CONTE DE LA FILLE QUI AURAIT VOULU ÊTRE UN GARÇON

Le vieux docteur ôta son foulard et ses lunettes, car il avait rudement

chaud.

L’enfant n’avait pas l’air de s’emballer le moins du monde.

Il parut enfin, et le cercle de famille applaudit à grands cris, comme

il est d’usage dans tous les pays civilisés.

Le vieux docteur déclara:

--C’est un garçon!

--Nous l’appellerons Claude, dit la tendre mère, avec l’accent d’une

énergie indomptable.

--A merveille, approuva le docteur.

Il ajouta, ainsi que son devoir l’exigeait:

--Pour un beau garçon, c’est, comme on dit, un rude lapin!

Puis il remit son foulard, ses lunettes, but un coup et, l’âme en paix,

s’en alla prendre un repos bien gagné.

Or, il y avait, dans le cercle de famille, un homme au triste front, à

qui la joie commune faisait mal au cœur. Après le départ du docteur, cet

homme s’approcha de l’enfant et il l’examina, dans l’espoir qu’il ne lui

apparaîtrait point si beau que cela. Soudain, on vit le triste front se

dérider; le méchant homme s’écria, avec un rire amer:

--Un fameux merle, en vérité!... Bien du plaisir, mesdames! bien du

plaisir!...

Tout le monde de s’indigner! Et l’on se préparait à flanquer salement le

contradicteur à la porte, lorsqu’il ajouta, sur un ton qui n’admettait

pas de réplique:

--Mais, sacrebleu! puisque c’est une fille!

Il fallut bien se rendre à l’évidence: ce n’était qu’une fille!

Une jolie fille, mais une fille...

Cet étourdi de vieux médecin n’y avait vu que du feu. Pourquoi aussi

avait-il ôté ses lunettes? Sa conduite fut sévèrement jugée. Quelqu’un

proposa de le faire bénéficier des circonstances atténuantes, en

considération de son grand âge: il était, en effet, raisonnable et

honnête de penser qu’il n’attachait plus à cette question de sexe la

même importance que jadis.

Mais la jeune mère, élevant la voix avec fureur, mit fin au débat:

--C’est un vieux serin! cria-t-elle; ne m’en parlez plus!

Elle ajouta, non sans à-propos:

--L’enfant est né, n’est-ce pas? Pour le moment, c’est ce qui importe.

Allez à vos affaires!

--Mais le nom! murmura le père éploré... Il faudra choisir un autre

nom... et réserver celui de Claude pour le garçon qui ne saurait manquer

de venir, si le Seigneur veut bien continuer à bénir nos amours...

--Taisez-vous, misérable! riposta la tendre mère. Au reste, l’enfant

gardera le nom que je lui ai donné: Claude il était, Claude elle

restera. J’ai dit!

Personne n’osa plus ajouter un mot, de crainte de la contrarier et de

faire tourner son lait.

* * * * *

Voilà, n’est-il pas vrai, un incident fort mince, un pauvre petit

incident de rien du tout! Eh bien, il n’en eut pas moins les plus graves

conséquences.

* * * * *

La mère de Claude, Dieu merci pour elle, n’avait point d’idées

profondes. Mais, quand une chose lui était une fois entrée dans la tête,

cette chose tenait et tenait bien. Elle avait cru avoir un fils;

quelques minutes plus tard, on lui avait remplacé ce fils par une

fille... Toute sa vie, cette désillusion devait lui assombrir la vue.

Elle ne pardonna jamais au vieux docteur l’incroyable légèreté de sa

conduite. Elle ne pardonna pas davantage au mari dévoué et aux autres

personnes du cercle de famille de l’avoir laissée un moment dans

l’erreur. Seul, l’homme au triste front trouva grâce à ses yeux; elle le

combla secrètement de ses bienfaits. Et le pauvre garçon connut des

jours terribles. (La belle histoire, si l’on avait la permission de la

raconter!)

La mère de Claude aimait sa fille, certes! mais elle ne lui laissait

nullement ignorer qu’elle ne faisait pas tout à fait son bonheur. Pour

se donner le change à elle-même, elle habilla Claude, le plus longtemps

qu’elle put, non point en garçon,--ses principes le lui défendaient

formellement,--mais de manière pourtant à créer l’équivoque.

Quand un nigaud lui disait:

--C’est votre fils, ce petit Claude? Quel rude lapin vous avez là,

madame!

Bien loin de protester, elle arborait le sourire, facilement

reconnaissable de l’orgueil maternel.

On devine quels pouvaient être les effets d’une pareille éducation sur

l’âme, toute molle encore, d’une innocente enfant.

Claude, dès l’âge le plus tendre, conçut une aversion profonde pour tout

ce qui touchait au beau sexe. Au contraire, elle éprouvait une curiosité

insatiable à l’endroit de bien des choses dont elle se fût méfiée, si

elle avait été élevée convenablement.

