Le premier jour de janvier il célébra dans Ancyre la cérémonie de
son entrée au consulat. Il avait désigné Varronianus son père pour
partager avec lui cette dignité. Mais ce vieillard étant mort avant
le commencement de l'année, Jovien prit pour collègue son fils, qui
portait aussi le nom de Varronianus[396]. Il lui donna en même temps
le titre de _nobilissime_. On rapporte que lorsqu'on voulut, selon
l'usage, asseoir cet enfant sur la chaise curule, il y résista avec des
cris opiniâtres, comme s'il eût pressenti son malheur. Thémistius, que
Constance avait honoré d'une place dans le sénat de Constantinople,
orateur sensé et vertueux, député avec plusieurs autres sénateurs pour
complimenter l'empereur sur son consulat, prononça un discours en sa
présence. Nous l'avons encore entre les mains; et nous y voyons que la
vertu du prince et celle de l'orateur ont ensemble beaucoup de peine à
défendre ce panégyrique de la contagion de flatterie, qui fait presque
toujours l'ame de ces sortes de pièces. Quelques historiens prétendent
que le discours dont nous parlons ne fut prononcé qu'à Dadastana six
semaines après; et qu'il le fut encore à Constantinople en présence du
peuple après la mort de Jovien.
[Note 396: Les paroles de Philostorge, l. 8, c. 8, donnent lieu de
croire que Jovien avait un autre fils plus âgé; car il dit θάτερον τῶν
ἑαυτοῦ παίδων, Οὐαρονιανὸν.--S.-M.]
[Note latérale: XXXI.
Mort de Jovien.
Amm. l. 25, c. 10.
Eutrop. l. 10.
Vict. epit. p. 229.
Hier. chron. et epist. 60, t. 1, p. 341.
Chrysost. ad Philipp.
Hom. 15, t. 11, p. 317 et 318.
[Oros. l. 7, c. 31.]
Zos. l. 3, c. 35.
Socr. l. 3, c. 26.
Theod. l. 4, c. 5.
Soz. l. 6, c. 6.
Philost. l. 8, c. 8.
Idat. chron.
Chron. Alex. vel Paschal. p. 300.
[Theoph. p. 46.]
Zon. l. 13, t. 2, p. 28, 29.
Cedr. t. 1, p. 308, 309.
Suid. in Ἰοβιανός.
Médailles.
[Eckhel, doct. num. vet. t. 8, p. 146.]]
Tout l'empire s'attendait à goûter sous un gouvernement équitable et
pacifique le repos dont il avait été long-temps privé par la faiblesse
et les soupçons injustes de Constance et par l'humeur guerrière de
Julien. On faisait à Constantinople les préparatifs de la réception
de l'empereur: Rome qui se flattait de jouir bientôt de sa présence,
frappait déja des monnaies pour célébrer la joie de son arrivée.
Jovien ne témoignait pas moins d'empressement. Il partit d'Ancyre
par un temps très-froid, qui fit périr en chemin plusieurs de ses
soldats. Étant arrivé le 16 de février à Dadastana, petite bourgade
de Galatie, sur les frontières de la Bithynie[397], il fut trouvé le
lendemain mort dans son lit. Il était âgé de trente-trois ans, et
avait régné sept mois et vingt jours. La cause de sa mort est restée
dans l'incertitude. Selon l'opinion la plus commune, s'étant couché
dans une chambre nouvellement enduite de chaux, il fut étouffé par la
vapeur du charbon qu'on y avait allumé, pour sécher les murailles,
et pour échauffer le lieu. Selon d'autres, sa mort fut l'effet d'une
indigestion, ou de quelques mauvais champignons qu'il avait mangés.
Quelques-uns l'attribuent simplement à une apoplexie. Enfin, on a
dit qu'il avait été empoisonné, ou assassiné par ses propres gardes.
Ammien Marcellin semble appuyer ce dernier sentiment par la remarque
qu'il fait, que sa mort ne fut suivie d'aucune information, non plus
que celle de Scipion Émilien. Si ce soupçon avait lieu, il ne pourrait
tomber que sur Procope; Valentinien, comme le prouve l'histoire de son
élection, n'avait nulle prétention à l'empire. Le corps fut porté à
Constantinople dans l'église des Saints-Apôtres; sépulture ordinaire
des empereurs depuis Constantin. Les païens le mirent au nombre des
dieux[398]; et les deux empereurs chrétiens qui lui succédèrent, ne
s'opposèrent pas à cette sorte d'idolâtrie, qui n'était plus regardée
que comme une cérémonie politique. Sa femme n'eut pas la satisfaction
de le voir empereur. Elle était en chemin pour le venir joindre avec
toute la pompe d'une impératrice, lorsqu'elle reçut la nouvelle de
sa mort. Elle venait de perdre en peu de temps et son père et son
beau-père; elle eut encore la douleur de survivre à son époux pendant
plusieurs années, mourant, pour ainsi dire, tous les jours, et
tremblant sans cesse sur le sort de son fils, en qui la qualité de fils
d'empereur pouvait tenir lieu de crime auprès des successeurs. La mort
seule fixa pour elle les honneurs, dont la lueur rapide n'avait brillé
à ses yeux que pour disparaître aussitôt: elle eut sa sépulture à côté
de son mari.
[Note 397: _Dadastana, qui locus Bithyniam distinguit et Galatas_, Amm.
Marc., l. 25, c. 10. Sozomène (l. 6, c. 6) et Théophanes (p. 46) sont
les seuls qui mettent cet endroit dans la Bithynie. Selon l'Itinéraire
d'Antonin, _Dadastana_ était à 117 milles de Nicée, capitale de la
Bithynie, et à 125 d'Ancyre en Galatie. La table de Peutinger réduit
par une autre route la distance de ce lieu à Nicée; il compte seulement
104 milles de distance entre ces deux villes.--S.-M.]
[Note 398: On ne connaît cependant aucune médaille authentique qui se
rapporte à son apothéose, et qui lui donne le titre de _Divus_.--S.-M.]