À M. MURRAY.

Ravenne, 17 juillet 1820.

«J'ai reçu des livres, des numéros de la _Quarterly_[50], et de la

_Revue d'Édimbourg_, ce dont je suis très-reconnaissant; c'est là tout

ce que je connais de l'Angleterre, outre les nouvelles du journal de

Galignani.

[Note 50: _Quarterly Review._]

»La tragédie est achevée, mais maintenant vient le travail de la copie

et de la correction. C'est un ouvrage fort long (quarante-deux feuilles

de grand papier, de quatre pages chaque), et je crois qu'il formera plus

de cent quarante ou cent cinquante pages d'impression, outre plusieurs

extraits et notes historiques que je veux y joindre en forme

d'appendice. J'ai suivi exactement l'histoire. Le récit du docteur Moore

est en partie faux, et, somme toute, c'est un absurde bavardage. Aucune

des chroniques (et j'ai consulté Sanuto, Sandi, Navagero, et un siége

anonyme de Zara, outre les histoires de Laugier, Daru, Sismondi, etc.),

ne porte ou même ne fait entendre que le doge demanda la vie; on dit

seulement qu'il ne nia pas la conspiration. Ce fut un des grands hommes

de Venise.--Il commanda le siége de Zara,--battit quatre-vingt mille

Hongrois, en tua huit mille, et en même tems ne quitta pas la ville

qu'il tenait assiégée;--prit Capo-d'Istria;--fut ambassadeur à Gênes, à

Rome, et enfin doge; c'est dans cette magistrature qu'il tomba pour

trahison, en entreprenant de changer le gouvernement; fin que Sanuto

regarde comme l'accomplissement d'un jugement, parce que Faliero,

plusieurs années auparavant (quand il était podesta et capitaine de

Trévise), avait renversé un évêque qui était trop lent à porter le

Saint-Sacrement dans une procession. Il «le bâte d'un jugement», comme

Thwacum fit Square; mais il ne mentionne pas si Faliero avait été

immédiatement puni pour un acte qui paraîtrait si étrange même

aujourd'hui, et qui doit le paraître bien plus dans un âge de puissance

et de gloire papale. Il dit que pour ce soufflet le ciel priva le doge

de sa raison, et le poussa à conspirer. _Però fu permesso che il Faliero

perdette l'intelletto_, etc.[51].

»Je ne sais ce que vos commensaux penseront du drame que j'ai fondé sur

cet événement extraordinaire. La seule histoire semblable que l'on

trouve dans les annales des nations, est celle d'Agis, roi de Sparte,

prince qui se ligua avec les communes[52] contre l'aristocratie, et

perdit la vie pour cela. Mais je vous enverrai la tragédie quand elle

sera copiée.» .......................................................

[Note 51: Il fut donc permis que Faliero perdît l'esprit.]

[Note 52: C'est Byron qui est coupable de cet anachronisme de style;

il a employé le mot _commons_. (_Notes du Trad._) ]

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 12 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 86 / 366 题