Et pource quant les gens seront
Presens qui de joyeuseté
Ensemble parler nous verront
Je parleray plus a seurté
Car je sçay qu'en communité
Tousjours y a quelque envieux
Et a grande difficulté
On se peult garder de tant de yeulx
Comme pamphille remercye galathee de ce qu'elle lui permet parler a elle
puys en fin lui demande ung baiser faignant n'oser ce faire.
[N]on michi parva modo sed munera magna dedisti.
Nempe michi tantum sufficit alloquium
Gallathee ma doulce amye
Humblement je te remercye
De ce que m'as habandonné
Tu ne m'as pas icy donné
Peu de chose par courtoisie
Seullement me prester l'ouye
En quoy soit ma parolle ouye
Je suys haultement gardonné
Gallathee ma doulce amye
Humblement je te remercie
De ce que m'as habandonné
Du demeurant ne me soucye
Puis que parler en compaignie
Je puys dieu me y a amené
Jamais ne fuz mieulx assigné
Pour faire mon oeuvre acomplye
Gallathee ma doulce amye
Humblement je te remercie
De ce que m'as habandonné
Tu ne m'as pas icy donné
Peu de chose par courtoisie
Hiis meritis dignas nequeo tibi reddere grates.
Equari meritis non valet hoc meritum.
Je ne puis graces assés dignes
Te rendre a si grant merite
Trop grandement a moy te inclines
Louenge n'est assez licite
Qui devant toy puisse estre dicte
Pour ce merite equaliser
Ma bouche seroit trop petite
Pour suffisamment le priser
Sed fortassis adhuc venient tempus que dies que
Quo se monstrabit si quis amicus erit.
Mais par adventure le temps
Et les jours viendront qu'on voirra
S'il vient ainsi comme je entens
Qui est vray amy et sera
Qui est amy se monstrera
Ung jour qui vient ce ay je esperance
Et que chascun dire pourra
J'ay prins amours a ma plaisance.
Nec tibi displiceat non audeo dicere plura
Quamvis te peterem pauca libenter adhuc.
Jamais ne fuz si a mon aise
Que je le suys c'est chose vraye
Gallathee ne te desplaise
J'ay cella que je demandoie
Plus rien demander n'oseroie
Combien qu'il y ait quelque chose
Que voulentiers demanderoie
Elle est petite mais je n'ose
Nos alternatim complexus basia tactus
Ut dare possimus cum locus affuerit
Si me le fault il exposer
C'est s'il te plaisoit de ta grace
Que l'ung l'autre peussions baiser
Quant temps nous viendroit et espace
Car de baiser ta doulce face
Et accoller ton beau corps gent
Me seroit trop plus grande grace
Que avoir l'or du monde et l'argent
Comme gallathee accorde que pamphille la baise et accolle seullement et
pour couvrir son cas luy deffent que autre chose ne luy demande
Quamvis illicitum complexus nutrit amorem
Et fallunt dominam basia sepe suam.
Combien que le baiser nourrisse
Amour illicite et infame
Et qu'il soit fontaine de vice
Et de vitupere a sa dame
Touteffois sans penser a blasme
Pamphille se lieu vient apoint
Je cuyde bien que je suis femme
De ne vous escondire point
Hoc patiar solum sed tu nichil amplius addas
Nam cuiquam sine te talia non paterer.
Pour ung baiser tant seullement
Contente suys de l'accorder
Fors que ce soit secretement
Qu'on ne nous puisse regarder
Mais garde de plus demander
Car jamais ne me accorderoie
Que autre me venist aborder
Pour baiser je ne daigneroie
Sed modo de templo venient uterque parentes.
Est michi ne causer convenit ire domum
A dieu te dy car je contemple
Que tantost mon pere et ma mere
Sont prestz de revenir du temple
Je m'en voys je crains vitupere
Car s'il advenoit que mon pere
Fust arrivé a la maison
Il me batroit c'est chose clere
Je m'en vois il en est saison.
Tempora sat veniant pariter quibus ambo loquimur
Et memor alterius quisque sit interea
Icy trop longuement je attens
Je m'en voys il m'en fault aller
Mais il viendra assés de temps
Que pourrons ensemble parler
Entrebaiser et accoller
Comme dit est mais nonobstant
Vueille soy tousjours recoller
Chascun l'ung de l'autre entretant.
Comme pamphille apres le depart de gallathee loue son beau commencement
et fait plusieurs considerations pour la perfection de son oeuvre.
