A M. HOPPNER.

Ravenne, 31 janvier 1820.

«Vous vous serez donné beaucoup de peine pour le déménagement de mes

meubles, mais Bologne est le lieu le plus près où l'on puisse s'en

procurer, et j'ai été obligé d'en avoir pour les appartemens que je

destinais à recevoir ici ma fille durant l'été. Les frais de transport

seront au moins aussi grands; ainsi vous voyez que c'était par nécessité

et non par choix. Ici on fait tout venir de Bologne, excepté quelques

petits articles de Forli ou de Faënza.

»Si Scott est de retour, rappelez-moi, je vous prie, à son souvenir, et

dites-lui que la paresse seule est cause que je ne lui ai pas

répondu:--c'est une terrible entreprise que d'écrire une lettre. Le

carnaval est ici moins bruyant, mais nous avons des bals et un théâtre.

J'y ai mené Bankes, et il a, je crois, emporté une impression beaucoup

plus favorable de la société de Ravenne que de celle de

Venise:--rappelez-vous que je ne parle que de la société _indigène_.

»Je suis très-sérieusement en train d'apprendre à doubler un schall, et

je réussirais jusqu'à me faire admirer, si je ne le doublais pas

toujours dans le mauvais sens, et quelquefois je confonds et emporte

deux, en sorte que je déconcerte tous les _serventi_[8], laissant

d'ailleurs au froid leurs _servite_[9], jusqu'à ce que chacun rentre

dans sa propriété. Mais c'est un pays terriblement moral, car vous ne

devez pas regarder d'autre femme que celle de votre voisin.--Si vous

allez à une porte plus loin, vous êtes décrié, et soupçonné de perfidie.

Ainsi, une _relazione_[10] ou _amicizia_[11] semble être une affaire

régulière de cinq à quinze ans, qui, s'il survient un veuvage, finit par

un _sposalizio_[12]; et en même tems elle est soumise à tant de règles

spéciales, qu'elle n'en vaut guère mieux. Un homme devient par le fait

un objet de propriété féminine.--Ces dames ne laissent leurs _serventi_

se marier que lorsqu'il y a vacance pour elles-mêmes. J'en connais deux

exemples dans une seule famille.

[Note 8: Le lecteur a déjà dû remarquer, et à son défaut nous

remarquerons une fois pour toutes, que nous laissons dans notre

traduction les expressions italiennes dont Lord Byron aimait à se

servir.]

[Note 9: Femme qui a un _cavaliere servente_.]

[Note 10: Liaison.]

[Note 11: Amitié.]

[Note 12: Mariage.

(_Notes du Trad._)]

»Hier soir il y eut une loterie ****[13] après l'opéra; c'est une

burlesque cérémonie. Bankes et moi nous prîmes des billets, et

plaisantâmes ensemble fort gaîment. Il est allé à Florence. Mrs J***

doit vous avoir envoyé mon _postscriptum_; il n'y a pas eu d'occasion de

vous attaquer en personne. Je n'interviens jamais dans les querelles

particulières,--elle peut vous égratigner elle-même la figure.

[Note 13: Il y a dans le texte anglais un mot illisible, parce qu'il

se trouvait sous le cachet. (_Note de Moore_.)]

»Le tems ici a été épouvantable,--plusieurs pieds de neige--un

_fiume_[14] a brisé un pont, et inondé Dieu sait combien de _campi_[15];

puis la pluie est venue,--et le dégel dure encore,--en sorte que mes

chevaux de selle ont une sinécure jusqu'à ce que les chemins deviennent

plus praticables. Pourquoi Léga a-t-il donné le bouc? Le sot.--Il faut

que j'en reprenne possession.

[Note 14: Fleuve.]

[Note 15: Champs. (_Notes du Trad._)]

»Voulez-vous payer Missiaglia et le Buffo Buffini de la Gran-Bretagna?

J'ai reçu des nouvelles de Moore, qui est à Paris; je lui avais

auparavant écrit à Londres, mais apparemment il n'a pas encore reçu ma

lettre. Croyez-moi, etc.»

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 12 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 33 / 366 题