IV.

AMYOT.

Né à Melun en 1513; mort à Auxerre en 1593.

Jacques Amyot est des savants du XVIe siècle celui qui doit le plus à

la Renaissance, et à qui la Renaissance doit le plus. Elle forma son

esprit et son talent. L'étude de la langue grecque fut pour lui une

vraie vocation.

Trop pauvre pour payer ses professeurs il se fit domestique dans un

collége. Jacques Colin, lecteur du roi, le remarqua et le fit étudier

dans les classes. Amyot en sortit helléniste distingué, et entra dans

l'église, qui était alors la ressource des jeunes gens pauvres et

ambitieux.

Professeur de grec du fils de Catherine de Médicis qui devint le roi

Charles IX, il traduisit les _Vies illustres de Plutarque_. Cette

traduction suffit pour sa gloire; elle est faite de main de maître.

Les qualités de la langue française s'y harmonisent avec celles de la

langue grecque. Il y a même dans Amyot quelquechose de simple et de

naïf qui plaît mieux que Plutarque lui-même, et tel est le charme de

son style qu'aujourd'hui encore on dit de quelquechose qui est exprimé

avec une certaine grâce naïve, c'est de la langue d'Amyot.

Il fut évêque d'Auxerre.

La traduction des "Vies des hommes illustres" et des oeuvres

morales de Plutarque présente deux circonstances bien

remarquables dans l'histoire des lettres: la première, c'est

que le travail d'Amyot est tellement français, soit par la

tournure des phrases, soit par la propriété des expressions

qu'on le prendrait pour un écrit original; la seconde, c'est

que le génie littéraire de ce grand écrivain a été assez

puissant pour faire d'une simple traduction un titre de

gloire impérissable. Un homme dont le témoignage fait

autorité en matière de correction de langage, Vaugelas, a

parlé ainsi du livre d'Amyot: Tous les magasins et tous les

trésors du vrai langage français sont dans les oeuvres de ce

grand homme, et encore aujourd'hui nous n'avons guère de

façons de parler nobles et magnifiques qu'il ne nous ait

laissées: et bien que nous ayons retranché la moitié de ses

phrases et de ses mots, nous ne laissons pas de trouver dans

l'autre moitié presque toutes les richesses dont nous nous

vantons et dont nous faisons parade.

Mennechet.

Littérature Française (Première Année) · 第 27 / 137 题