Letior in toto me non est nec fuit orbe
Figitur in rippis anchora nostra suis
Or doy je bien dieu mercier
Et fortune pareillement
Je ne me doy point soucyer
J'ay fait ung beau commencement
Je croy que soubz le firmament
N'y ayt plus joyeux que je suys
Puys que une fois dire je puys
Que j'ay ataché a son port
Mon ancre est fichie sus le bort
A peine pourroit eschapper
Oncques més si grant resconfort
En mon cueur ne se vint frapper
Me subito nimium deus et fortuna beavit
Nam dives redeo qui miser ante fui
Or me ont bien tost dieu et fortune
Fait venir a heure opportune
Pour mes requestes obtenir
Je croy qu'il n'est personne aucune
Dessoubz le siecle de la lune
Qui mieulx y eust sceu parvenir
Bien en haste suys devenu
Riche qui povre suis venu
Et m'en retourne maintenant
Bieneureux je suys obtenant
Mon desir qui en grant tristesse
Naguaires estoie en venant
Et je m'en revois en liesse
Illius et frustra quod sim memor illa rogavit
Quam te mente mea nec labor excuteret
Helas c'estoit bien pour nyant
Qu'elle m'a prié que je fusse
D'elle memor/ il m'en souvient
Plus que dire peu ne luy eusse
Car il n'est labeur que je peusse
En tout ce monde icy porter
Par lequel bonnement je sceusse
Hors de mon couraige l'oster
Non mecum sentit nec ut desidero noscit
Sum velut ipse sui sit memor illa mei
Mais la povre fille ne sçait
Pas la grant amour de nature
Dont je l'aime ne ne conçoit
Pas le mal que pour elle endure
Qui sans termination dure
Si prie dieu qu'elle soit de moy
Aussi souvenante en droicture
Comme je le serai de soy
Pluribus expedior et adhuc me plura cohercent.
De quibus ipse meum nescio consilium.
J'ay essayé plusieurs moyens
Ains que venir en consequence
Si que des plus conveniens
J'ay trouvee l'experience
Mais il y a grant difference
Les ungs des autres sont meilleurs
Et pourtant m'en fault il plusieurs
Que jamais querir et trouver
Pour essayer et esprouver
Se a bonne fin je perviendray
Mais a la verité prouver
Je ne sçay quel train je tiendray.
Si studiosus eam verbis que iocis que frequentes
Auferet assuetas garrula fama vias
S'il fault que je soye studieux
A faire plaisances et jeux
Devant elle on en parlera
Et y aura quelque envieux
Qui me trouvera sus les lieux
Souvent et en murmurera
Par ce point la elle pourra
Encontre moy se courroucer
Et a tout amour renoncer
Si suys esbahi que je face
Et ne sçay quel chemin penser
Pour tousjours maintenir sa grace
Firmet amiciciam si nulla frequentia nostram
Non bene firmus adhuc forsan alibit amor
D'autre part s'il fault que je laisse
A luy monstrer signe d'amer
Je faiz doubte qu'elle ne cesse
Sans voulloir le fait confermer
Bien aise est a deffermer
L'ancre qui ne tient comme point
Et comme je puis estimer
De noz amours est en ce point
Perpetuo crescit: lignis crescentibus ignis
Detrahe ligna foco protinus ignis abest
Tant plus on met au feu de bois
Tant plus croist c'est chose congneue
Mais ostez le bois une fois
Le feu a sa force perdue
Amour aussi se continue
Par longue frequentation
Pareillement se diminue
Par absence et dillation.
Solicitus tantis curis tantis que periculis
Detrahor in quantis nescio mente modis
Ainsi donc en sollicitant
Si grans dangiers et adventures
Des passions je seuffre tant
Que jamais n'en fut de si dures
Je voy cent mille conjectures
Opposites aux deux cartiers
L'une fois il me semblent seures
L'autre je y treuve des dangiers
Hac in re nullam: modo cerno prosperitatem.
Non habet et tutum mens mea consilium
Pour ceste cause en ceste chose
Plaine de grant difficulté
Je ne juge point ne suppose
Qu'il y ait de prosperité
Et en ceste duplicité
Ma pensee ne peut trouver
Bon conseil de securité
Pour mieulx a son port arriver
Obstat et interdum satis. fortuna virorum
Propositum que suo: non scivit esse loco
Aussi fortune la diverse
Souventeffois les destinees
Des hommes varie et renverse
Et ne peuent estre menees
Ou les dieux les ont ordonnees
Car fortune sans nul repos
Par ses malices obstinees
Chascun jour change leur propos
Sic multis nocuit multos tamen illa beavit
Vivit in hoc mundo taliter omnis homo.
Aussi en divers changemens
Elle a aux ungs esté grevable
Leur a donné de grans tourmens
Aux autres a esté aydable
En son fait n'y a rien estable
Mais vella en quoy je me fonde
Que soubz fortune variable
Tout homme est vivant en ce monde
Comme pamphille prie dieu qu'il luy vueille supporter son labeur et dit
qu'il n'y a en ce monde confidence que en soy mesme et en dieu.
