devait traduire, comme nous l'avons fait dans notre mémoire, les mots
_Pou-tao_, qu'il prononce _Phou-thao_, par _raisins_, et non pas par le
mot _vignes_, qui chez nous, entraîne l'idée de _culture_. Les bois de
l'Amérique du nord et du nord-ouest abondent en raisins sauvages, comme
le dit le Samanéen; mais on n'a pas trouvé en Amérique des vignes
cultivées, et ce texte, en effet, n'en parle pas. (_De Par._)
[29] De Guignes traduit: «Pendant leurs prières ils exposent l'image du
défunt.» Le texte parle du _chin_ ou génies, et non pas des âmes des
défunts.
[30] C'était aussi l'antique usage en Chine et dans l'Indo-Chine. (_De
Par._)
[31] Dans l'original _tchu-kia_, c'est-à-dire «quitter sa maison ou sa
famille» ou «embrasser la vie monastique.»--De Guignes n'a traduit que
le commencement de ce paragraphe.
[32] Extrait du no de juillet-août 1831 des _Nouvelles annales des
voyages_, 2e série, tome XXI, p. 53.
[33] Un mot seul, quand il est bien choisi, vaut parfois une
démonstration. Dans le dictionnaire de la langue du Mexique, par le P.
_Molina_, dictionnaire conservé au _British museum_ à Londres, nous
avons trouvé que le mot _Lama_, ou _Llama_, exprimait le nom des
médecins chez les Mexicains; et personne n'ignore qu'au Thibet et en
Tartarie les _Lamas_, ou prêtres bouddhistes, sont en même tems les
_médecins_ de ces contrées si peu connues, par où l'on devait, des
Indes, se rendre au _Fou-sang_. (_De Par._)
Planche 50.
[Illustration: ROYAUME
_DU_
FOU-SANG.
FOU.
SANG.
KOUE.
Homme du Royaume du Fou-Sang, qui trait une Biche tachetée comme on en a
trouvé en Amérique.
Extrait du Pian-y-hen t. V. liv. 41.
Figure d'un des 8 Bouddhas sous une tête d'Homme lyphonien ou de Siva,
trouvé à Uxmal au Yucatan.]
Annal. de Phi. chrét. IIIe Série. Nº. 90. t. XV. p. 449.
Lith. Desportes à l'Ins. des S. M.
NOUVELLES PREUVES
QUE LE PAYS DU FOU-SANG
MENTIONNÉ DANS LES LIVRES CHINOIS
EST L'AMÉRIQUE.
_A monsieur le directeur propriétaire des Annales de philosophie
chrétienne._
Monsieur,
En attendant qu'il se trouve en France un ministère qui sente la haute
importance de la Perse, de l'Inde et de la Chine, et qui veuille
organiser convenablement cette _Société asiatique_, dont j'ai été, avec
MM. de Sacy et de Chézy, un des fondateurs; en attendant qu'on alloue
des fonds convenables à cette Société, qu'on lui donne un local spécial
et un bibliothécaire; qu'on la dote pour président d'un homme, qui,
comme lord Aukland, directeur de la Société asiatique de Londres,
puisse, par sa richesse et son influence, grouper et utiliser tous les
orientalistes instruits, _mais divisés entre eux_, qui existent à Paris
et en France, je me plais à donner à votre _Journal_, parce qu'il n'est
soumis à aucune commission, à aucune coterie, qu'il a fait déjà beaucoup
de bien, depuis 17 ans qu'il existe, et qu'il en fera encore, _mes
Essais divers_, fort imparfaits, je le sens, mais dont la réunion
formera un jour une masse de faits aussi nouveaux que positifs.
Avec votre esprit judicieux, vous avez senti la force de mes _Tableaux
de l'origine des lettres_, dont jamais le _Journal asiatique_ de Paris
n'a voulu dire un seul mot; qu'avait approuvés cependant le célèbre
docteur Young, et dont s'est servi M. Princeps.
En 1844 vous avez donné ma _Dissertation sur l'Amérique_, ou _le
Fou-sang_[34]. Vous publiez avec raison, les analyses d'ailleurs utiles
et bien faites des travaux sur l'_Orient_ que donne tous les ans M.
