MACBETH.

Dix mille _oies_, coquin?

_Réponse_.

Dix mille _auteurs_, seigneur.

»Or, sur ces dix mille auteurs, il y a présentement dix-neuf cent

quatre-vingt-sept poètes, tous vivans en ce moment, quels que soient

devenus leurs ouvrages, ce que leurs libraires savent bien; et parmi

eux il y en a plusieurs qui possèdent une bien plus grande réputation

que la mienne, quoique considérablement moindre que la vôtre. C'est à la

négligence de vos traducteurs allemands que vous devez de ne pas

soupçonner les oeuvres................................................

......................................................................

Il y en a encore un autre nommé.......................................

»Je mentionne ces poètes par forme d'exemple, pour vous éclairer. Ils ne

constituent que deux briques de notre Babel (briques de Windsor, soit

dit en passant), mais ils peuvent servir comme spécimen de l'édifice.

»Vous avancez, de plus, «que ce caractère dominant de l'ensemble de la

poésie anglaise actuelle, est le dégoût et le mépris de la vie.» Mais je

soupçonne plutôt que, par un seul ouvrage en prose, vous, oui,

vous-même, avez excité un plus grand mépris pour la vie que tous les

volumes anglais de poésie qui aient été jamais écrits. Mme de Staël dit

«que Werther a occasioné plus de suicides que la plus belle femme», et

je crois réellement qu'il a mis plus d'individus hors de ce monde que

Napoléon lui-même,--excepté dans l'exercice de sa profession. Peut-être,

illustre baron, le jugement acrimonieux porté par un célèbre journal du

Nord sur vous en particulier, et sur les Allemands en général, vous a

autant indisposé contre la poésie que contre la critique de

l'Angleterre. Mais vous ne devez pas avoir égard à nos critiques, qui

sont au fond de bons vivans,--et vu leurs deux professions,--car ils

font la loi, et puis l'appliquent. Personne ne peut déplorer leur

jugement précipité et injuste à votre égard, plus que je ne le fais

moi-même; et j'ai exprimé mes regrets à votre ami Schlegel, en 1816, à

Coppett.

»Dans l'intérêt de mes dix mille frères vivans, et dans le mien propre,

j'ai pris ainsi en considération une opinion relative à la poésie

anglaise en général, opinion qui méritait d'être remarquée, puisqu'elle

était de vous.

»Mon principal but en m'adressant à vous, a été de témoigner mon sincère

respect et mon admiration pour un homme qui, pendant un demi-siècle, a

conduit la littérature d'une grande nation, et qui passera à la

postérité comme le premier caractère littéraire de son tems.

»Vous avez été heureux, monsieur, non-seulement par les écrits qui ont

illustré votre nom, mais par ce nom même, suffisamment musical pour être

articulé par la postérité. En ceci vous avez l'avantage sur quelques-uns

de vos compatriotes, dont les noms seraient peut-être immortels

aussi,--si l'on pouvait les prononcer. On pourrait peut-être supposer,

d'après ce ton apparent de légèreté, que j'ai l'intention de vous

manquer de respect; mais ce serait une erreur; je suis toujours

égrillard en prose. Vous considérant, comme je le fais, avec une

conviction réelle et ardente, tant dans votre propre pays que chez la

plupart des autres nations, comme la plus haute supériorité littéraire

qui ait existé en Europe depuis la mort de Voltaire, j'ai senti et sens

encore le désir de vous dédier l'ouvrage suivant,--non comme tragédie ou

comme poème (car je ne puis prononcer s'il doit avoir l'une ou l'autre

qualification, ou même n'avoir ni l'une ni l'autre), mais comme marque

d'estime et d'admiration de la part d'un étranger envers un homme qui a

été salué en Allemagne le Grand Goëthe.

»J'ai l'honneur d'être, avec le plus sincère respect, votre

très-obéissant et très-humble serviteur.

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 12 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 114 / 366 题