Elle ne jouait qu’avec des garçons, braillant comme eux, courant,

chevauchant, jurant, sacrant, s’efforçant toujours d’imiter ses

compagnons, même dans leurs paroles ou leurs gestes les plus

malhonnêtes.

Mais quand elle fut un peu plus grande, elle ne manqua point de

remarquer, toute sotte qu’elle était, que, parfois, elle ne pouvait pas

faire absolument ce que faisaient les garçons.

Elle conçut l’idée d’une différence et voulut savoir en quoi consistait

précisément cette différence. Avec la naïveté intrépide de son âge, elle

alla aux renseignements sans barguigner. Ce qu’elle vit l’humilia

cruellement. Elle comprit que sa mère n’était pas si folle qu’elle en

avait l’air. En outre, elle jugea qu’elle-même se trouvait dans une

situation inférieure; et non seulement dans une situation inférieure,

mais dans une situation fausse et même angoissante. Ne l’appelait-on

pas, en effet «garçon manqué»? Or, il y avait--elle n’en doutait plus

maintenant--des garçons, il y avait également des filles, mais des

garçons manqués, ça ne devait pas exister! Elle acquit, à ce sujet, une

conviction sincère et inébranlable.

De là à vouloir corriger l’erreur du destin, il n’y avait qu’un pas.

Claude le franchit sans remords; d’autant plus vite qu’elle aimait

beaucoup sa mère et tenait à lui faire plaisir.

Elle décida donc qu’elle serait un garçon, dût-elle, pour cela, employer

des moyens illégaux.

Elle commença par où elle devait commencer: elle s’adressa au bon Dieu.

Tous les soirs, dans ses prières, elle exposait ses revendications,

simplement mais clairement. Elle ne demandait pas l’impossible,

n’exigeait ni la sagesse ni le bonheur. Signalant son imperfection, elle

requérait le ciel d’y remédier: un point c’était tout. Pour le reste,

elle se débrouillerait.

Sa demande fut rejetée.

Sans se décourager, elle se tourna alors vers le bonhomme Noël, avec qui

elle avait toujours été dans les meilleurs termes.

Par malheur, le bonhomme était devenu sourd comme un pot et il ne

voulait pas en convenir, absolument pas. Quand on s’adressait à lui, il

prenait un petit air malin pour faire croire qu’il avait compris, alors

qu’il n’avait même pas entendu une syllabe. Ensuite, il faisait pour le

mieux. Au petit bonheur!... Roulez!...

Il arriva ce qui ne pouvait manquer d’arriver.

Claude, un beau matin, se réveilla toute joyeuse, car elle avait rêvé

qu’elle obtenait satisfaction. Elle courut à la cheminée, secoua l’un

après l’autre ses petits souliers. Qu’y trouva-t-elle? Deux poupées!...

et qui étaient filles, par-dessus le marché!...

Elle ne douta pas un instant que le bonhomme Noël eût voulu rire à ses

dépens, et elle se promit de lui garder un chien de sa chienne. Il n’est

pas certain, à l’heure tardive où nous racontons cette histoire, qu’elle

lui ait encore pardonné.

Déçue pour la seconde fois, elle ne fit que s’entêter davantage.

Elle allait maintenant à l’école, et elle pensait que sa maîtresse, fort

savante, aurait pu la tirer de peine; mais cette vieille personne

parlait avec un tel mépris de certaines «façons garçonnières», qu’il eût

été fou d’attendre beaucoup de ses leçons. Claude employa donc un autre

moyen: elle apprit à lire. La personne qui sait lire ne possède-t-elle

pas, en effet, la clé d’or qui ouvre les portes de tous les palais de la

science?

Claude espérait bien, en prenant son temps, découvrir dans les livres la

solution du problème. Elle se jeta donc dans l’étude tête baissée, au

mépris de toute prudence, négligeant même les plus élémentaires

précautions.

Elle apprit des histoires, des farces, des tours de physique. On ne sait

pas tout ce qu’elle apprit! Mais, au bout du compte, elle ne trouva pas

ce qu’elle cherchait. Car il n’y a pas seulement la science, il y a

encore la magie; et toute la vérité n’est point contenue dans les

livres.

Chemin faisant, Claude prit quand même ses quinze ans.

Et elle était toujours fille!

Elle était même très jolie fille. Tous les garçons du voisinage

voulaient jouer avec elle comme autrefois.

Alors sa mère fit entendre ses lamentations, car c’était une femme

difficile à contenter.

--Quel malheur! gémissait-elle, ma fille a quinze ans!... Quelle

tristesse! elle est presque aussi jolie que je le fus à son âge!... Et

ces petits cochons d’Inde qui veulent jouer avec elle!...

Qu’adviendra-t-il de tout cela?... Je le sais bien, pardi, ce qu’il en

adviendra!... Mère infortunée, que ton sort est misérable! Heureuse,

trois fois heureuse, celle qui a donné le jour à un garçon! car un

garçon, lui, remet son chapeau sur sa tête et dit: «Bonsoir, la

compagnie!»