Providet et tribuit deus et labor omnia nobis.
Proficit absque deo nullus in orbe labor
Parfaictement croire devon
Que dieu avec labeur nous donne
Toute chose que nous avon
En ce monde soit malle ou bonne
Dieu a son appetit ordonne
Et le labeur en aucun lieu
Ne peut proffiter a personne
Si ce n'est par l'ayde de dieu
Sit deus ergo mei custos/ rector que laboris
Omne guberent opus/ propositum que meum
Pourtant je pry dieu humblement
Que mon oeuvre vueille tenir
En si bon propoz tellement
Que a bonne fin puisse venir
Vueille moy tousjours subvenir
Et estre de mes faiz recteur
Les garder conduyre et tenir
En bon estat le createur.
Non meus interpres fiunt frater que nepos que
Nam nullus leviter invenit unde fidem
En tel cas j'ay ma confidence
En dieu seul non pas a mon frere
Car souvent y a diffidence
De pere a filz de filz a pere
Par tant pour fouyr vitupere
Il n'y a frere ne nepveu
Il n'y a ne pere ne mere
Qui de mon estat ayt rien veu
Jura fidem que nepos nescit servare nepoti.
Nec frater fratri/ cum furor ille venit
Maintenant n'y a point de foy
Entre frere et frere on le voit
Maintenant chascun est pour soy
Et souvent l'ung l'autre deçoit
En plusieurs lieux on l'apperçoit
Que ung frere a l'autre dit injure
Ou quelque opprobre s'il le sçait
Pour une petite murmure.
Causa pusilla nocet: sapiens nocentia vitat.
Ergo nos aliam convenit ira viam.
Peu de cause pour ce nuysance
Le saige voulentiers evite
Choses nuysantes a puissance
Qui viennent de cause petite
Pourtant esse chose licite
De proceder qu'on ne nous voye
Secretement car la mauldicte
Envie est tousjours par voye.
Comme pamphille propose de aller veoir une vieille de la ville et en
faire sa courtiere d'amours.
Hic prope degit avus subtillis et ingeniosa.
Artibus et veneris apta ministra satis.
Je sçay bien que assez pres d'icy
Est une vieille maleureuse
Laquelle vit en grant soucy
Et en povreté douloreuse
Mais subtille et ingenieuse
Fine mauvaise et cautelleuse
Pour servir aux ars de luxure
C'est le mieulx que je me adventure
De luy aller dire mon cas
Elle m'y vauldra deux advocas
Car elle a ce mestier aprins
Tout consideré et comprins
Je ne puys mieulx en cest office
Commettre sans estre reprins
Pour me faire utille service
Postpositis curis ad eam vestigia tandam
Et sibi consilium notificabo meum
Toutes cures mises arriere
Je la feray d'amours courtiere
Et me yray adresser a elle
C'est une droicte messaigere
Une maistresse langaigere
Pour attrapper une pucelle
En elle seulle me fieray
Mon conseil luy notiffieray
En la requerant humblement
Que employer son entendement
Veille ainsi qu'il appartiendra
Pour moy et que de son payement
A chose qui soit ne tiendra
Comme pamphille salue la vieille et la persuade de louenges avant que
luy dire son cas
Fama tue laudis nullum que tue bonitatis
Causaque/ miserunt me tibi consilii
Belle mere je vien a toy
Pour les grans louenges de quoy
On te loue en ceste cité
J'ay aucunes choses en moy
Pour qui avoir recours je doy
A toy seulle pour la bonté
Sagesse foy et loyaulté
De qui tout le monde te fame
En la cité plus que autre femme
C'est ce qui devers toy me amaine
Car je sçay que tu es certaine
Juste secrete et honnourable
Autant ou plus que femme humaine
Pourtant soyes moy secourable
Que loquor ascultet pietas et gratia vestra
Alter et assensu nescit absque meo.
Si te prie par amitié
Que escoutes ce que vueil dire
Et ayes de moy pitié
Car la douleur et martire
Que nuyt et jour mon cueur tire
Est si grant que dire n'ose
Si fault il que te l'expose
Mais je te prie humblement
Qu'on n'en saiche aucune chose
Tenon l'ay secretement
Diligo vicinam tibi/ quam noscis galatheam
Ipsa suis dictis me nisi fallor amat
J'ay une voisine prochaine
Que j'aime d'amour souveraine
Gallathee tu la congnois
Je suys chascun jour de sepmaine
Pour elle en douleur et en peine
Tu le peulz entendre a ma voix
Elle m'aime bien touteffois
Veu cella que j'ay apperceu
Ou par ses dictz je suys deceu
Tu la congnois et peuz sçavoir
Se femme est pour me decevoir
Si te pry dy m'en verité
Et vrayement je feray devoir
De payer a ta voulenté
Non loquor ut vellem nam mille pericula vtto.
