L'AVANTAGE DE LA SCIENCE.

Entre deux bourgeois d'une ville

S'émut jadis un différend:

L'un était pauvre, mais habile;

L'autre riche, mais ignorant.

Celui-ci sur son concurrent

Voulait emporter l'avantage;

Prétendait que tout homme sage

Était tenu de l'honorer.

C'était tout homme sot: car pourquoi révérer

Des biens dépourvus de mérite?

La raison m'en semble petite.

Mon ami, disait-il souvent

Au savant,

Vous vous croyez considérable;

Mais, dites-moi, tenez-vous table?

Que sert à vos pareils de lire incessamment?

Ils sont toujours logés à la troisième chambre,

Vêtus au mois de juin comme au mois de décembre

Ayant pour tout laquais leur ombre seulement.

La république a bien affaire

De gens qui ne dépensent rien.

Je ne sais d'homme nécessaire

Que celui dont le luxe épand beaucoup de bien.

Nous en usons, Dieu sait! notre plaisir occupe

L'artisan, le vendeur, celui qui fait la jupe,

Et celle qui la porte, et vous qui dédiez

À messieurs les gens de finance

De méchants livres bien payés.

Ces mots remplis d'impertinence

Eurent le sort qu'ils méritaient:

L'homme lettré se tut; il avait trop à dire.

La guerre le vengea bien mieux qu'une satire

Mars détruisit le lieu que nos gens habitaient;

L'un et l'autre quitta[32] la ville.

L'ignorant resta sans asile:

Il reçut partout des mépris;

L'autre reçut partout quelque faveur nouvelle.

Ceci décida leur querelle.

_Laissez dire les sots; le savoir a son prix._

(_Livre VIII, Fable 19._)

[Footnote 32: La grammaire demande le verbe au

pluriel avec l'un et l'autre--l'un et l'autre

quittèrent.]

Littérature Française (Première Année) · 第 97 / 137 题