Elle rabâchait sans cesse des propos de cette qualité. Ce n’était guère

encourageant pour la pauvre Claude qui faisait tout ce qu’elle pouvait.

Comme elle ne voulait point manquer de respect à sa mère, elle n’avait

que la ressource de barboter plus avant dans ses livres; ce qu’elle

faisait avec un courage que chacun ne pouvait s’empêcher d’admirer. Mais

elle avait le cœur bien gros et, à quinze ans, c’est là une maladie des

plus gênantes.

Un matin, Claude eut une terrible crise de nerfs. Si son père s’était

trouvé à la maison, il lui aurait envoyé deux ou trois gifles ou un seau

d’eau à la figure; du moins, tel aurait été son devoir. Mais son père

n’était pas là et la malheureuse, sans une larme, brûla tous les livres

qu’elle avait adorés; puis, se précipitant hors de la maison, elle se

mit à courir à travers champs, comme une folle.

Elle n’alla pas au bout du monde. Dès que ses nerfs furent calmés, elle

se laissa choir sur un tapis de mousse, après avoir relevé sa robe, et

là, elle s’endormit profondément, écrasée de fatigue. Mais, à son

réveil, le chagrin remonta du fond de son cœur; elle se mit à gémir et à

sangloter.

Elle entendit quand même une voix qui disait:

--Qu’avez-vous donc, la belle? qu’avez-vous à pleurer?

Levant la tête, elle aperçut, à travers ses larmes, un grand bonhomme

qui avait une blouse blanche, une barbe blanche et les pieds nus.

--Vous ne voyez donc pas, cria-t-elle, que je ne suis qu’une fille?

Le bonhomme répondit, d’une voix très douce:

--Pardonnez-moi, mon enfant, mais je m’en étais douté du premier coup.

Je vous dirai même que vous êtes une très jolie fille. Je me promène

dans ces bosquets depuis des années et des années, et j’ai contemplé de

nombreuses demoiselles endormies sur la mousse... Eh bien! je dois à la

vérité de reconnaître qu’à côté de vous, toutes les autres n’auraient

pas existé.

A ces mots, Claude essuya son nez et commença d’y voir beaucoup plus

clair.

--C’est bien possible! dit-elle; mais ma mère voudrait que je fusse un

garçon. Elle m’a assuré que les garçons remettaient leur chapeau sur

leur tête en disant: Bonsoir, la compagnie!

--Votre mère eut raison, ma mie! Néanmoins, il ne faut pas se désoler

ainsi. Il y a toujours moyen de s’arranger.

--Non! répondit tristement Claude, il n’y a plus moyen! car au cours

d’une terrible crise de nerfs, je viens de brûler tous mes livres

adorés... Comment découvrirais-je le secret, maintenant que sont fermés

pour moi les palais de la science?

--Mais il n’y a pas que la science! dit le bonhomme qui peignait sa

barbe avec ses doigts; il n’y a pas que la science, voyons! il y a la

magie!

Il continua, en la regardant fixement:

--D’après ce que vous me dites, je suppose que vous êtes la jeune Claude

en personne, cette jeune Claude qui s’est jetée dans l’étude à corps

perdu et dont la réputation de courage est venue jusqu’à moi?

Claude, qui était encore assise sur la mousse, se leva, méfiante:

--Mais, monsieur, dit-elle, je n’ai pas l’honneur de vous connaître!

Le vieillard sourit avec bonté.

--Je suis l’Ermite du bois... Quand il me plaît, j’enseigne la magie.

Et, si vous vouliez me confier vos secrets et vos peines, je me ferais

un plaisir de vous tirer d’affaire.

--Je ne vous dis pas non, monsieur l’Ermite; mais ma mère m’a défendu de

me pencher aux portières, lorsque je voyage, et de lier conversation

avec le premier venu.

Ayant prononcé fièrement ces paroles, Claude s’éloigna sans détourner la

tête; car elle avait hâte de rassurer ses parents, follement inquiets

des suites de son équipée.

Dès le lendemain, sa mère reprit ses lamentations et parla même de

mettre sa fille au couvent pour l’empêcher de jouer avec les garçons.

Comme la pauvre Claude était privée de ses livres, la situation lui

apparaissait terrible. Elle ne put s’empêcher de songer à ce que lui

avait dit l’Ermite. Sans parler à personne de sa rencontre, sans avoir

l’air d’y toucher, elle recueillit des informations.

Voici ce qu’elle apprit. (Nous le donnons en bref. Le conte en est

cependant bien beau! mais il est difficile à dire tout au long devant

les grandes personnes; puis, enfin, nous n’en avons pas la permission.)

