I.

La famille de Brunswick languit longtemps dans l'exil. Le dernier lieu

de sa résidence en Russie fut Cholmogory, ancienne ville du gouvernement

d'Archangel, construite dans une île de la Dwina, à 72 verstes

d'Archangel. Elle vivait éloignée de toute autre habitation dans une

maison expressément destinée à elle et aux employés, aux gens attachés à

son service. La promenade ne lui était permise que dans le jardin

attenant à la maison.

Le malheureux père, Antoine Ulric de Brunswick, ayant perdu sa femme,

l'ex-régente de l'Empire de Russie, et étant devenu aveugle à la suite

de ses malheurs, mourut le 4-16 mai 1774, n'ayant pas vécu assez pour

recevoir la liberté qu'il avait demandée avec larmes. La politique du

temps n'avait pas permis qu'on lui accordât sa demande. Il laissa après

lui deux fils et deux filles.

L'aînée des deux filles, la princesse Catherine, était née à

Saint-Pétersbourg avant les malheurs de sa famille. La princesse

Élisabeth, à Dunamunde; les princes Pierre et Alexis, à Cholmogory. La

naissance de ce dernier avait coûté la vie à sa mère. Pour les

surveiller, on avait nommé un officier d'état-major, et pour leur

service, on avait désigné quelques personnes de condition inférieure.

Toute communication avec les voisins leur était interdite. Le gouverneur

d'Archangel seul avait la permission de les visiter de temps à autre

pour s'informer de leur situation. Ayant reçu l'éducation des gens du

peuple, ils ne connaissaient d'autre langue que la langue russe.

Pour l'entretien de la famille de Brunswick et pour celui des personnes

qui la composaient, comme pour l'établissement de la maison qu'elle

occupait, on n'avait alloué aucune somme; mais on recevait pour cela du

magistrat d'Archangel de dix à quinze mille roubles. On envoyait de la

garde-robe impériale les choses nécessaires pour la famille, et pour les

militaires, les objets d'uniforme étaient fournis par le commissariat

des guerres.

La Russie en 1839, Volume IV · 第 22 / 38 题