1551.
Prince sérénissime, j'ai reçu de votre ambassadeur d'Autriche un don
plus digne de votre grandeur que de mes petits mérites; il m'a été
bien cher, mais il me l'a été d'autant plus que c'est une grande
richesse pour un débiteur d'être l'obligé d'un aussi grand souverain.
Je voudrais, par reconnaissance, pouvoir faire l'image de mon cœur,
déjà dévoué depuis longtemps à Votre Altesse, afin qu'elle pût
voir, dans la partie la plus parfaite de moi-même, sa ressemblance et
sa valeur. Mais, cela m'étant impossible, je mets tous mes soins à
terminer la fable de Vénus et Adonis dans un tableau d'une forme
semblable à celui de _Danaé_ que possède déjà Votre Majesté;
j'espère envoyer bientôt celui-ci à Votre Altesse, puisqu'il est
très-avancé. Je me prépare à travailler aux autres, afin de les lui
consacrer, en regrettant que mon terrain stérile ne puisse pas produire
des fruits plus nobles et plus dignes d'elle. Je finirai en priant Dieu
d'accorder une longue félicité à Votre Altesse, et de me faire encore
une fois la grâce de la voir et de lui baiser humblement les pieds.
Après avoir fait pinceau de velours aux majestés, Titien s'occupe
des seigneurs et des courtisans: