En ce monde il se faut l'un l'autre secourir.
Si ton voisin vient à mourir,
C'est sur toi que le fardeau tombe.
Un âne accompagnait un cheval peu courtois,
Celui-ci ne portant que son simple harnois,
Et le pauvre baudet si chargé qu'il succombe.
Il pria le cheval de l'aider quelque peu;
Autrement il mourrait devant qu'être à la ville.
La prière, dit-il, n'en est pas incivile;
Moitié de ce fardeau ne vous sera que jeu.
Le cheval refusa, fit une pétarade,
Tant qu'il vit sous le faix mourir son camarade
Et reconnut qu'il avait tort;
Du baudet en cette aventure
On lui fit porter la voiture,
Et la peau par-dessus encor.
(_Livre VI, Fable 16._)