_Mohl_, dans le _Journal asiatique_, et je vous remercie d'avoir rappelé
en note, sur celle de 1845, que moi aussi, j'avais traité la question
délicate et importante de ce lieu célèbre du _Fou-sang_[35].
M. _Walcknaër_ m'a dit que M. _Rémusat_ avait traduit pour lui, les
textes chinois sur le _Fou-sang_; j'ignore si M. _Walcknaër_, ce
géographe érudit, a exprimé une opinion à cet égard; j'ignore aussi ce
que pense à ce sujet le savant vicomte de _Santarem_, mais ce que je
sais, ce que je vous prie de publier, c'est que M. _Newman_, cité par M.
Mohl, n'a publié, en 1845, sa _Dissertation à Munich_, qu'après m'avoir
vu, _à Londres_ en 1830-1831, à son retour de la Chine, et après avoir
su par M. _Huttman_, alors secrétaire de la Société asiatique de
Londres, que je m'occupais d'un travail étendu sur cette relation du
_Fou-sang_, dont j'avais retrouvé en Angleterre le texte chinois,
accaparé à Paris par M. Klaproth.
Il en est de même de M. d'_Eichthal_, cité par M. Mohl. A la _Société
asiatique_, (septembre 1840) et à la _Société de géographie_ aussi, M.
d'Eichthal a pu, en 1840, entendre une _note_ que j'ai lue sur ce pays,
et voici les calques que j'y ai présentés des figures de _Bouddha_ et de
_Siva_, reconnues par moi, le premier, au _Yucatan_, dans le bel ouvrage
de M. de Waldeck, sur les ruines d'Uxmal[36]. Vous avez vous-même alors,
vu ces divers calques et ces dessins, et M. Burnouf fils y a reconnu
comme moi, et d'après moi, les figures de _Bouddha_ et de _Siva_.
Comment se fait-il que M. Mohl ait ignoré ces faits très publics à cette
époque? comment se fait-il qu'il les ait attribués à M. d'_Eichthal_,
sans me nommer? J'ignore tout-à-fait pourquoi[37].
Je ne connais encore ni le _Mémoire de M. d'Eichthal_, ni la
_Dissertation de M. Newman_, qui date seulement de 1845, la mienne étant
de 1843 et 1844 dans votre journal, et je suis le premier à vous prier,
monsieur, de les faire traduire ou analyser; car le sujet est fort
important, je le répète.
Déjà Bernardin de Saint-Pierre, dans ses _Harmonies de la nature_, avait
indiqué ces migrations _vers l'est_, des peuples de l'Inde et de
l'Océanie, arrivant ainsi vers l'Amérique du nord et le Pérou, et M.
l'amiral de Rossel, navigateur célèbre, savant aimable et loyal, avait
cité les _îles Sandwich_, comme point de relâche antique, entre les
Indes, la Chine et l'Amérique, ainsi que cela se renouvelle en ce jour.
M. de Saint-Pierre[38], avait parlé aussi de nombreux rapports trouvés
par un auteur déjà ancien, entre le _Malais_ et le _Péruvien_. Et mes
nombreux extraits du _Dictionnaire de la langue Qquichua_ du Pérou,
dictionnaire conservé à la Bibliothèque du roi à Paris, ont confirmé ces
rapports avec le Malais parlé à _Java_. M. d'_Eichthal_ est donc entré
dans une bonne voie; mais j'avais la priorité, et M. d'_Avezac_, à qui
j'ai souvent parlé de ces matières, a pu l'en entretenir aussi et lui
signaler mes lectures.
Vous parlant ici de ma _Dissertation sur le Fou-Sang_ qui, avant d'être
imprimée, avait motivé en 1831, celle de M. _Klaproth_[39], comme je
l'ai exposé dans mon mémoire; permettez-moi, monsieur, de la corriger
par quelques notes nouvelles et fort importantes. J'avais dit que les
navires du _Kamtchatka_, construits en ce lieu par les Bouddhistes venus
là du _Caboul_, devaient les porter en Amérique, vers les bouches de la
_Colombia_: mais, écrivant loin de mes livres, et sans globe terrestre,
j'avais remonté, en 1844, le point de leur arrivée un peu trop haut vers
le nord.
