L'Impératrice et la Reine continuèrent longtemps leur correspondance
touchant la famille de Brunswick. La Reine parlait toujours avec
satisfaction de la conduite des princes et des princesses, et faisait
l'éloge de leur bon cœur et de leur politesse.
La Reine voulut voir les princes et les princesses; _elle en écrivit à
Catherine. L'Impératrice laissa cela à son choix_; mais dans la suite la
Reine changea d'avis, quoique les princes eux-mêmes désirassent lui être
présentés.
Entre autres choses la Reine demanda à l'Impératrice comment il fallait
se conduire avec les princes et les princesses, et quel titre on pouvait
leur donner. L'Impératrice répondit que depuis le moment où ils étaient
sous la protection de la cour de Danemark, elle les regardait comme des
personnes indépendantes, d'une naissance illustre; que pour la conduite
à tenir avec eux, il fallait penser à leur tranquillité et à leur
bonheur; que leur simplicité d'esprit, leur manque d'éducation et
d'autres circonstances leur interdisaient de vivre dans le grand monde;
qu'elle pensait qu'une vie éloignée de tous les tracas de la cour était
ce qui leur convenait le mieux. Quant aux titres, l'Impératrice pensait
que rien ne pouvait les priver d'un titre que Dieu leur avait donné et
qui leur appartenait par droit de naissance; c'est-à-dire le titre de
princes et de princesses de la maison de Brunswick.
La Reine trouva qu'il serait mieux d'éloigner des princes et des
princesses leurs domestiques russes pour qu'ils s'accoutumassent plus
vite à leur nouveau genre de vie. L'Impératrice y consentit; tous les
Russes, excepté le confesseur et les chantres, retournèrent en Russie,
et auprès de la famille de Brunswick il y eut alors une petite cour
composée de Danois seulement. Ce changement fut amer et pénible pour les
princes et les princesses, et ce n'est pas étonnant: ils avaient grandi
et avaient été élevés dans le même lieu que leurs serviteurs; en eux ils
étaient accoutumés à voir leurs seuls compagnons et confidents. Les
princes et les princesses en se séparant d'eux versèrent quelques larmes
de regret, même sur Cholmogory.
Pour l'établissement de la famille de Brunswick à Gorsens, pour
l'acquisition des maisons et autres frais, il fallait 60,000 thalers. La
cour de Danemark proposa de prendre cette somme sur la pension accordée
à la famille de Brunswick, et par ce moyen, elle en paya 20,000 thalers.
Mais l'Impératrice, ayant appris cela, ne voulut pas que les princes et
les princesses jouissent imparfaitement de sa générosité; elle ne voulut
pas davantage être à charge à la cour de Danemark, et elle fit payer les
40,000 thalers restants sur sa propre cassette.