres complètes d'un homme rapportent si

peu!

[Note 82: Oeuvres de L. B.]

[Note 83: Virg. Æn. lib. II. _Je frémis en le racontant_. (_Notes du

Tr._)]

»Galignani m'envoie, dans une lettre pressée, une permission pour lui,

donnée par moi, de publier, etc., etc., lequel permis j'ai signé et

envoyé à M. Murray. Voulez-vous expliquer à Galignani que je n'ai aucun

droit de disposer de la propriété de Murray sans l'agrément de celui-ci?

et que je dois par conséquent l'adresser à Murray pour retirer le permis

de ses griffes,--chose fort difficile, je présume. J'ai écrit à

Galignani dans ce sens; mais un mot de la bouche d'un illustre confrère

le convaincrait que je n'ai pu honnêtement acquiescer à son désir,

quoique je le pusse légalement. J'ai fait ce qui dépendait de moi,

c'est-à-dire j'ai signé l'autorisation et l'ai envoyée à Murray. Que

les chiens divisent la carcasse, si elle est tuée à leur gré.

»Je suis content de votre épigramme. Il est ridicule que nous laissions

tous deux notre esprit rompre avec nos sentimens; car je suis sûr que

nous sommes au fond partisans de la reine. Mais il n'y a pas moyen de

résister à un jeu de mots.--À propos, nous avons aussi, dans cette

partie du monde, une diphthongue non pas grecque, mais espagnole,--me

comprenez-vous?--qui est sur le point de bouleverser tout l'alphabet.

Elle a été d'abord prononcée à Naples, et se propage;--mais nous sommes

plus près des barbares, qui sont en force sur le Pô, et le traverseront

sous le premier prétexte légitime.

»Il y aura à régler avec le diable, et l'on ne peut dire qui sera ou ne

sera pas sur son livre de comptes. Si une gloire inattendue survenait à

quelqu'un de votre connaissance, faites-en une Mélodie, afin que son

ombre, comme celle du pauvre Yorick, ait la satisfaction d'être

plaintivement pleurée--ou même plus noblement célébrée, comme _Oh!

n'exhalez pas son nom_. Au cas que vous ne l'en jugiez pas digne, voici

un chant à la place:

Quand un homme n'a pas à combattre pour la liberté

dans sa patrie,

Qu'il combatte pour celle de ses voisins;

Qu'il songe aux gloires de la Grèce et de Rome;

Et se fasse briser la tête pour ses travaux.

Servir le genre humain est un plan chevaleresque,

Qui toujours est noblement récompensé;

Combattez donc pour la liberté partout où vous pouvez,

Et si vous n'êtes pas fusillé ou pendu, vous serez chevalier.

....................................................................

»Voici une épigramme que je fis pour l'endossement de l'acte de

séparation en 1816; mais les hommes de loi objectèrent qu'elle était

superflue.

_Endossement de l'acte de Séparation, en avril_ 1816.

Il y a un an, vous juriez, chère amie!

D'aimer, de respecter, _et cætera_;

Tel fut le serment que vous me fîtes,

Et voici précisément ce qu'il vaut.

»Pour l'anniversaire du 2 janvier 1821, j'ai d'avance un petit

compliment, que j'ajoute en cas d'accident.

_À Pénélope, 2 janvier_ 1821.

Ce jour fut de tous les jours

Le pire pour vous et pour moi:

Il y a juste _six_ ans que nous n'étions qu'_un_,

Et _cinq_ que nous redevînmes _deux_.

»Excusez, je vous prie, toutes ces absurdités; car il faut que je les

dise, dans la crainte de m'étendre sur de plus sérieux sujets, que, dans

l'état actuel des choses, il n'est pas prudent de confier à une poste

étrangère. Je vous disais, dans ma dernière, que j'avais continué mes

_Mémoires_, et que j'en avais fait douze feuilles de plus; mais je

soupçonne que je les interromprai: en ce cas, je vous enverrai cela par

la poste, quoique j'éprouve quelque remords à faire payer à un ami tant

de frais de port; car nous n'avons pas nos ports francs au-delà de la

frontière.............................................................

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Œuvres complètes de lord Byron, Tome 12 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 123 / 366 题