_ Pour les sept petites filles de Monsieur L. O. David, député._
Assurément tous les petits enfants connaissent cette fête!
Elle est belle, elle est radieuse pour le plus grand nombre. Elle ramène
l'excellent vieux _Santa Claus_ avec des trésors fabuleux entassés dans
ses poches immenses et inépuisable.
Quelques-uns, hélas! ne connaissent de ce jour que les privations, plus
cruelles par leur contraste avec la joie de tout le monde.
Ces malheureux petits pauvres que _Santa Claus_ ne connaît pas, qui
ne trouvent jamais, jamais rien dans leur soulier, c'est aux enfants
heureux de les consoler, de se constituer leur Providence visible.
Le Petit-Jésus, lui qui n'oublie personne, voit leurs larmes. Il les
recueille toutes; il les change en des perles magnifiques dont il forme
des couronnes plus belles que celles des anges car les anges qui ne
pleurent jamais n'ont pas de perles à leurs couronnes. Puis, quand ses
amis dorment, il les vient chercher et les amène avec lui au ciel, pour
leur montrer ces précieux joyaux et les ailes faites de la gaze des plus
blancs nuages, qu'il garde pour eux.
Parmi les petites filles qui attendaient avec anxiété la joyeuse fête de
l'enfance, il en était sept qui, fort probablement, auraient été forcées
de renoncer aux étincelantes couronnes du Petit-Jésus, lesquelles ne se
gagnent absolument qu'au prix des soupirs et des peines, n'eussent été
les pleurs que leur faisait verser parfois la compassion. Et ceux-là
valent presque, aux yeux de Dieu les pleurs de la misère.
Heureusement, les nobles émotions de leurs âmes sensibles au malheur,
achetaient pour elles ces célestes récompenses.
Car des larmes!... d'honneur! c'était un article rare sous leur toit.
Hors le cas de pitié, elles n'en faisaient usage que juste ce qu'il faut
pour baigner le sourire, en vue d'obtenir les objets de leurs voeux.
On sait que c'est un principe de diplomatie qui a cours chez cette
petite engeance, qu'un attrait irrésistible à ajouter à sa requête est
celui d'un regard suppliant à travers des pleurs.
Et c'est d'excellente politique.
Le moyen de résister, je vous le demande, à tant de beaux yeux émus qui
prient avec une si gentille ferveur!...
Le bon Dieu ne l'a pas encore trouvé, lui qui est bien plus fort que les
hommes.
Mais en ce grand jour du "JOUR DE L'AN", il n'était pas besoin de ruse
ni de stratagèmes pour être heureux!
Mon Dieu! que de trésors enfouis dans ces petits bas longs comme rien,
mais si précieux pourtant avec leur riche et abondante _cargaison_!
Quel bon génie avait donc pu deviner les désirs secrets de chacune
pour déposer mystérieusement à son chevet pendant la nuit, l'objet si
ardemment souhaité?...
Il n'y avait qu'un "bon Jésus" pour réaliser des rêves si follement
ambitieux... pour verser si généreusement autant de merveilles entre
leurs petites mains!
Les jolies fillettes adoraient, je vous le jure, ce cher bienfaiteur, ce
prodigue ami des enfants sages et bons comme elles. Elles aimaient aussi
de tout leur coeur leurs parents.
Une pensée leur vint donc tout à coup, qui faillit compromettre
l'extrême félicité dont elles jouissaient. Pourquoi le cher papa,
pourquoi la belle maman ne recevaient-ils pas, eux aussi, des cadeaux du
ciel!...
Leurs bons petits coeurs se gonflèrent à cette réflexion.
Et l'attrait de toutes les choses prodigieuses étalées devant elles
disparut soudain.
La plus jeune des bébés, dont le bonheur s'était incarné sous la forme
de mille animaux mignons réunis en une arche de Noé lilliputienne,
laisse là son vaste troupeau gisant par terre dans une attitude de
désorganisation et d'inquiétude, comme s'il n'avait jamais été sauvé du
déluge, et que tout était à recommencer.
Par le plus bienvenu des hasards, entrèrent à ce moment dans la chambre
qui renfermait tant de désespoirs, les heureux parents de cette
intéressante famille.
La tristesse se fondit comme par enchantement sous une pluie de baisers.
--Nous en avons eu à profusion des présents du ciel! leur dit en
pleurant de bonheur leur mère--les joyaux inestimables, les trésors que
le bon Dieu nous a donnés, mes anges... c'est vous!...