Ravenne, 6 octobre 1820.
«Vous devez avoir reçu tous les actes de _Marino Faliero_, revus et
corrigés. Ce que vous dites du pari de 100 guinées fait par quelqu'un
qui dit m'avoir vu la semaine dernière, me rappelle une aventure de
1810. Vous pouvez aisément constater le fait, qui est vraiment bizarre.
»À la fin de 1811, je rencontrai un soir chez Alfred mon ancien camarade
d'école et de classe, le secrétaire irlandais Peel. Il me raconta qu'en
1810 il avait cru me rencontrer dans Saint-James-Street, mais que nous
avions tous deux passé outre sans nous parler. Il parla de cette
rencontre, qui fut niée comme chose impossible, puisque j'étais alors en
Turquie. Un jour ou deux après, il montra à son frère une personne à
l'autre côté de la rue, en disant: «Voici l'homme que j'ai pris pour
Byron.» Son frère répondit sur-le-champ: «Comment! c'est Byron, et non
pas un autre.» Mais ce n'est pas tout:--quelqu'un m'a vu écrire mon nom
parmi ceux qui venaient s'informer de la santé du roi alors attaqué de
folie. Or, à cette époque, j'étais à Patras, en proie à une fièvre
violente que j'avais gagnée de la _malaria_ dans les marais près
d'Olympia. Si j'étais mort alors, c'eût été pour vous une nouvelle
histoire de revenant. Vous pouvez facilement vous assurer de
l'exactitude du fait par le témoignage de Peel lui-même qui me l'a
raconté en détail. Je suppose que vous serez de l'opinion de Lucrèce,
qui nie l'immortalité de l'ame, mais--affirme que «les surfaces ou
cases où les corps sont renfermés, s'en séparent quelquefois comme les
pellicules d'un oignon, et peuvent être vues dans un état de parfaite
intégrité, en sorte que les formes et les ombres des vivans et des morts
apparaissent réquemment.»
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»Votre, etc.
»_P. S._ L'an dernier (en juin 1819), je rencontrai chez le comte Mosti,
à Ferrare, un Italien qui me demanda «si je connaissais Lord Byron.»--Je
lui dis que non (personne ne se connaît, comme vous savez).--«Eh bien,
dit-il, je le connais, moi; je l'ai vu à Naples l'autre jour.»--Je tirai
ma carte, et lui demandai si c'était ainsi que le nom était écrit; il me
répondit: «Oui.» Je soupçonne que c'était un mauvais chirurgien de la
marine, qui suivait une jeune dame en voyage, et se faisait passer pour
un lord dans les maisons de poste.»..............