Ce jeune sauvage, qui nous est venu l’an passé des glaces de la
Norwège, son Stradivarius à la main, s’est fait entendre pour la
seconde fois à l’opéra, lundi passé. C’est tout à fait le grand
musicien que je vous avais prédit il y a six mois. Il y a tant de
larmes et tant de mélancolie dans ce noble instrument! Il y a tant
d’énergie et de vigeur et tant de grace sous cet archet de fer! Il
chante, il pleure, il se passionne; tantôt il élève la voix au
dessus des cors et des trombones; tantôt il soupire si doucement
qu’on dirait une harpe éolienne! C’est un musicien qui n’a pas eu
de maitre. C’est un violon qui n’appartient à aucune école. C’est
quelque chose de naïf et d’inspiré et d’une puissance incroyable.
On a beaucoup parlé de M. Paganini et de sa quatrième corde. Ils
s’étaient fait annoncer, l’une portant l’autre, par toutes les
voix de la renommée. Ils étaient venus, la quatrième corde tendue
outre mesure, et celui qui en devait jouer, aussi mal peigné qu’on
peut l’être quand on le fait exprès. Eh bien! je ne sais pas, si
le succès de M. Bull, le Norwégien, n’eût pas été aussi grand que
le succès de l’Italien et de sa quatrième corde, s’il avait pris
soin de s’entourer du puissant charlatanisme de son confrère.
Mais, que voulez vous? La Norwège est une bonne fille bien simple
et bien honnête, qui ne met pas de fard. Elle arrive tout
simplement et jette au dehors naturellement et sans efforts tout
ce qu’elle a dans l’âme et dans le cœur! M. Ole B. Bull est un de
ces artistes pleins d’ignorance, de naïveté, et de bonne foi, qui
ne demandent pas mieux que de s’abandonner à leur belle et bonne
nature en plein jour, en plein air et en toute liberté. C’est un
honnête jeune homme sans charlatanisme, qui ignore le grand art
Italien de préparer un succès de longue main. Depuis le premier
jour ou je l’entendis à l’opéra, en toute admiration, je l’avoue,
le hasard me l’a fait entendre souvent çà et là, sur toutes les
grandes routes et sur tous les théâtres de province, et toujours
cependant j’ai retrouvé le même talent, la même inspiration
passionée et le même enthousiasme naïf et plein de cœur. Un jour
dans une auberge de Rouen, j’ai été réveillé par un adagio
melancolique et tendre, c’était le violon d’Ole Bull. Une autre
fois dans un cabaret de grande route un plaintif andante m’est
venu surprendre, assis au–devant de la porte, sous le bouchon qui
servait d’en–seigne, c’était un andante de mon violon favori. Il a
été toute ma providence poétique. L’été passé, dans cette
ennuyeuse ville de Dieppe, pleine d’Anglais ennuyés et d’Anglaises
d’antichambre couvertes d’un voile vert, Ole Bull m’a consolé de
la mer de Dieppe, cette horrible mer qui rend malades les gens
bien portants. Même je le vois encore, accompagné d’une façon si
burlesque par la société dite philharmonique de cette honnête
ville, à ce point, que Meyerbeer qui était là, ne pouvant
supporter plus longtemps cet accompagnement barbare, est allé se
jeter dans la mer en tenant ses oreilles à deux mains.
J’ai donc conservé un tendre souvenir pour ce grand artiste que
j’ai trouvé ainsi sur ma route, pour en charmer les ennuis. Ce
n’est pas celui–là qui s’enfermerait dans sa chambre comme un
voleur, pour tirer de son violon les plus doux accords; au
contraire, il jetait sa pensée à qui voulait l’entendre, comme on
jette sa petite monnaie aux pauvres du chemin; ce n’est pas
celui–là qui mettrait à son violon une avare sourdine; au
contraire, il n’était jamais plus joyeux que lorsqu’il y avait
foule autour de lui pour l’entendre, pour l’applaudir et pour
pleurer gratis; aussi a–t–il recueillé partout sur son passage,
sinon beaucoup d’or, du moins d’honorables sympathies. Les Anglais
vagabonds n’ont pas été à son concert, mais les jeunes gens y sont
venus, et les plus pauvres, car c’était ce pauvre musicien
lui–même qui ouvrait sa porte et qui disait; entrez! sans exiger
qu’on prit son billet à la porte. Voilà comment il faut soutenir
la dignité de l’instrument que vous a departi le ciel. Il faut
savoir donner quelques leçons de générosité à ces villes égoistes
de la province qui ne savent pas que c’est un devoir pour elles
d’encourager un grand musicien qui passe. Il faut savoir donner
pour rien les nobles plaisirs que la foule ne sait pas acheter; on
revient pauvre, il est vrai, de ces parages, mais qu’importe,
puisqu’on revient honoré et honorable? On n’a pas le revenu et les
sept millions de Paganini; mais qu’importe? M. Baillot à votre
retour vous tend la main et vous dit: Mon frère! Et puis n’est ce
donc rien que d’avoir le droit de revenir à Paris et de trouver
toujours l’opéra ouvert, et d’avoir à ses ordres cet admirable
orchestre de M. Habeneck, et de venir là sans saluer trop bas
recueillir des marques unanimes d’estime et d’admiration?
