À M. MURRAY.

Venise, 29 octobre 1819.

«Votre lettre du 15 est arrivée hier. Je suis fâché que vous ne me

parliez pas d'une grosse lettre que je vous ai adressée de Bologne, il y

a deux mois, pour lady Byron; l'avez-vous reçue et envoyée?

»Vous ne me dites rien non plus du vice-consulat que je vous ai demandé

pour un patricien de Ravenne, d'où je conclus que la chose ne se fera

pas.

»J'avais écrit à peu près cent stances d'un troisième chant de _Don

Juan_; mais la réception des deux premiers n'est pas faite pour nous

donner, à vous et à moi, beaucoup d'encouragement à le continuer.

»J'avais aussi écrit environ six cents vers d'un poème intitulé _la

Vision_ (ou _Prophétie_) _du Dante_; il a pour sujet une revue de

l'Italie depuis les premiers siècles jusqu'à celui-ci. Dante est supposé

parler lui-même avant sa mort, et il embrasse tous les sujets d'un ton

prophétique, comme la Cassandre de Lycophron. Mais cet ouvrage, ainsi

que l'autre, en sont restés là pour le moment.

»J'ai donné à Moore, qui est allé à Rome, ma _Vie_ manuscrite en

soixante-dix-huit feuilles, jusqu'à l'année 1816. Mais, je lui ai remis

ceci entre les mains, afin qu'il le gardât, ainsi que d'autres

manuscrits, tel qu'un journal écrit en 1814, etc. Rien de tout cela ne

doit être publié de mon vivant; mais quand je serai froid, vous en ferez

ce que vous voudrez. En attendant, si vous êtes curieux de les lire,

vous le pouvez, et vous pouvez aussi les montrer à qui vous voudrez,

cela m'est indifférent.

»Ma _Vie_ est un _memoranda_, et non des confessions. J'ai supprimé

toutes mes liaisons amoureuses, c'est-à-dire que je n'en parle que d'une

manière générale, et un grand nombre des faits les plus importans, afin

de ne pas compromettre les autres; mais vous y trouverez beaucoup de

réflexions et quelquefois de quoi rire.--Vous y verrez aussi un récit

détaillé de mon mariage et de ses résultats, aussi véridique que peut le

faire une partie intéressée, car je présume que nous sommes tous sous

l'influence des préventions.

»Je n'ai jamais relu cette _Vie_ depuis qu'elle est écrite, de sorte que

je ne me rappelle pas bien exactement ce qu'elle peut contenir ou

répéter. Moore et moi nous avons passé quelques joyeux momens ensemble.

»Je retournerai probablement en Angleterre, à cause de mes affaires,

dans le but de m'embarquer pour l'Amérique.--Dites-moi, je vous prie,

avez-vous reçu une lettre pour Hobhouse, qui vous en aura communiqué le

contenu? On dit que les commissaires de Vénézuela ont ordre de traiter

avec les étrangers qui voudraient émigrer.--Or, l'envie m'est venue d'y

aller; je ne ferais pas un mauvais colon américain, et si j'y vais

former un établissement, j'emmènerai ma fille Allegra avec moi. J'ai

écrit assez longuement à Hobhouse, pour qu'il prenne des renseignemens

auprès de Perry, qui, je suppose, est le premier topographe et la

meilleure trompette des nouveaux républicains. Écrivez-moi, je vous

prie.

»Tout à vous.

»_P. S._ Moore et moi avons passé tout notre tems à rire.--Il vous

mettra au fait de toutes mes allures et de toutes mes actions: jusqu'à

ce moment, tout est comme à l'ordinaire. Vous devriez veiller à ce que

l'on ne publie pas de faux _Don Juan_, surtout n'y mettez pas mon nom,

parce que mon intention est de couper R...ts par quartiers comme une

citrouille, dans ma préface, si je continue le poème.»

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 12 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 13 / 366 题