Vir bonus et pulcher genus altum copia grandis
Dulcis amor vestri pars erit auxilii
Il est tant bon homme et tant beau
Et des biens qu'il a a monceau
Est la quantité si tresgrande
Que je ne croy pas qu'il demande
Rien de villain/ le jouvenceau
Pour ung petit mot de nouveau
En joyeuseté ne m'en chault
Il est de lignaige tres hault
Il est bon/ beau/ riche/ honnorable
Dont je croy que amour veritable
Sera part de vostre conseil
Et sera la chose traictable
Par appointement nompareil
Fama loquax taceat modo taceat murmur iniquum.
Absque pudore vias res habet ista suas
Pourtant que chascun de vous face
Que la renommee loquace
Se taise et soit la chose breve
Que le grant murmure s'efface
Puis que temps avés et espace
Sans honte le marchié se acheve
Regardés bien a vostre compte
Ceste chose voyez sans honte
Nul ne le sçait tu le scez bien
Si non moy qui n'en diray rien
Car je t'aime d'amour parfonde
Et vouldroye trouver moien
De te pourchasser de grant bien
Autant que a fille de ce monde
Les doubtes que a fait galathee de se acorder tant esprise que plus ne
peult
O deus in quantis animus versatur amantis
Quam timor hac illac pellit amor que gravis
O sire dieu tu scez tout bien
En combien de choses/ combien
Tourne couraige d'amoureux
De repoz en luy n'y a rien
Mais incessamment sans moyen
Tourne en ung propoz ou en deux
Deça dela crainte le maine
Amour d'aultre part le demaine
Grevement en divers propoz
Tant qu'il n'y a point de repoz
L'une fois il treuve bon port
L'aultre dangereux pas de mort
Couraige amoureux en effet
Souvent est transmué si fort
Qu'il ne sçait qu'il dit ne qu'il fait
Hii duo discordes/ me nocte dieque fatigant
Esse quod optat amor hoc netat esse timor
Crainte et amour deux discordans
Et mortelz ennemis aussi
Qui jamais ne sont acordans
Mais tous divers champs recordans
Se treuvent tousjours a cecy
Ainsi sont amans en soucy
Tant que a pou que le cueur ne sent
Ce que ung ayme l'aultre deffent
Ce que amour desire et appete
Crainte deffent et le regette
Jamais en leur fait variable
N'y a conclusion parfaicte
Mais litigue interminable
Quid faciat nescit semper per devia currens.
Errat et errando vulnus amoris alit.
Ung vray amant ne sçayt qu'il face
Mais va tousjours de place en place
Sans chemin ne sente tenir
Quant il doit arrester il passe
Courant tousjours passe et rapasse
Sans ung propoz entretenir
Tousjours erre et en errant
Sans trouver secours ne garant
D'amours n'auroit la grefve playe
Qui luy abolit tout joye
Quant il ne peult trouver adresse
En cheminant l'oblique voye
Qui totalement le desvoye
Tant qu'il n'y a point de liesse
Me sibi subdit amor illi licet usque rebellem
Me que repugnantem fortius urit amor
Je preuve la chose telle
En moy simple jouvencelle
Qui esprinse d'amour suis
Amour m'a subjecte a elle
Ja soit que je me rebelle
Contre elle tant que je puis
Je repugne assez: et puis
Amour tant plus je reculle
Et plus ardamment me brusle
Plus fuy plus me vient querir
Medecine ne sçay nulle
Qui m'y puisse secourir
Sic afflicta diu casso quoque fessa labore
Mesta loquar quam venire malo mori
Ainsi en ceste affliction
De double ymagination
De labeur cas vaine et lassee
De parler j'ay intention
Et dire mon opinion
Toute dolente et courroucee
En disant ma triste pensee
Et estre de soucy delivre
Mieulx ayme mourir que ainsi vivre
Car amour par sa fellonnye
Tant de cruelz assaulx me livre
Que j'ayme mieulx mort que la vie
Comme la vieille resconforte gallathee de ce qu'elle dit que amour luy
fait si grant guerre et dit.