L’Ermite du bois était un bonhomme très vieux et très malin. Il vivait

dans une grotte. Il y vivait seul, mais recevait souvent la visite des

fées. Celles-ci lui apprenaient de grands secrets, tout en faisant sa

cuisine et en raccommodant son linge. Pendant leur séjour dans la

grotte, elles étaient femmes et même femmes de toute beauté. Mais

personne ne pouvait jamais les apercevoir sous cette forme. En effet,

dès qu’un visiteur approchait, elles devenaient bécasses ou grenouilles

et disparaissaient: bécasses, elles s’envolaient parmi les branches;

grenouilles, elles dévalaient en sautant et se cachaient dans les

marécages. La police en était pour ses frais.

Les fées, bien entendu, connaissaient toute la magie et la pratiquaient:

c’était leur métier. Le vieil Ermite avait beaucoup appris en leur

compagnie. Moins puissant que les fées, il était quand même, lui aussi,

rudement fort.

Personne n’ignorait cela dans le pays. Claude elle-même l’aurait su

depuis longtemps, si elle avait été un peu moins abrutie par ses

lectures.

Dès qu’elle eut ces renseignements, elle pensa:

--Voilà mon affaire!

Sans tarder, elle se mit un peu de poudre et s’en alla trouver l’Ermite

du bois.

L’Ermite était assis sur le seuil de la grotte. Sa blouse avait des

taches, ainsi du reste que sa grande barbe qui était, en outre, fort

emmêlée. Il avait l’air d’un vieux sale, parce que les fées avaient

oublié de lui faire visite les jours précédents.

Claude s’approcha, un peu émue.

--Bonjour, monsieur l’Ermite! dit-elle.

--Honhon! répondit-il, d’un ton peu encourageant.

Il se rappelait certaines paroles plutôt inciviles que Claude avait

prononcées, lors de leur première rencontre. Ces paroles lui étaient

restées sur le cœur; car, avec son air bonhomme, c’était un vieillard

assez pointilleux.

Claude fit la révérence et répéta:

--Bonjour, monsieur l’Ermite du bois!

Cette fois, il répondit:

--Bonjour!

Mais sans lever la tête; et il ajouta aussitôt:

--Je ne vous invite pas à entrer, car mon ménage n’est pas fait.

Puis il se remit à son travail qui consistait à retirer, avec la pointe

de son couteau, des épines qu’il avait sous la plante des pieds.

Or, une de ces épines s’était glissée entre deux orteils et l’Ermite ne

voyait pas assez clair pour l’arracher. Il ne pouvait pas non plus se

baisser suffisamment; il en bavait dans sa barbe en soufflant comme une

baleine. Et, quand il se redressait, il sacrait à faire trembler.

Claude, qui avait bon cœur, eut pitié de lui. Elle s’avança gentiment et

dit:

--Monsieur l’Ermite! si vous voulez, je retirerai l’épine...

L’Ermite lui tendit son pied en ronchonnant.

Et Claude retira l’épine sans faire un trop grand trou.

Alors, l’Ermite, tout joyeux, essuya sa barbe et il s’écria:

--Jeune fille, qui honorez la vieillesse! si vous avez besoin d’un

conseil, je suis prêt à vous le donner! gratuitement!

--Voici! dit Claude sans autre préambule; je voudrais devenir garçon. Et

je me suis dérangée pour vous demander comment il faut s’y prendre. Car

il paraît que les fées vous ont enseigné la magie...

Le vieil Ermite cligna de l’œil.

--Elles m’en ont, c’est sûr, appris plus d’une! avoua-t-il.

--Eh bien! puisqu’elles se changent à volonté en bécasses et en

grenouilles, il doit y avoir un moyen pour changer une fille en garçon?

Si vous le savez, dites-le!

--Il est vrai, répondit l’Ermite, que les fées réussissent des tours

pendables. Par malheur, je suis moins puissant qu’elles. Changer une

fille en garçon, ça n’a l’air de rien... ce n’est quand même point si

facile qu’on le croit! Il y a des épreuves: consentirez-vous à les

subir?

--Je les subirai! dit Claude d’un ton résolu.

--Alors, dit l’Ermite, ne perdons pas un temps précieux!

Il conduisit Claude sous un cormier dont les branches étaient chargées

de fruits verts. Puis il cueillit sept cormes et les mit dans les mains

de Claude.

--Voici, dit-il, sept petites poires, jolies, mais dures. Vous les

mâcherez et vous les avalerez... celles-ci ou d’autres, à votre choix,

pourvu qu’elles soient bien vertes... mais vous les mangerez à la suite

et sans interruption: ce point est tout à fait important! Quand vous

aurez terminé, j’espère que vous serez devenue garçon.

--Merci, monsieur l’Ermite! je croyais que ce serait beaucoup plus

difficile.

Le bonhomme, sérieux comme un pape, n’ajouta rien à ce qu’il avait dit.

Claude s’en alla, toute joyeuse, avec ses cormes dans la poche de son

tablier. Elle pensait:

--Je serai garçon avant même d’être arrivée à la maison: c’est maman qui

va être contente!

Elle prit donc une corme et commença de la mâcher.

