XII.

L'Impératrice et la Reine continuèrent longtemps leur correspondance

touchant la famille de Brunswick. La Reine parlait toujours avec

satisfaction de la conduite des princes et des princesses, et faisait

l'éloge de leur bon cœur et de leur politesse.

La Reine voulut voir les princes et les princesses; _elle en écrivit à

Catherine. L'Impératrice laissa cela à son choix_; mais dans la suite la

Reine changea d'avis, quoique les princes eux-mêmes désirassent lui être

présentés.

Entre autres choses la Reine demanda à l'Impératrice comment il fallait

se conduire avec les princes et les princesses, et quel titre on pouvait

leur donner. L'Impératrice répondit que depuis le moment où ils étaient

sous la protection de la cour de Danemark, elle les regardait comme des

personnes indépendantes, d'une naissance illustre; que pour la conduite

à tenir avec eux, il fallait penser à leur tranquillité et à leur

bonheur; que leur simplicité d'esprit, leur manque d'éducation et

d'autres circonstances leur interdisaient de vivre dans le grand monde;

qu'elle pensait qu'une vie éloignée de tous les tracas de la cour était

ce qui leur convenait le mieux. Quant aux titres, l'Impératrice pensait

que rien ne pouvait les priver d'un titre que Dieu leur avait donné et

qui leur appartenait par droit de naissance; c'est-à-dire le titre de

princes et de princesses de la maison de Brunswick.

La Reine trouva qu'il serait mieux d'éloigner des princes et des

princesses leurs domestiques russes pour qu'ils s'accoutumassent plus

vite à leur nouveau genre de vie. L'Impératrice y consentit; tous les

Russes, excepté le confesseur et les chantres, retournèrent en Russie,

et auprès de la famille de Brunswick il y eut alors une petite cour

composée de Danois seulement. Ce changement fut amer et pénible pour les

princes et les princesses, et ce n'est pas étonnant: ils avaient grandi

et avaient été élevés dans le même lieu que leurs serviteurs; en eux ils

étaient accoutumés à voir leurs seuls compagnons et confidents. Les

princes et les princesses en se séparant d'eux versèrent quelques larmes

de regret, même sur Cholmogory.

Pour l'établissement de la famille de Brunswick à Gorsens, pour

l'acquisition des maisons et autres frais, il fallait 60,000 thalers. La

cour de Danemark proposa de prendre cette somme sur la pension accordée

à la famille de Brunswick, et par ce moyen, elle en paya 20,000 thalers.

Mais l'Impératrice, ayant appris cela, ne voulut pas que les princes et

les princesses jouissent imparfaitement de sa générosité; elle ne voulut

pas davantage être à charge à la cour de Danemark, et elle fit payer les

40,000 thalers restants sur sa propre cassette.

La Russie en 1839, Volume IV · 第 32 / 38 题