Ravenne, 16 avril 1820.
«Les courriers se succèdent sans m'apporter de vous la nouvelle de la
réception des différens paquets (le premier excepté) que je vous ai
envoyés pendant ces deux mois, et qui tous doivent être arrivés depuis
long-tems; et comme ils étaient annoncés dans d'autres lettres, vous
devriez au moins dire s'ils sont venus ou non. Je n'espère pas que vous
m'écriviez de fréquentes et longues lettres, vu que votre tems est fort
occupé; mais quand vous recevez des morceaux qui ont coûté quelque peine
pour être composés, et un grand embarras pour être copiés, vous devriez
au moins me mettre hors d'inquiétude, en en accusant immédiatement
réception, par le retour du courrier, à l'adresse _directe_ de
_Ravenne_. Sachant ce que sont les _postes_ du continent, je suis
naturellement inquiet d'apprendre qu'ils sont arrivés; surtout comme je
hais le métier de copiste, à un tel point que s'il y avait un être
humain qui pût copier mes manuscrits raturés, il aurait pour sa peine
tout ce qu'ils peuvent jamais rapporter. Tout ce que je désire, ce sont
deux lignes, où vous diriez: «tel jour, j'ai reçu tel paquet.» Il y en a
au moins six que vous n'avez pas accusés: c'est manquer de bonté et de
courtoisie.
»J'ai d'ailleurs une autre raison pour désirer de vous prompte réponse:
c'est qu'il se brasse en Italie quelque chose qui bientôt détruira toute
sécurité dans les communications, et fera fuir nos Anglais-voyageurs
dans toutes les directions, avec le courage qui leur est ordinaire dans
les tumultes des pays étrangers. Les affaires d'Espagne et de France ont
mis les Italiens en fermentation; et il ne faut pas s'en étonner, ils
ont été trop long-tems foulés. Ce sera un triste spectacle pour votre
élégant voyageur, mais non pour le résident, qui naturellement désire
qu'un peuple se relève. Je resterai, si les nationaux me le permettent,
pour voir ce qu'il en adviendra, et peut-être pour prendre rang avec
eux, comme Dugald Dalgetty et son cheval, en cas d'affaire: car je
regarderai comme le spectacle le plus intéressant du monde, le moment où
je verrai les Italiens renvoyer les barbares de toute nation dans leurs
cavernes. J'ai vécu assez long-tems parmi eux pour les aimer comme
nation plus qu'aucun autre peuple dans le monde; mais ils manquent
d'union, ils manquent de principes, et je doute de leur succès.
Toutefois, ils essaieront probablement, et s'ils le font, ce sera une
bonne cause. Nul Italien ne peut haïr un Autrichien plus que je ne le
fais; si ce ne sont les Anglais, les Autrichiens me semblent être la
plus mauvaise race sous les cieux. Mais je doute, s'il se fait quelque
chose, que tout se passe aussi tranquillement qu'en Espagne.
Certainement les révolutions ne doivent pas se faire à l'eau-rose, là où
les étrangers sont maîtres.
»Écrivez tandis que vous le pouvez, car il ne tient qu'à un fil qu'il
n'y ait pas un remue-ménage qui retarde bientôt la malle-poste.
»Votre, etc.»