C’était très mauvais! Elle ne s’attendait point à ce que cette petite

chose lui fondît dans la bouche; cependant, elle fut surprise de

constater combien cela était difficile à avaler. Au prix de grands

efforts, Claude parvint néanmoins à faire passer cette première corme.

Et, aussitôt, elle mit la seconde dans sa bouche, comme il lui avait été

indiqué.

Celle-ci se défendait encore mieux que la première!

--Je n’aurai pas terminé quand j’arriverai à la maison, pensa Claude.

Asseyons-nous donc!

Elle s’assit, après avoir relevé sa robe et, avec un courage digne des

plus grands éloges, elle continua de mâcher.

Saleté de saleté!

Claude rougissait, verdissait, rougissait encore; quand l’amertume lui

passait dans la moelle des os, elle frémissait de la tête aux pieds.

Mais, intrépide, elle mâchait toujours.

--Je te ferai quand même ton affaire! pensait-elle en crispant les

poings.

Elle avala en effet la seconde corme, en beaucoup plus de temps qu’il

n’en faut pour l’écrire à la machine.

Et en avant la troisième!

Cette fois ce fut atroce! On répugne à se représenter une scène aussi

pénible! D’un côté, la corme. De l’autre, une belle jeune fille dont

l’opiniâtreté n’a peut-être jamais été égalée, une belle jeune fille qui

se roulait sur le bord de la route et murmurait, les dents férocement

serrées sur sa proie:

--Je te boulotterai!

A la fin, le bon droit triompha: la troisième corme fut avalée. Alors,

Claude, sans hésiter, prit en sa poche la quatrième, la cinquième et les

deux dernières et les envoya au diable ou, du moins, dans la direction.

Elle continua son chemin, la bouche ouverte au vent du soir et elle

versait abondamment des larmes amères. Peu à peu, cependant, elle se fit

une raison. Tout espoir n’était pas perdu; il n’y avait qu’à

recommencer.

Dès le lendemain, elle recommença. Mais, cette fois, moins courageuse ou

moins affamée, elle ne put manger que deux cormes et cracha la troisième

avec fureur.

Elle comprit enfin que l’épreuve était très sérieuse. Mais elle ne

ressemblait pas à ces poules mouillées que le moindre effort rebute.

Ayant envisagé froidement les difficultés, elle se jura de les

surmonter.

Au troisième essai, elle mangea quatre cormes; puis elle tomba à trois,

alla ensuite jusqu’à cinq et pensa en crever...

Changeant alors de tactique, elle attaqua plusieurs cormes à la fois,

espérant ainsi en avoir plus vite raison: elle échoua misérablement. Un

autre jour, elle tenta d’utiliser la surprise, essaya de happer une

corme au vol, comme les chiens happent les mouches: la corme se jeta

tout droit dans la fausse gorge de Claude et la pauvre fille, cette

fois, faillit bien y passer!

Avec tout cela, le temps avait coulé; la saison, qui ramène tout, avait

fait jaunir les derniers fruits. Il fallut attendre une année entière

avant de reprendre la lutte.

Claude, durant cette longue trêve, ne s’abandonna point à une coupable

oisiveté. Chaque jour, elle se livrait à des exercices gradués, suçant

du fiel, mâchant, avec une froide énergie, des os, du caoutchouc ou des

nerfs de bœuf. Le reste du temps, elle le passait en oraisons pour

fortifier sa volonté.

Aussi quand la saison fut revenue, connut-elle le plus beau succès:

malgré une résistance désespérée, les sept cormes y passèrent du premier

coup.

Quelle joie!

Claude, aussitôt, voulut annoncer sa victoire à sa mère.

--Soyez heureuse! dit-elle; je suis devenue garçon!

--En es-tu sûre? demanda cette mauvaise femme avec un rire insolent.

Attends un peu! je vais te secouer la poussière... et puis te fourrer au

couvent, pour t’apprendre à raconter des imbécillités!

Claude se retira, vexée.

--Je dois pourtant bien être garçon! murmurait-elle.

Pour en avoir la preuve, elle regarda... Et, paf!... elle tomba à la

renverse, comme foudroyée!... Elle n’était pas garçon!

Quel désespoir! quelle honte! quelle fureur!

Sans même réparer le désordre de sa toilette, Claude, dès qu’elle reprit

ses sens, courut chez l’Ermite.

--Eh! dites donc, vieil Ermite! cria-t-elle d’une voix que la colère

faisait trembler, c’est malin ce que vous avez fait là!

Le bonhomme, qui venait tout juste de se réveiller, la regarda d’un air

abruti.

--Oui! vraiment! c’est malin de tromper aussi bêtement la jeunesse! Je

ne sais qui me retient de jurer et de vous dire vos quatre vérités!

--Qu’est-ce que vous me chantez, vous? grogna l’Ermite en se frottant

les yeux.

--Je ne chante pas, je pleure!... car je suis toujours fille, bien que

j’aie mangé les sept cormes!...

