LA MUSE VENALE

O Muse de mon coeur, amante des palais,

Auras-tu, quand Janvier lâchera ses Borées,

Durant les noirs ennuis des neigeuses soirées,

Un tison pour chauffer tes deux pieds violets?

Ranimeras-tu donc tes épaules marbrées

Aux nocturnes rayons qui percent les volets?

Sentant ta bourse à sec autant que ton palais,

Récolteras-tu l'or des voûtes azurées?

Il te faut, pour gagner ton pain de chaque soir,

Comme un enfant de choeur, jouer de l'encensoir,

Chantes des _Te Deum_ auxquels tu ne crois guère,

Ou, saltimbanque à jeun, étaler les appas

Et ton rire trempé de pleurs qu'on ne voit pas,

Pour faire épanouir la rate du vulgaire.

Les Fleurs du Mal · 第 10 / 144 题