Quicquid in orbe nocet solicitus timeo
Plus emplement
Mon pensement
Te diroye
Et mon tourment
Totallement
Monstreroye
Se je osoye
Mais par voye
Sont les dangiers incessamment
Je crains ce que ja ne vouldroie
Voir et aussi que je ne voie
Ce que je crains totallement
Ex minimo crescit sed non cito fama quiescit.
Quamvis mentitur crescit eundo tamen.
Il ne fault que ung peu de fumee
Pour acroistre la renommee
De la personne ou luy tollir
Or est gallathee famee
De tout le monde et renommee
Je crains a vers elle faillir
Car je luy pourroye abollir
Plus tost son bon nom que hausser
Car ceulx qui veullent mal penser
Donnent plus tost le mal entendre
Pour la renommee abaisser
D'autruy que la voulloir deffendre.
Parva nocent miseris miseros mala multa secuntur
Res que laborque michi spe manet in dubia
Petites choses sont nuysables
Aux miserables.
Le vireton aux maleureux
Mille maulx et choses grevables
Sont doubtables
Et suyvantes les douloureux
Donc pour eulx
Suys paoureux
Et peine qui m'est angoisseuse
Tient mes besongnes en tous lieux
En esperance dubieuse
Tu mala nostra vides tua vox erit inter utrunque
Deprecor ut nostrum crimen eundo tegas
Bonne mere tu vois noz maulx
Je ne t'en vueil plus exposer
Tu sçaiz que c'est de telz travaux
Que nous souffrons sans reposer
Plaise toy donc interposer
Ta voix entre moy et la belle
Tant que puisses tourner vers elle
Ma voye et mon appointement
Mais je te pry rien n'en revelle
Tien nostre cas secretement.
Comme la faulse vieille respont a pamphille que plus grant que luy aime
gallathee qui ne la peut avoir et que si n'est par le moyen d'elle a
peine on l'aura et ce fait pour avoir des dons
Alter amat quod amas: et quod petis hoc petit alter
Sed tamen assensum non habet inde meum.
Pamphille tu es amoureux
De celle que autre ayme que toy
Vous demandez avoir tous deux
Ce que ung seul n'aura que par moy
Tu es fort feru je le voy
De gallathee la joyeuse
Je ne sçay s'elle est amoureuse
De toy mais je suys fort en doubte
Que non car a peine se boute
En amour d'aucun parsonnaige
Et si ne croy point somme toute
Qu'elle ayt en homme son couraige
Est nimis ille probus et honesta conjuge dignus
Sed michi displicuit quod dare disposuit
Ung autre que toy l'aime bien
Qui me pria que son moyen
Envers elle je pourchassasse
Mais en effait il n'y fist rien
Car il n'est pas homme de bien
Assez pour avoir ceste grace
Cent foys me pria que j'allasse
Voir se la trouveroye a point
Mais il me desplaisoit d'ung point
C'estoit de faire grant promesse
De donner tresors et richesse
A elle assez mais de ma part
Qui devoye faire l'adresse
Il n'avoit que ung peu de regart
Promisit veteres cum pellicio michi pelles
Sit sibi velle meum munus ademit opus.
Bien appert que villain estoit
Quant pour faire ceste façon
Tant seullement me promettoit
Je ne sçay quel vieil pelliçon
J'entendy bien ceste leçon
Autant que femme de la ville
Et qu'il me reputtoit bien ville
De villain don me presenter
En effait oncques si abille
Il ne fut d'en sçavoir gouster.
Si datur ad tempus dat et affert commoda munus
Jus leges que suo destruit imperio.
Je suis assés saige et entens
Que quant on donne a la personne
Cella qu'on donne c'est a temps
Car c'est raison qu'on le guerdonne
Le don que aucuneffois on donne
Peut porter proffit ou dommaige
Et n'est loy ne droit ne usaige
Sus quoy le don par son empire
Ne ayt preference et avantaige
Et qu'il ne les puisse destruire
Quam petis ut credo per me nisi nullus habebit.
Nam nimis imperio subjacet illa meo.
J'ay des necessités bien grandes
Chascun le voit visiblement
Mais la celle que tu demandes
Homme n'aura aucunement
Si non par mon consentement
Car plus que a femme de ce monde
Elle est a mon commandement
C'est la raison ou je me fonde
Insuper ipsa sui sum dux et conscia facti
Et facit illa meis viam consiliis
En oultre plus je suis compaigne
Et conducteure de son fait
Tout cella que je luy enseigne
Sans contredit elle le fait
Et si ne fait rien en effait
Que par mon conseil et doctrine
Et si me ayme de cueur parfait
Plus qu'elle ne fait autre voysine
Non loquar ipsa diu tibi/ nam me previt altera cura.