L’Ermite, entendant cette nouvelle, sut enfin à qui il avait affaire.

--Soyez la bienvenue, mon enfant! dit-il avec une grande affabilité.

Vous, qui me tirâtes si heureusement une épine du pied, faites-moi la

grâce de vous asseoir sous ces frais ombrages.

--Non! répondit Claude. Car je suis furieuse, entendez-vous? furieuse!

--Ça n’avancera pas beaucoup vos affaires, dit l’Ermite. Je ne dois pas,

en outre, vous laisser ignorer qu’ayant vécu dans la familiarité des

fées, je suis accoutumé aux pires injures: ne vous flattez donc pas de

m’en adresser que je n’aie déjà entendues.

Ayant ainsi mis les choses au point, l’Ermite reprit paisiblement:

--Cette épreuve des cormes n’est qu’un barrage grossier mais

indispensable et qui permet de faire un premier tri. On ne peut, en

effet, mettre la magie au service de jeunes personnes frivoles qui n’ont

pas véritablement la vocation. Puisque vous avez mangé les cormes, c’est

donc que votre cas est sérieux. Eh bien, ma chère enfant, je vous le dis

sans fard: il y a d’autres épreuves, des épreuves plus sévères. Les

subirez-vous?

--Je les subirai! dit Claude avec une terrible énergie.

--Bon! dit l’Ermite. Il s’agit d’épreuves morales. Elles sont au nombre

de trois. Il peut arriver, toutefois, qu’une seule suffise, lorsqu’on

n’essaye pas de tricher. La première, qui est la plus bénigne, consiste

tout simplement en ceci: ne pas suivre la mode.

--Qu’entendez-vous par là, monsieur l’Ermite?

--Il me semble que c’est bien clair, mon enfant: habillez-vous seulement

comme s’habillait madame votre mère, lorsqu’elle avait votre âge...

--J’en serai quitte pour rester à la maison, murmura Claude qui se

croyait maligne.

--Qu’entends-je? s’écria l’Ermite. Il vous faudra, au contraire, aller

dans le monde, fréquenter assidûment vos amies et ne pas craindre de

vous laisser admirer par les garçons. Si vous trichez, toute votre peine

sera perdue... Au revoir, mon enfant! Bon courage!

Il la quitta sur ces mots, pour aller au fond de la grotte faire des

préparatifs magiques.

Claude revint chez sa mère et elle dit à celle-ci:

--Maman! conduisez-moi dans le monde...

--Non! répondit la mère, car la vie est trop chère!

--Maman! il faudra aussi que je fréquente assidûment chez mes amies...

et je tiendrais enfin à me faire admirer par les garçons.

--Veux-tu parier, dit la mère, que je te fourre au couvent, une bonne

fois?

--N’en faites rien, dit Claude, si vous voulez être heureuse, un jour!

Elle avait prononcé ces mots d’un air si mystérieux que la méchante

femme n’insista pas.

Alors Claude en profita pour bouleverser les tiroirs où l’on conservait

pieusement la toilette de jeunesse de sa mère et de sa mère-grand. Quand

elle eut trouvé tout ce qu’il fallait, elle rejeta avec dédain toutes

ses parures, ses vêtements les plus coquets et les mieux ajustés. Puis

elle s’habilla, se chaussa, se coiffa, suivant l’usage antique, mais

moins solennel qu’on ne prétend. Sa mère la regardait, bouche bée, l’œil

arrondi d’inquiétude.

--C’est la conséquence d’un vœu! expliqua Claude. Surtout, laissez-moi

faire, si vous voulez avoir du bonheur, une fois dans votre vie!

La mère, qui était sur le point de s’élancer, prit le temps de la

réflexion et, finalement, n’osa intervenir.

Cependant, cette femme cruelle ne voulut pas conduire sa fille dans le

monde.

Claude y alla donc toute seule.

Ce fut une affaire! On en parlera pendent plus de cent cinquante ans.

Claude, lors de sa première sortie, produisit son petit effet. On la

regarda avec surprise, sans trop savoir s’il fallait rire ou pleurer

car, malgré son étrange accoutrement, elle n’était pas encore trop

laide.

La seconde fois, on se décida à rire aux éclats. Et, par la suite, ce

fut un débordement de gaieté narquoise, d’ironie d’un goût amer ou de

pitié dédaigneuse qui valait les plus sanglantes injures.

Les petits enfants montraient Claude du doigt et couraient derrière elle

avec des cris joyeux. Les filles de son âge pouffaient dans les coins.

Quant aux vieux plaisantins, ils lui faisaient des compliments sucrés,

comme à une contemporaine: elle eût payé bien cher le plaisir de leur

cracher à la figure!

Car, notons-le bien, Claude n’avait pas seulement la beauté de son sexe,

elle en possédait aussi les vertus principales, à un très haut degré.

Par bonheur, la volonté si forte qui animait son corps frêle lui

permettait de résister à la torture.

