À M. MOORE.

Ravenne, 31 août 1820.

«Au diable votre _mezzo cammin_[54]:--«La fleur de l'âge» eût été une

phrase plus consolante. D'ailleurs, ce n'est point exact; je suis né en

1788, et, par conséquent, je n'ai que trente-deux ans. Vous vous êtes

mépris sur un autre point: la _boîte à sequins_ n'a jamais été mise en

réquisition, et ne le sera pas très-probablement. Il vaudrait mieux

qu'elle l'eût été; car alors un homme n'a pas d'obligation, comme vous

savez. Quant à une réforme, je me suis réformé,--que voudriez-vous? «La

rébellion était dans son chemin et il la trouva.» Je crois vraiment que

ni vous ni aucun homme d'un tempérament poétique ne peut éviter une

forte passion de ce genre: c'est la poésie de la vie. Qu'aurais-je connu

ou écrit, si j'avais été un politique paisible et mercantile, ou un lord

de la chambre? Un homme doit voyager et s'agiter, ou bien il n'y a pas

d'existence. D'ailleurs, je ne voulais être qu'un _cavalier servente_,

et n'avais pas l'idée que cela tournerait en roman, à la mode anglaise.

[Note 54: Je l'avais félicité d'être arrivé à ce que Dante appelle

le _mezzo cammin_ (le milieu de la route) de la vie, l'âge de

trente-trois ans. (_Note de Moore_.) ]

»Quoi qu'il en soit, je soupçonne connaître en Italie une ou deux

choses--de plus que lady Morgan n'en a recueillies en courant la poste.

Qu'est-ce que les Anglais connaissent de l'Italie, hors les musées et

les salons,--et quelque beauté mercenaire _en passant_[55]? Moi, j'ai

vécu dans le coeur des maisons, dans les contrées les plus vierges et

les moins influencées par les étrangers;--j'ai vu et suis devenu (_pars

magna fui_[56]) une partie des espérances, des craintes et des passions

italiennes, et je suis presque inoculé dans une famille: c'est ainsi que

l'on voit les personnes et les chose telles qu'elles sont.

[Note 55: En français dans le texte.]

[Note 56: Æn. lib. II.]

»Que pensez-vous de la reine? J'entends dire que M. Hoby prétend «qu'il

pleure en la voyant, et qu'elle lui rappelle Jane Shore.»

Sieur Hoby le bottier a la coeur déchiré,

Car en voyant la reine il songe à Jane Shore,

En vérité...................................[57].

[Note 57: Il y a là une suppression de Thomas Moore, dont la pudeur

pédantesque a partout supprimé les phrases et les mots un peu trop

lestes pour les chastes ladies. (_Note du Trad._) ]

»Excusez, je vous prie, cette gaillardise. Où en est votre poème?

....................................................................

»Votre, etc.

»Est-ce vous qui avez fait ce brillant morceau sur Peter Bell? C'est

assez spirituel pour être de vous, et presque trop pour être de tout

autre homme vivant. C'était dans Galignani l'autre jour.»

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 12 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 90 / 366 题