Le bel ouvrage de M. Duflot de Mofras, sur l'_Orégon_[40], ouvrage que
je viens de lire et d'analyser, m'a conduit au port excellent de
_San-Francesco_, au sud de la Colombie, pour ce point d'arrivée des
Indiens bouddhistes, _du Caboul_.
D'après l'échelle de 1,500 lys, comptés par les Chinois entre la Perse
et la ville de _Sy-ngan-fou_, comme aussi évalués entre cette ville, et
la pointe sud du _Kamtchatka_, ou du _Ta-han_, la distance de 20,000 lys
entre le _Kamtchatka_ et le _Fou-sang_, mesurée sur un globe terrestre,
arrive précisément en ce point, et M. de Mofras[41] dit que les vents du
_nord-ouest_ régnent une grande partie de l'année à _San-francesco_ et y
amènent facilement quand on vient de la côte nord-est d'_Asie_.
Là, les navires entraient sans périls, au lieu que la barre de la bouche
de la _Colombia_, est très difficile à franchir, du moins pour de grands
navires; mais cependant aussi, cette entrée naturelle du beau pays de
l'_Orégon_ a dû être connue des anciens.
En effet, dans la figure, des Américains à demi-vétus, à demi-policés du
_Fou-sang_, que donne le _Pian-y tien_, et aussi l'_Encyclopédie
chinoise_, et que nous reproduisons ici avec une explication (voir
ci-après notre _planche_ 50 et l'_appendice_ C), on voit cet indigène,
_traire une jeune biche à mouchetures blanches_, et son faon est
également moucheté. J'avais en vain cherché cette nature de _biches
mouchetées_ en Amérique, mais en relisant M. de Humboldt, j'ai vu que le
_Cervus mexicanus_ de Linnée était aussi _moucheté_, comme nos
chevreuils d'Europe, et surtout était ainsi dans sa _jeunesse_: et cette
espèce de cerfs se trouve en Amérique et au Mexique, en troupeaux
immenses, dit M. de _Humboldt_[42], aussi bien qu'un grand cerf, pareil
aux nôtres, et souvent entièrement blanc, cerf qui se voit dans les
_Andes_, où il vit en troupes également.
Ce dernier rappelle donc les biches blanches et privées, dont les
Indiens de l'_Himalaya_ tiraient leur lait, nous dit _Philostrate_, dans
sa _Vie d'Apollonius de Tyane_; car, ces individus étant bouddhistes,
ils devaient se priver de _viandes_ et vivre de fruits et de laitages.
La relation du _Fou-Sang_, parle aussi de boeufs aux cornes fort
longues, et domptés par les naturels de cette contrée; or, M. de
Humboldt dit[43] que les bisons du _Canada_ peuvent se soumettre au
joug, et produisent avec nos _boeufs d'Europe_.
Ces bisons pèsent jusqu'à 2,000 livres et plus, mais leurs cornes sont
petites; tandis qu'on a trouvé, dit-il, vers _Cuernavaca_, au
_sud-ouest_ de Mexico, dans des monumens en ruine, _des cornes de boeuf
monstrueuses_.
Il rapporte ces cornes à celles du _boeuf musqué_, du nord extrême de
l'Amérique; mais M. de Castelnau, vers l'Amazône et le Paraguay, dans sa
courageuse exploration, vient de retrouver ces boeufs _aux cornes fort
longues_, outre une autre espèce aux _petites cornes_, qui erre avec
elle et dans les mêmes steppes.
La _relation du Fou-sang_ est donc justifiée encore en ce point, et il y
a eu certainement quelque faute dans le texte, quand on y dit, que _sur
ces longues cornes_, _ces boeufs_ portent des _poids de_ 20 HO _poids_
de 120 livres chaque, c'est-à dire un poids total de 2,400 _de nos
livres_!!! On devait dire qu'ils pesaient _par tête_, au moins 2,400
livres, et non pas que cette charge énorme était posée sur leurs cornes;
ce qui serait impossible.
