Il sollicita leurs rois par des messages secrets[878], à venir joindre
les Romains pour accabler de concert leurs communs ennemis. Il leur
promit de passer le fleuve, et convint du temps auquel les deux armées
se réuniraient. La proposition fut acceptée avec joie; les Bourguignons
firent plus que l'on n'attendait: ils se rendirent au bord du Rhin
au nombre de quatre-vingt mille[879]. Une armée si redoutable fit
trembler leurs alliés autant que leurs ennemis[880]. Les Romains n'en
tirèrent aucun secours, et elle ne fit aucun mal aux Allemans. Après
avoir quelque temps attendu Valentinien, sans voir aucun effet de
ses promesses, les Bourguignons lui envoyèrent demander des troupes
d'observation, pour couvrir leur retraite[881]. Ils n'en avaient pas
besoin sans doute, et cette démarche ne tendait qu'à s'éclaircir
des mauvaises dispositions de l'empereur. Ils en furent pleinement
convaincus par le refus qu'ils essuyèrent. Irrités de se voir joués si
indignement, ils égorgèrent tout ce qu'ils purent saisir de sujets de
l'empire, et reprirent le chemin de leur pays, trompés par Valentinien,
mais trompant aussi les espérances de sa politique artificieuse. La
terreur de leur marche mit en fuite les Allemans qui habitaient sur
leur passage. Ceux-ci s'étant répandus dans la Rhétie, furent tués ou
pris par le général Théodose[882]. Les prisonniers furent par ordre du
prince transportés en Italie: on leur donna des terres à cultiver aux
environs du Pô, à condition qu'ils payeraient un tribut annuel.
[Note 878: _Scribebat frequenter ad eorum reges per taciturnos quosdam
et fidos._ Amm. Marc. l. 28, c. 5.--S.-M.]
[Note 879: Ammien Marcellin se contente de dire vaguement, l. 28, c. 5,
_catervas misêre lectissimas_. C'est S. Jérôme, Orose et Cassiodore qui
déterminent le nombre des Bourguignons qui vinrent alors secourir les
Romains.--S.-M.]
[Note 880: _Antequam milites congregarentur in unum, adusque ripas
Rheni progressæ, imperatore ad struenda munimenta districto, terrori
nostris fuere vel maximo._ Amm. Marc. l. 28, c. 5.--S.-M.]
[Note 881: _Poscentes adminicula sibi dari redituris ad sua, ne nuda
hostibus exponerent terga._ Amm. Marc. l. 28, c. 5.--S.-M.]
[Note 882: Il était alors général de la cavalerie, _magister equitum_.
Amm. Marc. l. 28, c. 5.--S.-M.]
[Note latérale: AN 371.