Carpat quisque vias et sibi querat opem.
A toy je ne parleray plus
Longuement j'ay ailleurs affaire
Et face chascun au surplus
Cella qu'il voirra bon de faire
Ainsi qu'il luy est necessaire
Chascun sçait sa necessité
A dieu ne te vueille desplaire
Pamphille dieu te doint santé.
Comme pamphille apperçoit bien que la vielle ne luy veult point faire
son moyen s'il ne marchande a elle et veult sçavoir combien
Hoc mihi perstat opus nec me previt altera cura.
Hanc michi si dederis omnia prestiteris
Tu dis avoir a besoingnier
Ailleurs que icy et aultre part
Mais s'il te plaisoit de soignier
A mon fait et avoir regart
La ou je pense tost et tart
Sans aultre cure ne soucy
Tu me donroyes par ton art
Tous les biens de ce monde icy
Convenit externos mercari sepe labores
Emptus et ut capiat premia digna labor.
Toute peine requiert salaire
Je le congnois c'est verité
Point ne vueil aler au contraire
Et pourtant de necessité
Et mieulx tenir fidelité
De marchander et convenir
Marchié fait en bonne equité
Sans difference doit tenir
Nulla partem tuum frustabor crede laborem.
Nunc quibus indigeo si michi provideas.
De ce dont je suis indigent
S'il fault que par toy pourveu soye
J'ay des biens de l'or de l'argent
N'espargne ne or ne monnoye
Ne doubte que je ne te paye
Sans te frustrer car c'est raison
Et que je ne mette en ta voye
Tout ce qui est en ma maison
Deprecor hoc unum me credis dic inde nullum
Et quodcunque mihi dixeris ipse dabo.
Mais je te pry dy moy combien
De moy tu demandes avoir
Pour me vouloir faire ce bien
S'il te plaist je le vueil sçavoir
Ce que vouldras de mon avoir
Dy moy je le te donneray
Voulentiers sans te decepvoir
Mais dy moy ce que je payeray
Comme la vieille dit qu'elle ne veult point de attente en ce marchié
Mais avant que commencer ouvraige voir de quoy sans promesse
[P]lura volunt et plura petunt quibus instat egestas.
Plusieurs choses avoir vouldroyent
Ceulx qui sont en mandicité
Que voulentiers demanderoyent
S'ilz sçavoient sans faulceté
Qu'on ne feist point difficulté
D'oubtemperer a leur demande
Mais te dire ma povreté
Je n'ose car elle est trop grande
Quantis indigeo tanta referre pudet.
De dire honteuse seroye
Toutes mes miserabletés
Car au vray parler ne pourroye
Dire toutes mes povretés
Car j'ay tant de necessités
Qu'il n'y a se croy creature
Es quattre prochaines cités
Qui tant que je fais en endure
Divitias multas habui dum floruit etas
Commoda nulla facit ars que labor que meus.
Tant que j'ay fleury en jeunesse
J'ay eu des biens par habondance
Chascun prenoit en moy plaisance
Et me venoit toute richesse
Present me tourne a grant tristesse
De estre povre car sans doubtance
Tant que j'ay fleury en jeunesse
J'ay eu des biens par habondance
Mon art maintenant en vieillesse
Ne me donne point de substance
Mon labeur me laisse en souffrance
Et touteffois comme princesse
Tant que j'ay fleury en jeunesse
J'ay eu des biens par habondance
Chascun prenoit en moy plaisance
Et me venoit toute richesse
Si modo nostra tibi prodesse juvamina sentis.
Deprecor ut pateat hinc michi nostra manus
Pource pamphille se tu sens
Que te puisse estre profitable
Et ayder comme je consens
Monstre toy large et honnorable
Monstre dequoy soyes veritable
Je te prie baille content
Car ung tien/ est si agreable
Qu'il n'y a rien au monde tant
Comme pamphille luy donne de premier une quantité d'argent sans regarder
combien a celle fin qu'elle voise faire son pont vers galathee.
Hinc tibi nostra manus et cetera nostra patebunt.
Sic que sub imperio copia nostra tuo.
Tien vela de commencement
A celle fin que il te apparesse
Et que congnoisse clerement
Que ung vray amant aime largesse
Mais aussi monstre toy maistresse
De faire cest appointement
Tous noz biens et nostre richesse
Seront a ton commendement
Multum grata michi modo nos concordia junxit.
