Mes compagnons voulurent m'accompagner jusqu'à la dînée: nous nous mîmes
en route à huit heures du matin.
Nous passâmes d'abord la rivière du Dragon à gué, ensuite celle du Galet
de la même manière. La côte cesse là d'être escarpée, et nous eûmes le
plaisir de marcher sur le sable, le long de la mer dans une grande
plaine qui mène jusqu'à l'anse du Tamarin: elle peut avoir un quart de
lieue de largeur, sur plus d'une lieue de longueur. Il n'y croît rien.
On pourrait, ce me semble, y planter des cocotiers, qui se plaisent dans
le sable. A droite, il y a un ruisseau de mauvaise eau, qui coule le
long des bois.
Nous trouvâmes, dans des endroits que la mer ne couvre plus, des couches
de madrépores fossiles, ce qui prouve qu'elle s'est éloignée de cette
côte[6]. Nous dînâmes sur la rive droite de l'anse; ensuite nous nous
quittâmes en nous embrassant, et nous souhaitant un bon voyage. Nous
avions trouvé, sur le sable, des débris de harpes, et d'olives
très-grosses.
[6] J'observai que là où la mer étale, indépendamment des récifs du
large, il y a à terre une espèce d'enfoncement ou chemin couvert
naturel. On y pourrait mettre du canon; mais avant tout, il faudrait
des chemins.
De la Rivière-Noire il n'y avait plus qu'une petite lieue à faire pour
aller coucher chez M. de Messin. Je passai d'abord à gué le fond de
l'anse de Tamarin, et de là je suivis le bord de la mer avec beaucoup de
fatigue: il est escarpé jusqu'à la Rivière-Noire. Je trouvai, le long de
ses rochers, beaucoup d'espèces de crabes, et cette espèce de boudin
dont j'ai parlé.
Le fond de l'anse est de sable, et on y pourrait débarquer, si ces
positions rentrantes n'exposaient à des feux croisés. Une batterie à la
pointe de sable de la rive droite de la Rivière-Noire y serait fort
utile. J'avais marché trois heures le matin, et trois heures
l'après-midi.