Jules Janin always called Ole Bull “mon sauvage.” This was because,
when making his first appearance at the Grand Opéra, his last step at
the side of the stage, before coming in view of the public, was a
misstep. He stumbled on a projecting piece of framework, and was thrown
so violently forward that, to save himself from falling headlong, he was
obliged to run out. It was as unconventional and awkward a manner of
saluting the public as can be imagined, and especially unfortunate in
that it was a Parisian audience, who have so keen a sense of the
ridiculous. Nor was this all. In the midst of the finale of the “Polacca
Guerriera,” the A string snapped. Ole Bull turned deathly pale. Monsieur
Habeneck immediately offered his violin to the artist; but he dared not
use any instrument but his own. With the courage of despair, he
transposed the remainder of the piece, and finished it on three strings.
The strain and tension necessary for the accomplishment of such a feat
were appreciated by Meyerbeer, who occupied Jules Janin’s box and
witnessed this incident, which others could not believe, although they
heard the snap of the string, because of the brilliant and successful
conclusion of the performance. As Meyerbeer’s voice rang out above the
thunder of applause, Ole Bull said it seemed to him like a voice from
heaven.
In 1879, while performing Paganini’s “Second Concerto,” in the midst of
the Adagio the E string broke. The accompanists were startled, but the
movement was finished without a change of reading, harmonics being
substituted for the high notes of the E string. As they left the stage,
Mr. Maurice Strakosch reminded Ole Bull, who stood over his violin–case
in the dressing–room, that the audience were calling vociferously. “But
I can’t go out, man, until I put on my E string!” “_Mon Dieu!_”
exclaimed the impressario, “did it really break? I could not believe my
ears.”
Ole Bull used to say, “If you have the audience under your spell, never
break it by a change of instruments, even for a broken string;” and on
no occasion was he unnerved, even when a wretched orchestral
accompaniment ruined his effects, intentionally or otherwise; but, as he
said, the tortures he suffered under such circumstances were “the
tortures of the damned.”
In the summer of 1836 he was married. He had felt the most affectionate
attachment for Madame Villeminot and her granddaughter from his first
acquaintance with them. He was very sensible of the debt of gratitude
which he owed this motherly friend, and felt that his life had been
saved by her care when he had no one else to whom he could turn for
help. She thus writes him in 1833:—
Try to be careful of yourself on this long journey, if not for
your own sake, for the sake of us, who feel so deeply interested
in your welfare. Shall I confess to you, sir, that, since the day
of your departure, the hours seem years to us? I can hardly
realize that it is but one month since you left us.
She goes on to assure him of her esteem and sincere attachment, begging
him to remember her kindly advice that he should be economical. In May,
1834, he writes:—
Dear Félicie, I cannot write a letter to your grandmother without
sending you a friendly word to thank you for your letter forwarded
to me from Geneva.... I should have returned before this to Paris,
but I would not go back until I had made my reputation and some
money, to carry out my plans; but Fortune did not smile upon me at
first. It is better with me now.... In Bologna I performed a
concerto of mine with full orchestra, the execution of which
seemed impossible to those who heard it. My style is much more
animated and more refined than formerly.... Please write me at
once, and tell me everything—how Mamma is, as I am in the greatest
anxiety about you all. If I can be of any service to you, dispose
of me, and you will give me the greatest pleasure. I will even
leave Italy if your welfare requires it, and come to you.... I
shall stay here one month longer. What a beautiful country Italy
is! Speak sincerely to me, keep for me your esteem and friendship,
and believe me always your true friend and obedient servant,