Les chevaux que cite cette relation semblent seulement avoir manqué en
Amérique; mais les _Patagons_, vrais Tartares, sont toujours à cheval,
et rien ne prouve qu'ils n'aient sauvé chez eux quelques-uns des chevaux
que virent les bonzes indiens au _Fou-sang_, et que les navires du
Kamtchatka y avaient peut-être apportés de Tartarie.
Je vous donnerai quelque jour, un mémoire sur les peuples du nord
extrême de l'Asie, _à grands navires et à nuits presque nulles_ en été.
Plus savant cent fois que M. Klaproth, M. de Guignes le père a déjà
indiqué par quelques mots, dans son _mémoire_ sur le _Fou-sang_, ce
peuple aux _grands navires_, et dont le nom _Ku-tou-moey_, c'est-à-dire
_à nuits très-courtes en été_, indique la position vers le cercle
arctique.
Il en est question dans l'ouvrage intitulé: _Wen-hien-tong-kao_ du
docteur _Ma-tuon-lin_; j'en ai extrait ce qu'il en dit.
J'ai montré ailleurs que le passage d'Europe vers l'Amérique, au nord de
la Sibérie, avait dû être alors praticable, cette mer se comblant par
les détritus des grands fleuves qui y tombent, et par cela même se
glaçant de plus en plus chaque jour; car, on le sait, les mers profondes
ne gèlent pas. Tout ceci offre des questions nouvelles et importantes,
et votre Journal, utile et grave, fera bien de les traiter
successivement.
Agréez, etc.
Saint-Germain, ce 24 avril 1847,
Cher de PARAVEY,
Du corps royal du génie et l'un des fondateurs
de la Société royale asiatique.
NOTES EN BAS DE PAGE:
[34] Voir t. IX, p. 101 (3e série) des _Annales_.
[35] Voir notre n° 87, ci-dessus, p. 219.
[36] Voir une figure de ce _Bouddha_ dans notre planche.
[37] Voyez à ce sujet notre lettre à l'Académie, ci-après appendice A,
et l'appendice B.
[38] _Études de la nature_, étude XI et note 49, édition 1836, 1er
volume.
[39] Cette dissertation de M. Klaproth a été aussi insérée dans les
_Annales_ à la suite de celle de M. de Paravey, t. IX, p. 116, année
1844.
[40] Paris, 1844.
[41] Note 28, t. I, p. 171, _Tableaux de la nature_, traduction
d'_Éyriés_.
[42] Tome I, note 28.
[43] Voir _Tableaux de la nature_, p. 90 et 157, note 5.
APPENDICE A.
RELATIF AU MÉMOIRE DE M. D'EICHTHAL CITÉ PAR M. MOLH.
2.--Preuve donnée dès 1840 de l'introduction du culte de Bouddha en
Amérique, par le moyen des Indiens du Caboul.
A Monsieur le président de l'Académie des sciences,
En l'an 458 de notre ère, des Bonzes indiens, partant du centre de
l'Asie, ont-ils été en Amérique par le _Kamtchatka_ et le nord-ouest du
nouveau-monde, pour y convertir les peuples qui y existaient, et dont
ils connaissaient dès lors l'existence?
C'est ce qu'à affirmé le docte M. _de Guignes_ le père[44], dans les
_Mémoires de l'Académie des Inscriptions_, où il a donné la traduction
du voyage de ces Bonzes indiens, tiré des grandes _Annales_ de la Chine.
C'est ce que M. Klaproth et M. de Humboldt ont nié postérieurement,
s'appuyant sur quelques doutes du savant père Gaubil, qui n'avait pas
assez étudié cette question. C'est ce que je viens affirmer; ce dont je
n'ai jamais douté, m'étant entretenu à ce sujet avec le savant amiral M.
de Rossel, et ayant étudié à fond le _mémoire_ de M. _de Guignes_, sur
ce voyage et les navigations des Chinois vers le célèbre pays oriental
qu'ils nomment le pays du _Fou-sang_ (et qu'ils mettent à 2,000 lieues à
l'est des côtes de leur empire et de la Tartarie). Mais comme mes
simples assertions ni celles des autres ne seraient pas plus admises que
ne l'a été le beau travail de M. de Guignes le père; comme à l'Académie
des sciences on veut des faits et non des phrases; j'apporte ici des
monumens d'une partie de l'Amérique centrale, encore à peu près
inconnue, au moins sous le rapport des antiquités, monumens que j'ai
montrés à la _Société asiatique_ de Paris, à M. Burnouf fils et à M. le
chevalier Jaubert, et qu'ils ont reconnus avec moi purement bouddhiques.