Quand prit fin la saison brillante des réunions mondaines, il lui fallut

fréquenter assidûment chez ses bonnes amies.

Il y avait Jeanne, Marthe et Marie.

Claude s’en fut chez Jeanne, espérant bien la trouver seule, car ce

n’était pas son jour. Mais Jeanne s’arrangea pour faire prévenir Marthe

et Marie qui accoururent aussitôt.

Claude voulut orienter la conversation vers les sciences,

particulièrement vers l’astronomie et les méthodes d’arpentage où elle

était de première force. Les autres, scandalisées, ne la suivirent point

sur ce terrain. Toute la soirée, il fallut feuilleter les journaux de

modes et les catalogues des grands magasins. Et le lendemain, et les

jours suivants, Claude dut recommencer en compagnie de ses amies et des

amies de ses amies, que celles-ci se faisaient un plaisir de convoquer.

Naguère, dans les circonstances difficiles, lorsqu’elle sentait le rouge

de la colère ou de la honte lui monter au front, vite, elle ouvrait son

petit sac et mettait de la poudre. Maintenant, cette ressource même lui

manquait, car elle n’avait plus ni sac ni poudre...

On devine quel fut le martyre de la pauvre fille.

Elle tenait ferme, pourtant. Mais la nuit, sous peine d’étouffer, il lui

fallait passer sa rage sur son oreiller qu’elle mettait en pièces après

l’avoir trempé de ses larmes.

--Heureusement, pensait-elle, il sera moins désagréable de se faire

admirer par les garçons: ils sont bêtes, mais rarement méchants.

Hélas! cette dernière partie du programme devait être bien pénible

encore!

Les garçons étaient bêtes, en effet, si bêtes qu’ils n’y comprenaient

plus rien. Le plus souvent, ils battaient en retraite, pour aller

trouver Marie, ou même Jeanne, qui n’était cependant point belle, mon

Dieu! Au reste, quand ils ne fuyaient pas, c’était encore plus triste!

Ayant perdu tout entrain, ils demeuraient là sans rien dire, plantés

comme des sycomores; ou bien ils adressaient à Claude des propos marqués

au coin du respect le plus pur, le plus déplacé.

Ce fut, pour la pauvre fille, un coup terrible. Elle en perdit le boire

et le manger.

Aussi était-elle bien amaigrie, bien changée, le jour où elle s’en fut,

pour la troisième fois, vers la grotte où vivait l’Ermite du bois.

Celui-ci, fort occupé à tuer ses poux, eut peine à la reconnaître. Mais

Claude parla.

--Vieil Ermite! dit-elle, d’un ton courroucé, vous êtes donc

incorrigible! Vous m’avez encore trompée bien cruellement! Ne

m’aviez-vous pas assuré qu’une seule épreuve morale suffisait le plus

souvent, quand on n’essaye pas de tricher?... Or, j’ai fait tout et le

reste et, néanmoins, je suis plus fille que jamais!

--Je vois ce que c’est! dit l’Ermite. De votre sexe, vous avez, non

seulement la grâce et la beauté, mais toutes les vertus principales, à

un degré remarquable. Par conséquent...

--C’est cela! interrompit Claude; de l’esprit, à présent!... Vous feriez

beaucoup mieux de vous laver les pieds.

L’Ermite exhala un long soupir.

--Je n’ai pas entendu! murmura-t-il.

Puis il ajouta:

--Je disais donc, _primo_: que je vous chérissais tendrement à cause du

fier service que vous me rendîtes un jour; _secundo_: qu’il vous

faudrait subir encore une épreuve, au moins une... et je me demandais

avec angoisse si vous en auriez le courage...

--Je l’aurai! dit Claude. Pour qui me prenez-vous donc, l’Ermite? Me

confondriez-vous, par hasard, avec l’une de mes amies, avec Marthe ou

avec Jeanne?

--Serait-ce vous faire une si grave injure? demanda l’Ermite. Je connais

Jeanne: elle a de l’esprit...

--Je vous l’accorde, mais c’est une poule mouillée... et elle est laide

à faire peur.

--Quant à Marthe, poursuivit l’Ermite, sa réputation de beauté...

--Marthe! c’est une dinde! assura Claude avec un bon sourire.

L’Ermite se leva et parla sévèrement.

--Jeune fille, dit-il, votre échec n’a rien d’étonnant; je constate, en

effet, que vous n’êtes pas en état de grâce... De même que vous avez

dépouillé toute coquetterie féminine, il vous faudra vaincre, en votre

cœur, les sentiments dont vous faites ici l’étalage. Et ce sera la

deuxième épreuve.

--Expliquez-vous clairement! dit Claude.

--Voici: pendant six mois, à partir de ce jour, vous accueillerez, avec

une joie visible, tout bonheur qui pourra survenir à vos amies. Vous les

défendrez en outre contre la médisance et si, devant vous, on célèbre

leurs vertus, vous joindrez votre voix enthousiaste au concert des

louanges. C’est assez simple, comme vous voyez.