Pactaque sollicitet inter utrumque fides
Moult m'est ce concord agreable
Et que je te puis contenter
Aussi monstre toy serviable
Et va mon cas soliciter
Se tu peulz une fois traicter
L'appointement d'elle et de moy
Je pourrai dire sans doubter
Que tu seras femme de foy
Hinc precor vigilet solercia nostra labor que
Et ratione sua rem bene provideant
Pourtant je te pry que tu veilles
Si convenablement que en vain
Et pour neant ne te travailles
Et que ton labeur ne soit vain
Tu sçais que pour faire bon pain
Le bon fournier ou la fourniere
Regarde a faire bon levain
Faire dois en ceste maniere
Principium finem que simul prudentia spectet
Rerum finis habet crimen et omne decus.
Tu sçais que prudence regarde
La fin et le commencement
Et pourtant je te pry pren garde
A besongnier prudentement
Car la fin et consonnement
De toutes choses par honneur
Se bien viennent pareillement
Se mal viennent le deshonneur
Verbi principium fidem quoque respice verbi.
Ut melius possis premeditata loqui
La fin de ce que vouldras dire
Et le commencement aussi
Regarde pour le mieulx eslire
Avant que tu partes d'icy
Tu le dois faire par ainsi
De parvenir a ton attente
Tu n'auraz que ung peu de soucy
Car tu portes parler sans crainte
Comme la vieille voit galathee assise a la porte de son pere et faignant
la vieille de ne la veoir point se va mettre au pres d'elle et apar soy
parler et dire des biens de pamphille Si que la fille le peult ouyr
Hac manet in villa nimium formosa juventus.
Crescit et in cunctis moribus ipsa bonis.
Dieu qu'il demeure en ceste ville
Ung filz plain de belle jeunesse
Gracieulx doulx honneste habille
C'est des jouvenceaux la noblesse
Heure n'est au jour qu'il ne croisse
En vertus et en bonnes meurs
C'est une parfaicte liesse
De le voir entre les greigneurs
Non fuit in nostro melior nec dulcior evo
Suscipit ipse meam tam bene pauperiam.
Je suis vieille mais en mon aage
Je n'oy parler du semblable
Doulx courtois gracieux et saige
Compacient et amiable
Que je l'ay trouvé pitoyable
De l'heure que a luy suis venue
Et de vouloir tant honnorable
Il a ma povreté receue
Precellit cunctos omni bonitate coevos.
Pamphilus et socios laudibus exuperat
Il precelle en toute bonté
Ceulx de son aage et en beaulté
Pamphille porte l'excellence
De doulceur et de loyaulté
Sans aulcune desloiaulté
Il a sus tous la preference
C'est l'honneur de ses compaignons
C'est la fleur des gentilz mignons
C'est des humains le plus humain
C'est des aultres le souverain
Ses vertus sont inestimables
En son fait n'y a rien villain
Mais toutes choses honnorables
Est stulto stultus est miti mitis ut agnus
Stultitie sapiens jure resistit homo.
Il fait le fol avec les folz
Et le saige avecques les saiges
Il fait le doulx avec les doulx
Plus que ung aigneau en tous ouvrages
En luy n'y a que doulx languaiges
Jamais ne partit de sa bouche
Parolle d'aultres personnaiges
Qui tant soit peu deshonneur touche
Non manet ac tante pubes probitatis in urbe
Quas acquirit opes non vorat ingluvies
En ceste cité pour ceste heure
A bien pamphille regarder
Je ne sache point qu'il demeure
Si digne enfant de collauder
Prudent a saigement garder
Ses biens qu'il acquiert largement
Sans les despendre a gourmender
Ou les dissiper folement
Est nimis ille probus bona nam fuit ejus origo
Arbore de dulci dulcia poma cadunt.
Il est de fort bonne nature
Et aussi naturellement
Il est de bonne geniture
Qui est ung beau commencement
D'ung arbre doulx communement
Chayent pommes doulces et bonnes
Le bon enfant semblablement
Engendre de justes personnes
Premonstrat signis prolem natura frequenter.
Sepe solet similis filius esse patri
On congnoist coustumierement
Par les oeuvres que ung enfant fait
Quel fut de luy l'engendrement
Et s'il y eut aulcun forfait
Car souvent en dit ou en fait
Le filz est semblable a son pere
Mais pamphille monstre en effait
Que engendré fut sans vitupere
Comme apres ce que la vieille a dictes toutes ces louenges de pamphille
elle se tourne vers galathee en faisant une admiration et faindre ne
l'avoir point veue
En juxta portam video stantem galatheam
Queque locuta fui forsitan audierit.