Chez M. le baron Van der Cappellen, près Utrecht, en Hollande, j'ai vu,
rapportés des Indes par lui, des dessins en grand du temple de
_Bourou-Bouddhou_, à Java: temple antique, circulaire, orné de milliers
de petites niches élégantes, où figure le célèbre dieu indien _Bouddha_,
assis avec les jambes croisées et surmonté, dans le haut de chaque
niche, de la tête monstrueuse et déformée de _Siva_.
Je pourrais montrer les mêmes idoles dans l'antique Égypte et à Axum, en
Abyssinie; mais, en parcourant le bel ouvrage du peintre habile, M.
Waldeck, élève distingué de David, envoyé au _Yucatan_, par le généreux
et malheureux lord _Kingsborough_, j'ai été frappé de voir, sur la
façade du sud du vaste palais quarré des ruines d'_Uxmal_, ruines que M.
Waldeck a dessinées près de _Mérida_, huit niches du _Bouddha indien_,
figuré assis comme à _Java_ dans les Indes, et avec le front décoré de
grossiers rayons, et de voir en outre, une tête humaine monstrueuse et
applatie, qui surmonte la niche quarrée et la cabane ou maison où est
assis ce Bouddha indien. On peut voir cette figure dans le dessin que je
donne ici. La ressemblance de ces _Bouddha_ du _Yucatan_ avec la figure
des _Bouddha de Java_, publiée dans Crawfurd, _Archipel indien_ (t. II,
p. 206), est telle, que M. Burnouf a cru d'abord mes calques du palais
antique d'_Uxmal_, au _Yucatan_, calques faits d'après la pl. XVII de M.
_Waldeck_, d'origine purement Indienne et Siamoise, et non Américaine.
M. Burnouf sait que le culte du monstrueux _Siva_ accompagne, même à
_Siam_, et dans le _Népaul_, le culte plus doux de _Bouddha_; et que
souvent leurs images sont accouplées, comme au temple de
_Bourou-Bouddhou_ de l'antique Java, archipel indien: et comme dans
l'Égypte antique, on accouple partout _Typhon_ et le _jeune Horus_.
Retrouver, _au centre de l'Amérique_, ces deux figures accouplées aussi,
copiées exactement, et ornant au nombre de huit la façade sud d'un
temple orienté, démontre ce me semble entièrement la vérité du voyage au
_Fou-sang_ (en 458 de Jésus-Christ), traduit du chinois par M. de
Guignes, et attribué à cinq bouddhistes partis du _Ky-pin_ ou de la
_Cophène_, c'est-à-dire du pays de _Caboul_ dans les Indes.
Dans les _Annales de philosophie chrétienne_, t. XII, p. 441, où l'on
donne une analyse des _Antiquités du Mexique_, par Dupaix; on cite les
recherches qu'il fit à _Zachilla_, capitale de l'ancien royaume des
_Zapotèques_, et qui lui offrirent, sur un rocher, l'empreinte d'un
_pied gigantesque_, empreinte où M. de Paravey voit une imitation de
celle que l'on va vénérer sur le _pic d'Adam_, à Ceylan, et dont les
peuples d'Ava et du Pégu, au culte bouddhique, ont aussi des imitations
analogues; en outre, le colonel Dupaix trouva en ce lieu, une idole
_assise_, les mains croisées sur la poitrine, et qui ne pouvait être
qu'une des figures de _Sakia_ ou _Bouddha_, comme celle que l'on donne
ici.
Là, suivant le _Voyage des Samanéens_, traduit depuis, par M. Rémusat,
fut le centre du _bouddhisme_, et des monstrueuses idolatries de l'Inde,
altérations déplorables du culte pur, fondé dans l'Indo-Perse, par
_Sem_, où nous voyons le célèbre _Heou-tsy_ des chinois[45].
