LE 28.

Mes compagnons voulurent m'accompagner jusqu'à la dînée: nous nous mîmes

en route à huit heures du matin.

Nous passâmes d'abord la rivière du Dragon à gué, ensuite celle du Galet

de la même manière. La côte cesse là d'être escarpée, et nous eûmes le

plaisir de marcher sur le sable, le long de la mer dans une grande

plaine qui mène jusqu'à l'anse du Tamarin: elle peut avoir un quart de

lieue de largeur, sur plus d'une lieue de longueur. Il n'y croît rien.

On pourrait, ce me semble, y planter des cocotiers, qui se plaisent dans

le sable. A droite, il y a un ruisseau de mauvaise eau, qui coule le

long des bois.

Nous trouvâmes, dans des endroits que la mer ne couvre plus, des couches

de madrépores fossiles, ce qui prouve qu'elle s'est éloignée de cette

côte[6]. Nous dînâmes sur la rive droite de l'anse; ensuite nous nous

quittâmes en nous embrassant, et nous souhaitant un bon voyage. Nous

avions trouvé, sur le sable, des débris de harpes, et d'olives

très-grosses.

[6] J'observai que là où la mer étale, indépendamment des récifs du

large, il y a à terre une espèce d'enfoncement ou chemin couvert

naturel. On y pourrait mettre du canon; mais avant tout, il faudrait

des chemins.

De la Rivière-Noire il n'y avait plus qu'une petite lieue à faire pour

aller coucher chez M. de Messin. Je passai d'abord à gué le fond de

l'anse de Tamarin, et de là je suivis le bord de la mer avec beaucoup de

fatigue: il est escarpé jusqu'à la Rivière-Noire. Je trouvai, le long de

ses rochers, beaucoup d'espèces de crabes, et cette espèce de boudin

dont j'ai parlé.

Le fond de l'anse est de sable, et on y pourrait débarquer, si ces

positions rentrantes n'exposaient à des feux croisés. Une batterie à la

pointe de sable de la rive droite de la Rivière-Noire y serait fort

utile. J'avais marché trois heures le matin, et trois heures

l'après-midi.

Voyage à l'Ile-de-France (1/2) · 第 61 / 82 题