Comment dieux voicy galathee
Aupres de ceste porte assise
D'elle j'ay esté escoutee
A ceste heure je m'en advise
Au fort en ce que je devise
De pamphille le triumphant
Avoir ne puis quelque reprise
Car c'est ung gracieulx enfant
Hic non esse modo galatheam certe putabam.
sed tamen ipsa nimis/ vera locuta fui
Galathee certainement
Pas icy je ne te cuydoye
Si pres de moy presentement
Que de pamphille je parloye
Touteffois ce que j'en disoye
Aussi vray est que l'evangille
Et bref dire je ne sçauroye
Toutes les vertus de pamphille
Pamphilus ac certe cunctos precellit in urbe
Egregie vitam providet ille suas
En toutes vertus et bonté
Il precelle certainement
Tous les ceulx de ceste cité
Tant est de beau gouvernement
Il se pourvoie noblement
Sans faire aulcune vilennie
Bref c'est ung resjouissement
Que contempler sa belle vie
Illi semper honor et laus et gloria crescit
Et merito nullus invidet inde sibi
Tousjours luy croist honneur et gloire
Non sans cause c'est bien raison
Toute la cite fait memoire
Du grant honneur de sa maison
Qui de richesses a foison
Est plantureusement fournie
Et ne donne quelque achoison
Qu'on doive avoir sur luy envie
Est nimium locuplex et non tamen inde superbit
Illius et nullum copia crimen habet.
Il a richesses a planté
Et n'en est point plus orgueilleux
Mais tousjours en humilité
Se monstre doulx et gracieulx
Son fait n'est en rien vicieux
Mais a tout le monde agreable
Je ne croy pas que soubz les cieulx
Peult estre trouvé le semblable
Esset vt ipse tuus vellem galatea maritus
Hanc eandem velles rem bene si saperes.
Galathee ma gente fille
Plust a dieu et la belle dame
Que ce beau gracieulx pamphille
Fust ton mari et toy sa femme
Car je cuide et croy sus mon ame
Se bien son estat congnoissoies
Et comme chascun le reclame
Toy mesmes le desireroyes
Velle meum dixi sed non tamen ille rogavit.
Vos simul esse meum judicat arbitrium
J'ay dit que vous fussiez ensemble
Mariez beaucop je desire
Grant prouffit seroit ce me semble
Nompas qu'il le me face dire
Je ne te vouldroye pas nuyre
Galathee tu le sçais bien
Mais plus que a fille de l'empire
Je desireroye ton bien
Et genus et probitat et forma decens utriusque
Mecum concendunt vos simul esse duos.
Je arbitre que le mariage
De vous deux seroit convenable
Car la preudommie et lignaige
De tous deux est assés semblable
Oultre plus la forme honnorable
De voz corps gracieulx et gens
Monstre ceste chose traictable
Autant que fut onc de deux gens
Nostra modo vacuis deducimus ocia verbis.
Res tamen interdum grandia parva movet
E minima magnus scintilla nascitur ignis
Et generat parvum grandia principium
Cela que nous dison icy
C'est temps perdu: mais touteffois
Mariage ce font ainsi
Par peu de chose aulcuneffois
Ung grant feu peut faire en ung bois
Une bien petite estincelle
Commencer convient une fois
En toute chose naturelle
Mens mea concepit harum primordia rerum.
Atque loqui nostris cepimus inde jocis.
Jamais jour ne me apperceu
Que pamphille eu le couraige
De soy marier mais conceu
J'ay apar moy ce mariage
Puis quant j'ay veu ton personnaige
Et que la chose vient a lieu
J'en ay commencé le langaige
Mais tout cela ce n'est que jeu
Sed si rebus in hiis mea mens animus que movetur
Si placet an potius desplicet inde loqui.
Touteffois galathee dy moy
S'il te desplaist aulcunement
De ce que j'ay fait devant toy
A cest heure ce parlement
Car je te jure mon serment
Que tu es du monde la fille
Que j'ayme plus parfaictement
Mais aussi bien fais je pamphille
Deprecor ut dicas/ quod dixeris ipsa tacebo.
Si celare velis sine referre loquar.
Je te pry dy moy s'il te plaist
Entre nous deux secretement
Quelle ton oppinion est
De cecy parle seurement
Se tenir le vueil celeement
Voulentiers je le celeray
Se parler veulx publicquement
Pareillement je parleray
Dic michi ne dubita sculeum depone timorem
Hic venit a sola ruscicitate timor
Dy moy tout belle je te prie
Se pamphille vouloit te avoir
Le vouldrois tu point/ ne crains mie
A me faire cecy sçavoir
Pas ne vien pour te decepvoir
Se tu es en difficulté
Se te crainte te font mouvoir
Folie et rusticité
Comme galathee respont a la vieille et luy dit que les persuasions
qu'elle fait ne sont que flateries et pour avoir aulcuns dons
[N]on michi rusticitas stultus mihi nec pudor obstat
Sermo sed admiror quo venit iste tuus.
Rusticité n'y a qui viengne
Ou follie pareillement
Qui aulcunement me retienne
De tout dire mon pensement
Mais je m'esbahy grandement
Qui te meult de venir icy
Parler de cest appointement
Dequoy tu me parles ainsi
Huc miror si te casus transmisit an ille
Pamphilus querit premia sermo tuus.
