Ravenne, 20 mars 1820.
»D'abord, et avant tout, vous deviez vous hâter de remettre à _Moore_ ma
lettre du 2 janvier, que je vous donnais le pouvoir d'ouvrir, mais que
je désirais être remise en _hâte_. Vous ne devriez réellement pas
oublier ces petites choses, parce que de ces oublis naissent les
désagrémens entre amis. Vous êtes un homme excellent, un grand homme, et
vous vivez parmi les grands hommes, mais songez, je vous prie, à vos
amis et auteurs absens.
»En premier lieu, j'ai reçu _vos paquets_; puis une lettre de Kinnaird,
sur la plus urgente affaire: une autre de Moore, concernant une
importante communication à lady Byron; une quatrième de la mère
d'Allegra; et cinquièmement, à Ravenne, la comtesse G---- est à la
veille du divorce.--Mais le public italien est de notre côté,
particulièrement les femmes,--et les hommes aussi, parce qu'ils disent
qu'il n'avait que faire de prendre la chose à coeur après un an de
tolérance. Tous les parens de la comtesse (qui sont nombreux, haut
placés et puissans) sont furieux contre lui à cause de sa conduite. Je
suis prévenu de me tenir sur mes gardes, parce qu'il est fort capable
d'employer les _sicarii_.--Ce mot est aussi latin qu'italien, ainsi vous
pouvez le comprendre; mais j'ai des armes, et je ne songe point à ses
gueux, persuadé que je pourrai les poivrer s'ils ne viennent pas à
l'improviste, et que, dans le cas contraire, on peut finir aussi bien de
cette façon qu'autrement; et cela d'ailleurs vous servirait
d'avertissement.
«On peut échapper à la corde ou au fusil,
Mais celui qui prend femme, femme, femme, etc.»
»_P. S._ J'ai jeté les yeux sur les épreuves, mais Dieu sait comment.
Songez à ce que j'ai en main, et que le courrier part demain.--Vous
souvenez-vous de l'épitaphe de Voltaire?
«Ci-git l'enfant gâté, etc.
»L'original est dans la correspondance de Grimm et Diderot, etc., etc.»