On a dit quelles véritables fortifications les Allemands, retranchés sur
leurs nouvelles lignes, après leur défaite de la Marne, ont établies
pour se maintenir contre nos vigoureux assauts.
Il faut reconnaître qu'ils sont parfaitement organisés pour effectuer
ces travaux de terrassements. Sous le feu de l'artillerie qui les
protège, leurs «pionniers» arrivent sur la position choisie munis
d'outils portatifs à manches courts et suivis du fourgon qui contient
les outils plus lourds, à longs manches. Chaque compagnie a son fourgon.
Le travail est conduit avec une méthode rigoureuse, selon des principes
précis comme une équation. On sait que chaque fusilier a tel espace, et
sa place lui est mathématiquement ménagée. Le feu meurtrier de nos 75
peut arroser une de ces tranchées si parfaitement réglementaires,
protégées en avant par le talus où l'on a accumulé toute la terre de
l'excavation, les morts n'auront pas même la place de tomber,--et cela
explique les descriptions qu'on a données, après la bataille, de
certaines tranchées où les cadavres demeuraient debout dans la position
de tir.
En avant de ces tranchées de front, d'autres moins spacieuses sont
établies pour les sentinelles. En arrière on a construit de véritables
habitations de troglodytes, des fossés recouverts en partie de
terrassements et de branchages étayés par des pieux. Il y a là des
dortoirs quasi confortables, les cuisines, les magasins de vivres et de
munitions, tout cela relié par des passages aux lignes de front. Le fond
est souvent cimenté. On dirait, en vérité, que ces gens ont juré de
passer là leur hiver. Enfin, les mitrailleuses ont aussi leurs places
réservées. Et, tout à fait à l'arrière, est installée l'artillerie,
pièces de siège montées sur des plates-formes improvisées et gros
obusiers.
Tout cela forme comme une immense taupinière, un terrier difficile à
enlever, mais dont, finalement, nos baïonnettes auront bien raison,
espérons-le.
[Illustration: Intérieur d'une tranchée abri, sur les positions
allemandes.]