A ce esté par cas de fortune
Ou se pamphille te y envoye
Le fais tu pour avoir pecune
Ou quoy/ bien je m'en doubteroye
Car jamais ouy je n'avoye
De pamphille parler ainsi
Parquoy fault que esbahie soye
Qui te fait parler de cecy
Comme la maquerelle se excuse et dit que elle n'y vient point pour gaing
ne pour la decepvoir et dit
Semper iniquorum scelus impedit acta bonorum.
Penas sepe luit quas homo non meruit
Tousjours le pechié des maulvais
Ainsi qu'on dit notoirement
Empesche des justes les faitz
Et des bons j'appercy comment
Tel aussi pleure tendrement
Souvent les peines et folies
De qui coulpable aulcunement
N'est et ne les a desservies
Quamvis pauper ego non sic tua premia quero
Nam michi sufficiens est mea pauperies
Tu cuydes pour ma povreté
Que affin que de toy loyer aye
Je t'ay ce messaige apporté
Mais non fais je ne daigneroye
Combien que povre femme soye
Ainsi ne requier point ton bien
Ne requerir ne le vouldroie
Ma povreté me suffist bien
Primitus ut dixi mea mens conceperat istud.
Altera non novit conscius omnis habest.
Comme j'ay dit premierement
Ma pensee a cecy conceu
Et pour certain ce mouvement
D'aultre que moy ne fut onc sceu
Homme ne s'en est apperceu
Croy moy c'est chose veritable
J'en suis seule a par moy coulpable
Et croy que dieu me ait advertie
De ce cas qui est honnorable
Et qui peult estre pouvitable
A l'une et a l'aultre partie
Hoc satis esse potest si vos simul esse velitis
Hoc et uterque potest absque pudore pati
Cela suffiroit ce me semble
S'en quelque lieu secretement
Vous deux vouliez estre ensemble
En tout honneur non aultrement
Et si le peult facillement
Souffrir ung chascun de vous deux
Sans estre de ce fait honteux
Car en ce n'y a point de honte
Et me semble que pour le mieulx
Faire devés de cueur joyeulx
En ce point ce que je le vous conte
Nobilis ille quidem nec nobilis es minus ipsa
Est utriusque satis nota propago michi
Quant est de meurs et de couraige
Noble est et toy pareillement
Je congnois assés le lignaige
De tous deux d'anciennement
Tous avés vescu noblement
Et vivre pourrés en liesse
En augmentant vostre noblesse
L'ung par l'aultre en amour certaine
Croy mon conseil point ne le laisse
Galathee toute richesse
Te viendra et en seras plaine
Pulchrior hic sociis sociabus pulchrior ipsa es.
Cum specie species convenit atque placet.
Combien qu'il soit de biaulx mignons
Et gorgias en ceste ville
Si est entre ses compaignons
Pour le plus beau tenu pamphille.
Pour pucelle aussi belle fille
Entre toutes aultres pucelles
Par haulte beaulté tu precelles
Et pourtant chose convenable
Est voir beaultés jointes entre elles
Et les beaulx avecques les belles
Car c'est une chose plaisante
Hoc utriusque probat par copia/ par que juventa
Fama que si fieret/ ipsa probaret idem.
Vous estes pareilz et semblables
En richesse et en enfance
De parens aussi honnorables
Pareilz et de noble naissance
Cecy appreuve l'abondance
De tous deux et aussi feroit
Renommee quant elle sçauroit
Le cas tel que je le pourchasse
Et bien maulvais celluy seroit
Qui par sa malice diroit
Qu'il n'est pas bon que ainsi se face
Quando pares estis sociari jure potestis.
Defficit in vobis nil nisi solus amor
Puis doncques que pareilz vous estes
Vous vous pouez acompaignier
Par raison en amours honnestes
Et par ung accord besongnier
Il n'y aura point de dangier
Il ne reste que amour parfait
Entre vous que ce ne soit fait
Pourtant belle doulce et honneste
Considere ung petit ce fait
Car bien te viendra en effect
Se fais ce dont je te amonneste
Comme galathee se excuse et dit que ce est a ses parens a qui on doit
parler premierement que a elle
Quod michi nunc dicis dici deberet amicis
Assensa quorum conjugis opto thorum
A moy dresser ne se convient
De me raporter tel langaige
Mais aler faire le messaige
A mes amys il apartient
S'aulcun pour me demander vient
Voise aux amis de mon lignaige
A moy dresser ne se convient
De me reporter tel languaige
Se leur consentement advient
Que mise je soye a mesnage
Ainsi le lit de mariage
Desire vela ou tout tient
A moy dresser ne se convient