Ravenne, 31 août 1820.
«J'ai donné mon ame à la tragédie (comme vous en même cas); mais vous
savez qu'il y a des ames condamnées tout comme des tragédies. Songez que
ce n'est pas une pièce politique, quoiqu'elle en ait peut-être l'air;
elle est strictement historique. Lisez l'histoire et jugez. «Le portrait
d'Ada est celui de sa mère. J'en suis content. La mère a fait une bonne
fille. Envoyez-moi l'opinion de Gifford, et ne songez plus à
l'archevêque. Je ne puis ni vous envoyer promener ni vous donner cent
pistoles ou un meilleur goût: je vous envoie une tragédie, et vous me
demandez de «facétieuses épîtres»; vous faites un peu comme votre
prédécesseur, qui conseillait au docteur Prideaux de mettre «tant soit
peu plus d'_humour_[53]» dans sa _Vie de Mahomet_.
[Note 53: Mot anglais presque intraduisible; il signifie cette sorte
d'esprit moitié bouffon, moitié sérieux, propre au caractère
britannique. (_Note du Trad._) ]
»Bankes est un homme étonnant. Il y a à peine un seul de mes camarades
d'école ou de collége qui ne se soit plus ou moins illustré. Peel,
Palmerston, Bankes, Hobhouse, Tavistock, Bob Mills, Douglas Kinnaird,
etc., etc., ont tous parlé, et fait parler d'eux.....................
»Nous sommes ici sur le point de nous battre un peu le mois prochain, si
les Huns traversent le Pô, et probablement aussi s'ils ne le font. S'il
m'arrive mésaventure, vous aurez dans mes manuscrits de quoi faire un
livre posthume; ainsi, je vous prie, soyez civil. Comptez là-dessus; ce
sera une oeuvre sauvage, si l'on commence ici. Le Français doit son
courage à la vanité, l'Allemand au phlegme, le Turc au fanatisme et à
l'opium, l'Espagnol à l'orgueil, l'Anglais au sang-froid, le Hollandais
à l'opiniâtreté, le Russe à l'insensibilité, mais l'Italien à la colère;
aussi vous verrez que rien ne sera épargné.»