[U]t graviora suo surgunt incendia motu
Lis que repugnando major et ira furit
Les chaleurs et abrasemens
Se croissent par leurs mouvemens
Pires que du commencement
Par les divers repugnemens
Moyse prent ses escroissemens
Et sourt ire plus grandement
Le fer par son debatement
S'eschauffe vehementement
Petite noise aussi dement
Horrible merveilleusement
Et croist innumerablement
Quant son contraire la soustient
Sic venus ipsa suis/ ipsi sibi noxia vellis
Surgit et opposita vulnera lite favet
Ainsi venus haulte deesse
D'amours souveraine princesse
Aux siens donne choses nuisibles
Par ardeur d'amoureuse presse
Et ses ardeurs haulse ou rabesse
Par operations terribles
Par lice opposite et contraire
Elle nourrit et faire atraire
Ses plaies pour les abraser
Par souvent le feu atiser
Il brusle incessemment tousjours
Par ainsi doit on rapaiser
Qui est saige le feu d'amours
Non potis ergo tuas vellis extinguere flammas
Sed cum pasce tuis mitior ignis erit
Je sçay bien que tu ne sçaurois
Reffraindre ainsi que tu vouldroyes
Les ires diverses et fortes
Qu'il fault que soustiennes et portes
Et bonnement ne le pourroyes
Mais il fault que saige tu soyes
Et que rapaises doulcement
Ton grant labeur et que tu voyes
Ta douleur prendre amandement
Imperium veneris fac dum sua miles haberis
Ne tibi sit dampno lisque labor que tuus
Fay de venus la singuliere
Voulenté en ceste maniere
Et luy obeys totalement
Tant que tu es sa chevaliere
Militante soubz sa baniere
Faire fault son commendement
Obeys luy tout doulcement
Affin que peine et labouraige
Ne te retourne a dommaige
Car venus a ceste puissance
De donner tristesse ou plaisance
A ceulx qui sont soubz la cordelle
Tu luy dois monstrer obeissance
Pour acquerir la grace d'elle
Incipiens temere male perdis gaudia vite
Te que tuos que dies noxius error habet
Se tu commences tes amours follement
Commencement
Dangereux trouveras
Car les joyes perdras entierement
Soudainement
De ton entendement
Et ne sera point ton estat eureux
Tes jours en tous lieux
Erreur envieux
En soucy tiendra
Sans recouvrer mieulx
Tes jours jeunes vieulx
Desplaisir prendra
Tantum mente vides vultus absentis amici
Nocte die que tuos non minus ipse videt.
De ton amy en son absence
Tu voys seullement l'insollence
Et la playe qu'il a pour toy
Pareillement fait il de toy
Il n'en a pas moins d'aparence
Se tu penses a luy il pense
A toy par comparable essence
Selon des amoureux la loy
De ton amy en son absence
Tu voys seulement l'insolence
Et la playe qu'il a pour toy
Se tu seuffre douleur immence
Qui te tourmente sans clemence
Il y a bien cause pourquoy
Tu sens douleur et puis je voy
Que oultre ta dure pestilence
De ton amy en son absence
Tu voys seulement l'insolence
Et la playe qu'il a pour toy
Pareillement fait il de toy
Il n'en a pas moins d'aparance
Alter in alterius fert tantum lumina vultus.
Res dabit ambolus ista morando necem.
L'ung seulement l'autre regarde
En regretz et en desconfort
Je m'esbahy qui vous retarde
Qu'en vous ne prenés reconfort
Se ne prenés en vous confort
Croyez que sans difficulté
Ce mal vous donnera la mort
A tous deux je dy verité
J'en ay gousté
Yver esté
Du mal d'amours
Je n'ay esté
En ma beaulté
Par plusieurs jours
J'ay fay des tours
Abiles lours
Maintenant en ma povreté
Je me retire comme lours
Qui doubte du temps le decours
Quant il est en sa grant bonté
Sed puto quam flammas leviter depellere credis.
Hujus desiderii mors fera finis erit
Je cuyde en pensant plusieurs choses
Que a tout par toy tu presuposes
Destaindre et soudain rappeller
Les flammes d'amours que ne exposes
A nully et aussi tu n'oses
Mais tousjours te laisses brusler
Par les celler
Sans reveller
De ce desir
Au paraller
Tost ravaller
Fauldra plaisir
En desplaisir
La mort saisir
Te viendra sans plus reculler
Lors n'auras plus temps ne loysir
Partir te fauldra sans choysir
Et si n'en pourras appeller
Parce juventuti complectere gaudia vite
Leta decet letis pascere corda jocis
Monstre toy bonne
A ta personne
Donne liesse
Honte habandonne
Et si pardonne
A ta jeunesse
Toute tristesse chasse et delaisse
Embrasse joye
Ayme noblesse
De gentillesse
Tu es en voye
C'est chose vraye
Que dieu envoye
Toute liesse aux cueurs joyeulx
Tous vrais amans qui que les voye
Qui quierent d'amours la mont joye
Se doivent repaistre des ieux
Et modo sola veni paulisper ludere mecum
Et tibi nostra domus poma nuces que dabit
Maintenant ma jeune fillette
Qui icy tu es toute seullette
Vien me voir a nostre maison
La auras tu quelque noisette
Quelque pomme quelque chosette
Qui y est selon la saison
Ne crains point d'aultruy le blason
Car il n'y a point d'achoison
La chose ne sera que honneste
Que l'une avec l'aultre voison
Et puis tu entens la raison
Que la chose sera secrette
Vix est iste meus ortus sine frugibus nunquam
De quibus ecce frui quolibet ipsa potes
J'ay ung vergier
Le plus gorrier
Qu'on puisse entendre
La sans dangier
Pourras mengier
Tout fruyt et prendre
Pour tout comprendre
Sans te reprendre
Soit de pommier ou de poirier
Prendre pourras monter descendre
Rompre taillier couper et fendre
Ainsi que tu verras mestier
Sed modo nescio quis mea fortiter hostia movit.
