Ravenne, 8 octobre 1820.
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«La lettre de Foscolo est précisément la chose nécessaire; premièrement,
parce que Foscolo est un homme de génie, et puis, parce qu'il est
Italien, et par conséquent le meilleur juge des compositions relatives
à l'Italie. En outre,
«Il est plutôt un antique Romain qu'un Danois,»
c'est-à-dire, il ressemble plus aux anciens Grecs qu'aux modernes
Italiens. Quoi qu'il soit «un peu,» comme dit Dugald Dalgetty, «trop
sauvage et trop farouche» (ainsi que Ronald du Brouillard), c'est un
homme merveilleux, et mes amis Hobhouse et Rose ne jurent tous deux que
par lui, et ils sont bons juges des hommes, et des humanités italiennes.
»Voilà en tout deux voix considérables déjà gagnées. Gifford dit que
c'est du bon et pur anglais sterling, et Foscolo dit que les caractères
sont vraiment vénitiens. Shakspeare et Otway ont eu un million
d'avantages sur moi, outre le mérite incalculable d'être morts depuis un
ou deux siècles, et d'être nés tous deux de rien (ce qui exerce une
telle attraction sur les aimables lecteurs vivans). Il faut au moins que
je conserve le seul avantage qui puisse m'appartenir:--celui d'avoir été
à Venise, et d'être entré plus avant dans la couleur locale; je ne
réclame rien de plus.
»Je sais ce que Foscolo veut dire relativement à Calendaro, crachant
contre Bertram; cela est national,--je parle de l'objection. Les
Italiens et les Français, avec ces «étendards d'abomination,» ou
mouchoirs de poche, crachent çà et là, et partout,--presque à votre
face, et par conséquent objectent que c'est une action trop familière
pour être transportée sur le théâtre. Mais nous, qui ne crachons nulle
part--hors à la face d'un homme quand nous devenons furieux--nous ne
pouvons sentir cela: rappelez-vous _Massinger_ et le _Sir Giles
Overreach_ de Kean.
«Seigneur! ainsi je crache contre toi et ton conseil.»
»D'ailleurs, Calendaro ne crache pas à la face de Bertram; il crache
contre lui, comme j'ai vu les Musulmans le faire quand ils sont dans un
accès de colère. De plus, il ne méprise pas, dans le fond, Bertram,
quoiqu'il l'affecte,--comme nous faisons tous lorsque nous sommes
irrités contre quelqu'un que nous regardons comme notre inférieur. Il
est en colère qu'on ne le laisse pas mourir naturellement (quoiqu'il
n'ait pas peur de la mort); et souvenez-vous qu'il soupçonnait et
haïssait Bertram dès le commencement. D'autre part, Israël Bertuccio est
un individu plus froid et plus concentré; il agit par principe et par
impulsion; Calendaro par impulsion et par exemple.
»Il y a aussi un argument pour vous.
»Le doge répète;--c'est vrai, mais c'est parce que la passion le
possède, parce qu'il voit différentes personnes, et qu'il est toujours
obligé de recourir au motif prédominant dans son esprit. Ses discours
sont longs;--c'est encore vrai, mais j'ai écrit pour le cabinet, et sur
le patron français et italien plutôt que sur le vôtre, dont je n'ai pas
une haute opinion: car tous vos vieux dramaturges, Dieu sait qu'ils
sont assez longs:--regardez tel d'entre eux qu'il vous plaira.
»Je vous rends la lettre de Foscolo, parce qu'elle parle aussi de ses
affaires particulières. Je suis fâché de voir un tel homme dans la gêne,
parce que je connais ce que c'est ou plutôt ce que c'était. Je n'ai
jamais rencontré que trois hommes qui auraient étendu le doigt pour moi;
l'un fut vous-même, l'autre William Bankes, et l'autre un noble
personnage mort depuis long-tems; mais de ces trois hommes le premier
fut le seul qui me fit des offres lorsque j'étais réellement bisogneux;
le second le fit de bon coeur,--mais je n'avais pas besoin des secours
de Bankes, et dans le cas contraire je ne les aurais même pas acceptés
(quoique j'aie de l'amitié et de l'estime pour lui); et le
troisième..........................................................
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»Ainsi vous voyez que j'ai vu d'étranges choses dans mon tems. Quant à
votre offre, c'était en 1815, lorsque je n'étais pas sûr de demeurer
avec cinq livres sterling. Je la refusai, mais je ne l'ai pas oubliée,
quoique probablement vous l'ayiez oubliée vous-même.
[Note 65: Suppression de Moore.]
»_P. S._ Le _Ricciardo_ de Foscolo a été prêté, sans avoir eu ses
feuilles coupées, à quelques Italiens, maintenant en _villeggiatura_, en
sorte que je n'ai pas eu l'occasion d'écouter leur avis ou de lire
moi-même l'ouvrage. Ils s'en sont emparés, et parce que c'était de
Foscolo, et en raison de la beauté du papier et de l'impression. Si je
trouve qu'il prend, je le ferai réimprimer ici. Les Italiens ont de
Foscolo une aussi haute opinion que de qui que ce soit au monde, tout
divisés et misérables qu'ils sont, sans loisirs à consacrer à la
lecture, et n'ayant de tête ni de coeur que pour juger les extraits des
journaux français et de la gazette de Lugano.
»Nous nous entre-regardons tous les uns les autres, comme des loups à la
poursuite de leur proie, n'attendant que la première occasion pour faire
des choses inexprimables. C'est un grand monde dans le chaos, ou ce sont
des anges en enfer, tout comme il vous plaira: mais du chaos est sorti
le paradis, et de l'enfer--je ne sais quoi; mais le diable est entré
ici, et c'est un rusé compagnon, vous savez.
»Vous n'avez pas besoin de m'envoyer d'autres ouvrages périodiques que
la _Revue d'Édimbourg_ et la _Quarterly_, et de tems en tems un
_Blackwood-Magazine_ ou une _Monthly Review_. Quant au reste, je ne me
sens jamais assez de curiosité pour porter mon regard au-delà des
couvertures.......................................................
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»Songez que si vous mettiez mon nom à _Don Juan_ dans ces jours
d'hypocrisie, les hommes de loi pourraient faire opposition auprès de la
chancellerie à mon droit de tutelle sur ma fille, en articulant que
c'est une _parodie_:--tels sont les dangers d'une folle plaisanterie. Je
n'ai pas su cela d'abord, mais vous pourrez, je crois, en constater
l'exactitude, et soyez sûr que les Noël ne laisseraient pas échapper
cette occasion. Or, je préfère mon enfant à un poème, et vous feriez
vous-même ainsi, quoique vous en ayez une demi-douzaine............
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»Si vous feuilletez les premières pages de l'_Histoire de la Pairie_
d'Huntingdon, vous verrez combien Ada fut un nom commun dans les
premiers tems des Plantagenet. J'ai trouvé ce nom dans ma propre lignée,
sous les règnes de Jean et de Henri, et l'ai donné à ma fille. C'était
aussi celui de la soeur de Charlemagne. Il est dans un des premiers
chapitres de _la Genèse_, comme nom de la femme de Lamech, et je suppose
qu'Ada est le féminin d'Adam. Il est court, ancien, sonore, et a été
dans ma famille; voilà pourquoi je l'ai donné à ma fille.»