--C’est simple, en effet! balbutia Claude, atterrée.

--Et, avec l’aide de la magie, ce sera sans doute suffisant, acheva

l’Ermite. Bon courage, mon enfant!

Claude s’en alla, tête basse. L’Ermite, qui en avait cependant vu de

toutes les couleurs, ne pouvait s’empêcher de la plaindre.

Elle arriva, bien triste, chez sa mère. Celle-ci, malgré la dureté de

son cœur, en eut également pitié. Comme elle connaissait bien sa fille,

elle dit, pour la ramener à la joie:

--J’ai l’avantage de t’annoncer que Marthe, ton amie, qui devait épouser

le Prince Charmant, vient d’être abandonnée par son fiancé.

Claude, à ces mots, joignit les mains.

--Est-ce possible? s’écria-t-elle; Marthe, l’honneur de notre ville!

Marthe, la parure de notre société! Courons, ma mère! courons empêcher

ce malheur, s’il en est encore temps!

--Allons! n’exagère pas! dit la mère.

Elle croyait que Claude jouait la comédie... Pour l’éprouver, elle

ajouta aussitôt:

--En revanche, je viens d’apprendre que Jeanne a enfin trouvé un

amoureux... un aveugle, sans doute, car la pauvre fille est bien laide!

Claude joignit encore les mains, mais avec ravissement, cette fois.

--Heureuse Jeanne! Son bonheur m’emplit moi-même d’une joie profonde! A

ce sujet, ma mère, je vous invite à ménager vos expressions, quand vous

parlez de mes amies... Jeanne n’est pas laide, comme vous avez eu le

front de l’insinuer. Elle est même beaucoup plus jolie que je ne le

serai jamais.

Alors, la mère épouvantée:

--Ciel! quel est ce mal soudain? Claude! Ma pauvre petite Claude!...

Mets-toi bien vite au lit... pendant que je cours chercher le médecin!

Quand le médecin arriva, il y avait beau temps que Claude était partie!

Elle avait déjà trouvé le moyen d’offrir à Jeanne ses compliments les

plus sincères et elle s’employait à faire revenir le Prince Charmant sur

sa décision funeste.

Cette vie dura six mois... Cela est invraisemblable, mais vrai!

Il ne servirait à rien de raconter les mille incidents de cette période:

il faut en avoir été le témoin pour y ajouter foi! Et encore! il y eut

des gens qui n’en crurent pas leurs yeux!

Claude montra, par cet exemple, ce que peut la volonté au service d’une

bonne cause. Ce ne fut pas, évidemment, sans une dépense considérable

d’héroïsme, sans une fatigue immense.

La pauvre fille, quand les six mois furent écoulés, n’était plus que

l’ombre d’elle-même.

Néanmoins, son entêtement ne diminuait pas.

Elle se traîna donc jusque chez l’Ermite. Cette fois, la force lui

manqua pour accabler le vieillard d’injures. Ce fut l’Ermite qui paria

le premier:

--Si l’on en juge, dit-il, d’après les seules apparences, il semble

bien, ma pauvre enfant, que la seconde épreuve morale n’ait pas encore

été suffisante?...

--Non, elle n’a pas été suffisante! répondit Claude d’une voix

affaiblie. J’ai fait tout et le reste... et c’est comme si j’avais mangé

des nouilles...

--Que voulez-vous! dit l’Ermite, vous possédez à un si haut degré les

vertus de votre sexe!... Enfin!... avec votre courage, on en vient quand

même à bout... Vous touchez au succès! Je veux être le premier à m’en

réjouir car je n’oublie pas ce que je vous dois... La dernière épreuve

sera de courte durée. Il est inutile, je pense, de vous demander si vous

voulez la subir?...

Un éclair de fierté brilla dans les yeux de Claude.

--Parlez vite! dit-elle.

--Un instant! reprit l’Ermite. Comme nous en arrivons à la grosse magie,

il faut que ce soit un peu plus solennel.

Il pénétra dans sa grotte, où il peigna sa barbe avec soin et revêtit

une blouse immaculée.

Puis il revint se placer en face de Claude, afin de pouvoir la regarder

dans les yeux.

--Jeune fille! dit-il fortement, pendant sept jours consécutifs, vous

direz la vérité, toute la vérité, seulement la vérité... Levez la main

droite!

Claude devint pâle comme une morte. Elle leva pourtant la main droite.

--Dites: je le jure!

Elle sentit fléchir ses genoux; une sueur froide ruissela sur son

visage.

L’Ermite répéta, d’une voix tonnante:

--Jurez de dire la vérité!

--Ça, non! répondit Claude; jamais de la vie!... Ce que vous me demandez

là est tout à fait impossible!...

Elle se retira, sous les yeux de l’Ermite apitoyé.

Et, comme il n’y avait plus d’espoir, elle s’assit par terre et se mit à

pleurer.

Huit gouttes d'opium · 第 9 / 27 题