Vir fuit aut ventus sed reor esse virum
Mais je ne sçay qui maintenant
A osté les portes en somme
De ce beau jardin contenant
Maint arbre portant poire et pomme
S'a esté le vent ou ung homme
Mais ainsi comme je suppose
Veu que la porte estoit bien close
C'est ung homme qui a ce fait
Le vent ne l'auroit point desclose
Ce a esté ung homme en effet
Est homo per quodam nos respicit ecce foramen
Pamphilus est vultus si bene nosco suos.
Or regarde j'avoye bien dit
Que ung homme avoit ouvert cest huis
Regarde la comme il s'en fuit
De peur de nous par ce pertuys
C'est pamphille se je ne suys
Deceue a voir son regart
Il se tapit comme ung regnart
Cuydant que ne le voyon point
Mains il est deceu de ce point
Poursuivon l'ay tout bellement
S'il ne se tourne bien a point
Il ne nous verra nullement
Comme la vieille faint de estre courroussee que pamphille soit la venu
et comme toute marrie va tenser a luy et le increper de estre venu
rompre son jardin
Arte seram retro paulatin vir que reducit
Ad nos ingreditur quid modo cesso loqui.
Tien galathee m'amye chiere
Comme il est venu reculler
Par art la serrure en arriere
Il l'a bien faillu esbransler
Qui me fait tenir de parler
Quant vers nous je le voy venir
Qui esse qui me peult tenir
Que je ne luy voys dire injure
De m'avoir rompu ma serrure
Ha de fait je ne m'en puis taire
Et bref il en viendra murmure
Par le dieu ou je croy j'en jure
Ou il la me fera refaire
Cur furiose fores confringis pamphile nostras
Emptas namque meo/ destruis ere tuo
Vien sa pamphille parle a moy
Et me dy la raison pourquoy
Rompu as furieusement
Les serrures comme je voy
De ce jardin est il a toy
Qui t'a donné ce hardement
Ne sçayt on pas certainement
Que les serrures que as gastees
J'ay de mon argent achatees
Pour quoy me les viens tu gaster
Pense d'aultres en rachater
Et que tost on me les reface
Ou j'en iray admonnester
Le juge que justice en face
Quid vis vel cujus venisti nuncius ad nos
Dicere si quid habes dic celer atque redi
Pourquoy viens tu en mon vergier
Ou quelle cause a nous te amaine
Ou de qui es tu messagier
Veulx tu faire du capitaine
Y viens tu pour nous faire peine
Et travail parle a moy beau sire
Se tu as quelque chose a dire
Dy le nous tost plus ne sejourne
Nous te orrons sans te contredire
Et incontinent t'en retourne
Comme pamphille dresse sa parolle a galathee en luy demandant qu'elle le
baise
O galathea mee super omnia causa salutis
Da michi per longuas basia mile moras
Galathee ma doulce seur ma mye
Du bon du cueur/ humblement je te prie
Comme cause de mon salut entier
Puis que tu es en ce plaisant vergier
Que me monstres ta doulce courtoysie
Mille baisiers par doulce compaignie
Me pourroyent guairir ma maladie
Qui de mire a besoing et mestier
Galathee ma doulce seur ma mye
Du bon du cueur humblement je te prie
Comme cause de mon salut entier
Acolle moy doulce seur il m'ennuye
Puis qu'il convient que mon plaisir te die
Je suis pour toy en ung mortel dangier
Tant que ne puis ne boire ne mengier
Mon ame en toy de tous poins est ravie
Galathee ma doulce seur m'amie
Du bon du cueur humblement je te prie
Comme cause de mon salut entier
Puis que tu es en ce plaisant vergier
Que me monstres ta doulce courtoysie
Nec tamen hiis sumptis scitiens meus ardor abibit.
Sed crescit placidis acrior ipse jocis
Encore quant des baisiers mille
A mon plaisir me donneras
Saichiez doulce et plaisante fille
Que pas encor n'estencheras
Tout mon ardeur mais le feras
Augmenter car feu amoureux
Se allume par les plaisans jeux
Nonostant belle baise moy
Tout mon bien peult venir de toy
Tout mon salut/ toute ma joye
Sans toy vivre je ne pourroie
Plaise toy de mon secourir
Si n'est par toy je suis en voie
En en grant dangier de mourir
En ego tota meis mea gaudia claudo lacertis
En amplector hominis dulce puerque michi
Maintenant voy
Auprés de moy
En ceste place
Celle parquoy
Je pers esmoy
Quant je l'embrasse
Sa doulce face
Mes maulx efface
A ceste heure icy je apperçoy
Que tout mal que j'ay eu se passe
Quant il luy a pleu de sa grace
Me monstrer que servir la doy