LE SERPENT ET LA LIME.

On conte qu'un serpent voisin d'un horloger

(C'était pour l'horloger un mauvais voisinage)

Entra dans sa boutique, et, cherchant à manger,

N'y rencontra pour tout potage

Qu'une lime d'acier, qu'il se mit à ronger.

Cette lime lui dit sans se mettre en colère:

Pauvre ignorant! eh, que prétends-tu faire?

Tu te prends à plus dur que toi,

Petit serpent à tête folle;

Plutôt que d'emporter de moi

Seulement le quart d'une obole,

Tu te romprais toutes les dents.

Je ne crains que celles du temps.

Ceci s'adresse à vous, esprits du dernier ordre,

Qui, n'étant bons à rien, cherchez surtout à mordre;

Vous vous tourmentez vainement.

Croyez-vous que vos dents impriment leurs outrages

Sur tant de beaux ouvrages?

Ils sont pour vous d'airain, d'acier, de diamant.

(_Livre V, Fable 16._)

Littérature Française (Première Année) · 第 90 / 137 题