Là, on faisait deux planètes imaginaires de _Ragou_ et _Cetou_, tête et
queue du dragon, noeuds de la lune, cause des éclipses et lieu des
conjonctions; _et ces dragons sont figurés en grand, sur la façade ouest
du palais d'Uxmal au Yucatan_, étant _entrelacés_ et formant des noeuds,
et ayant des plumes au lieu d'écailles, c'est-à-dire étant _aériens_.
Tout ceci tient à une ancienne astronomie hiéroglyphique, où les
spirales du soleil, dans sa marche apparente d'un tropique à l'autre,
étaient rendues par un dragon ou par un vaste boa, chose toute naturelle
comme _image_.
Ainsi, on écrivait en Chinois, ancien Babylonien, _Soleil mangé par le
dragon_ ou le serpent, _pour éclipse du soleil_; _Lune mangée par le
dragon_, pour _éclipse de lune_.[46] Mais on savait calculer les
éclipses, et le peuple grossier, croyait seul, _en faisant du bruit_,
faire fuir ce dragon imaginaire, ce boa à plumes, c'est-à-dire aérien.
Retrouver la peinture en grand de ces superstitions chinoises et
indiennes à _Uxmal_, dans _l'Yucatan_; y voir retracé avec toute
évidence le _Bouddha de Java_, île qui offre aussi, à _Suku_, un
téocalli ou temple antique et pyramidal, pareil à celui d'_Uxmal_ en
Amérique, dessiné par M. Waldeck (_voyage au Yucatan_), m'ont paru des
faits importants et décisifs, qui, signalés par l'Académie dans son
_Compte-rendu_, avertiront les Américains instruits et leur montreront
que leur pays et leurs ruines, sont dignes de recherches plus complètes,
et veulent d'autres _explorations_ que celles faites jusqu'à ce jour, et
qui sont presque nulles.
Justifier le docte auteur de l'_Histoire des Huns_, appuyé ici du savant
géographe _Buache_, contre les objections mal fondées de M. _Klaproth_,
m'a aussi paru fort important, et je ne crois pas que l'on puisse nier
maintenant les navigations des _Indo-Tartares_ vers l'Amérique, et cela,
près de 1000 ans avant Colomb.
Je joins ici un de mes calques, et je pourrais à _Uxmal_, à _Palenqué_
et à _Tulha_, montrer encore d'autres rapports avec l'Inde, si j'avais
plus d'espace pour les indiquer.
Paris, 20 juillet 1840.
Cher de PARAVEY.
NOTES EN BAS DE PAGE:
[44] T. XXVIII, p. 513.
[45] Voyez nos _documens hiéroglyphiques, emportés d'Assyrie et
conservés en Chine_, p. 25. Paris, 1838, chez Treuttel et Wurtz, et au
bureau des _Annales_, (no 6, rue Babylone) qui ont d'abord publié ce
_Mémoire_ dans le t. XVI, 1838, p. 123 et p. 124, note.
[46] En chinois, voir ici Jy, chy, _Eclipse de Soleil_, et youe chy,
_Eclipse de Lune_, ou astres _engloutis peu à peu_, sena de _chy_
(_dict. chin._ n° 9505), caractère mis sous la clef _tchong_, celle du
_serpent_, qui combinée avec _chy_ signifie: manger peu à peu, comme
avalent les boas.
APPENDICE B.
A NOTRE LETTRE A L'ACADÉMIE.
Nouvelles preuves de l'introduction du culte du Bouddha en
Amérique, ou dans le pays du _Fou-sang_.--Quel fut le premier pays
converti à ce culte dans le nouveau monde?
Une des contrées de l'Amérique qui fut convertie la première par les
Samanéens du _Caboul_, arrivant par la pointe sud du _Kamtchatka_, au
port excellent du _San-Francisco_, en Californie, au nord de Monterey, a
dû évidemment être le _pays du Rio-Colorado_, vaste fleuve qui, dans ces
régions même, coule du nord au sud, et vient tomber dans la pointe nord
de la mer _Vermeille_.
Or, précisément dans les traductions utiles des auteurs espagnols de M.
