Dieu confondit ses blasphèmes par le châtiment terrible du plus ardent
ministre de ses impiétés. Le comte Julien, attaqué à la fin d'octobre
d'une maladie semblable à celle de Galérius, résista quelque temps.
Enfin, dévoré par les vers, qui sortaient de ses plaies, et dont tous
les secours des médecins ne purent tarir la source, déchiré des plus
horribles douleurs, n'ayant de présence d'esprit que pour les sentir,
et de voix que pour se reprocher ses crimes, il envoya prier l'empereur
de rouvrir les églises d'Antioche: _C'est pour avoir servi vos désirs_,
lui disait-il, _que je suis réduit à cet état déplorable_. L'empereur
lui fit répondre: _Qu'il n'avait à se plaindre que de lui-même; que
c'étaient apparemment les dieux qui le punissaient de son incrédulité.
Après tout_, ajoutait-il, _je n'ai point fermé les églises, et je
ne les rouvrirai point_. En effet, l'empereur n'avait fait fermer
que la principale église: c'était le comte qui, par haine contre
les chrétiens, avait donné le même ordre pour toutes les autres. Ce
malheureux, au lit de la mort, eut en vain recours aux prières de sa
femme, qui avait persévéré dans la religion chrétienne. Il expira à la
fin de cette année ou au commencement de la suivante[44], en demandant
à Dieu miséricorde avec des cris affreux. Ce qui aurait dû achever
d'ouvrir les yeux au prince, c'est que les oracles qui, depuis le
rétablissement de l'idolâtrie, avaient recouvré la voix, s'accordèrent
tous à prédire que l'oncle de l'empereur ne mourrait pas de sa maladie.
[Note 44: Il est certain que le comte Julien ne mourut qu'en l'an 363,
car il existe une loi de cette année qui lui est adressée; mais il faut
que ce soit au commencement de l'année, puisqu'il avait déjà cessé de
vivre lors de la composition du Misopogon, qui est du mois de février.
Ceci est d'accord avec le témoignage d'Ammien Marcellin, qui parle à
cette époque de la nomination d'Aradius Rufinus, comte d'Orient, à la
place de Julien, mort depuis peu. _Rufinum Aradium comitem Orientis in
locum avunculi sui Juliani, recens defuncti provexit._ Amm. Marc. l.
23, c. 1.--S.-M.]
[Note latérale: XXVII.
Propositions de Sapor rejetées.
Liban. or. 8, t. 2, p. 243-245, et or. 9, p. 255.
Socr. l. 3, c. 19.
[Soz. l. 5, c. 3.]]
Julien, trop endurci, ne fut point touché de cet exemple: il ne
s'occupait que de projets de conquêtes. On avait d'abord appréhendé
que les Perses[45] ne fissent dès cette année une irruption du côté
de Nisibe[46]; mais Sapor, soit pour s'instruire plus certainement de
l'état des forces romaines, soit qu'en effet il fût las de la guerre,
écrivit à Julien. Il lui proposait de terminer leurs différends par
la voie de la négociation: il demandait une trève pour envoyer des
ambassadeurs, et faisait espérer qu'il s'en tiendrait aux conditions
que Julien jugerait équitables. L'empereur jeta la lettre par terre
avec mépris, et répondit au courrier _qu'il n'était pas besoin
d'ambassade; qu'il irait lui-même incessamment porter sa réponse à
Sapor_[47].
[Note 45: Il paraîtrait, selon le rapport de Théodoret (l. 3, c. 21.)
qu'aussitôt après la mort de Constance, les Perses avaient fait une
irruption sur le territoire romain. Quoiqu'il n'en soit pas mention
ailleurs, ce fait est très-vraisemblable. On voit par ce que dit
Libanius (or. 8, t. 2, p. 243), qu'avant l'arrivée de Julien, l'Orient,
menacé d'une irruption des Perses, était dans la désolation.--S.-M.]
[Note 46: Julien avait même répondu aux envoyés de cette ville, qui
était chrétienne, que, si elle voulait être secourue, elle n'avait qu'à
rouvrir les temples des dieux.--S.-M.]
[Note 47: Cette réponse est dans Socrate l. 3, c. 19, sous une forme
bien plus énergique. _J'irai vous voir bientôt; il n'était pas besoin
d'ambassade._ αὐτόν με ὄψεσθε μετ' οὐ πολὺ, καὶ οὐδέν μοι δεήσει
πρεσβείας.--S.-M.]
[Note latérale: AN 363.