Un pauvre bûcheron tout couvert de ramée,
Sous le faix d'un fagot aussi bien que des ans,
Gémissant et courbé, marchait à pas pesants,
Et tâchait de gagner sa chaumine enfumée.
Enfin, n'en pouvant plus d'effort et de douleur,
Il met bas son fagot, il songe à son malheur.
Quel plaisir a-t-il eu depuis qu'il est au monde?
En est-il un plus pauvre en la machine ronde?
Point de pain quelquefois, et jamais de repos;
Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts,
Le créancier et la corvée[24]
Lui font d'un malheureux la peinture achevée.
Il appelle la Mort. Elle vient sans tarder,
Lui demande ce qu'il faut faire.
C'est, dit-il, afin de m'aider
À recharger ce bois; tu ne tarderas guère.
Le trépas vient tout guérir,
Mais ne bougeons d'où nous sommes;
Plutôt souffrir que mourir,
C'est la devise des hommes.
(_Livre I, Fable_ 16. _Édition Charpentier._)
[Footnote 24: "Corvée," forced labor.]