Ternaux Compans, on voit Castanéda placer vers le _Rio-Colorado_, dans
une petite île, un sanctuaire du _lamaïsme_ ou du _bouddhisme_.
Il y mentionne, dans un lac sur cette île, un personnage divin nommé,
dit-il, _Quatu-zaca_, et qui, habitant une petite maison, était censé ne
_manger jamais_.
On lui offrait du maïs, des mantes de cuir de cerf, des tissus de plumes
en très-grande quantité; et dans ce lieu même se fabriquaient aussi (ce
qui prouve une colonisation) beaucoup de sonnettes ou de grelots en
cuivre.
Le nom même de ce _Lama_ déifié ou de cette idole _Quatu-zaca_, offre le
nom tartare et indien _Xaca_, ou _Che-kia_ en Chinois, _Sacya_ en
sanscrit, nom du célèbre dieu _Bouddha_; remarque que nous faisons le
premier; et _Quatu_ a pu indiquer son origine du _Catay_.
_Castanéda_ ajoute que les peuples de ces contrées étaient fort doux, ne
faisaient jamais la guerre, et (s'abstenant de chair) vivaient seulement
de trois à quatre sortes de fruits très-bons.
Il est donc impossible de ne pas voir ici une antique colonie de
_Bouddhistes_ ou de _Lamas_: colonie qui, ensuite, poussa des rameaux au
Mexique, dans le Yucatan, à Bogota et même au Pérou, pays de moeurs fort
douces.
Les Mexicains, affreusement cruels dans leurs idolatries récentes, sont,
on le sait, une migration du _nord-est_ de l'Asie et du nord-ouest de
l'Amérique, mais beaucoup plus moderne; et, avant leur arrivée dans ces
belles contrées, il est à croire, comme le dit la _relation du
Fou-sang_, que le culte doux et fraternel des _Bouddhistes_, débris de
la race de _Sem_, y régnait exclusivement.
Le nom même des _Samanéens_ qui y étaient venus en 458, étant tiré du
samscrit _saman_, qui signifie _pacifique_, nous dit M. _Pauthier[47]_,
et ce nom se retrouvant plus tard au Mexique, où M. Ternaux[48], donne
_Amanam_ pour le nom des prêtres et des devins, mot qui évidemment a pu
se prononcer d'abord _Chamanani_, _Samanani_, _Samanéens_.
Saint-Germain, 26 avril 1847.
CH. DE PARAVEY.
NOTES EN BAS DE PAGE:
[47] _Description du Thian-chou_, ou _de l'Inde._
[48] _Vocabulaire mexicain_, dans sa traduction des anciens auteurs
espagnols.
APPENDICE C.
RELATIF A LA FIGURE PUBLIÉE ICI POUR LA PREMIÈRE FOIS D'UN NATUREL DU
FOU-SANG.
À quel pays de l'_Amérique_ a pu appartenir cet homme presque nu
que les livres chinois offrent comme habitant du pays du
_Fou-sang_?
Comme on le voit dans la _gravure_ que nous donnons ici, les Chinois
supposent que les hommes qui habitaient le pays du _Fou-sang_ étaient
presque nus; or, dit-on, les habitans de l'Amérique du nord étaient
revêtus d'habits. Cela est vrai pour la plupart de ces pays; mais dans
le _Voyage à l'embouchure de la Colombia_ de MM. Clarke et Léwis[49], à
46° 18' nord, ces voyageurs rencontrent les Indiens _Chin-ooks_, et,
dans un village de l'_île des Daims_, ils trouvent des femmes qui, au
lieu de courtes jupes, avaient une simple trousse autour des reins, ou
aussi une bande de peau étroite, serrant leur corps en cette partie.
Ils disent (p. 286) que les Indiens de la _Colombia_, vu la douceur du
climat, ont toujours les jambes et les pieds nus, même en hiver; et ne
portent que des petites robes lors du froid, ou des _tabliers_ de peau
et une sorte de pélerine sur les épaules (p. 310). Les _mocassins_, pour
les pieds et les jambes, n'étant usités que dans le Canada et vers la
baye d'Hudson, où le climat est beaucoup plus _froid_.