_Voici notre petite bibliothèque canadienne qui s'enrichit aujourd'hui
d'un nouveau volume; et, chose assez insolite chez nous, ce volume est
signé d'un nom de femme._
_La signature était-elle bien nécessaire cependant pour accuser cette
particularité?_
_Non._
_Car, autant le pseudonyme de Josette voile peu la gracieuse
personnalité qu'il a la prétention de couvrir, autant la féminité--pour
me servir d'un néologisme mis à la mode par les psychologues du
jour--autant la féminité de l'auteur se trahit à chaque page, je
pourrais dire à chaque phrase, dans des légèretés de dessin et des
fraîcheurs de teintes, que l'homme au pinceau le plus délicat ne
parvient presque jamais à atteindre._
_Tournures câlines, sous-entendus discrets, colloques semés
d'incohérences enfantines, petits mots doux et tendres comme des
baisers, tout révèle la femme, la femme jeune et aimante, dont--pour les
bébés surtout--la main est une caresse, le bras un oreiller, la voix une
chanson d'amour._
_En lisant ces bluettes,--car il s'agit de simples bluettes, de contes
si vous aimez mieux,--on s'arrête malgré soi devant tel détail saisi sur
le vif, telle nuance finement observée, telle vague ébauche dont les
contours perdus laissent deviner quelque délicieux profil; et l'on
s'avoue in petto qu'un doigt de femme pouvait seul crayonner avec cette
souplesse, qu'on dirait inconsciente._
_En effet, ce qui caractérise peut-être plus que toute autre chose le
style de l'intéressant petit volume que je suis chargé de présenter au
lecteur, c'est une absence de toute recherche, une facilité naturelle,
une allure indépendante et prime-sautière, qui donnent l'impression de
quelqu'un laissant courir sa plume sur le papier sans le moindre effort,
sans aucunement s'inquietter de bien dire, et sans s'en douter le moins
du monde racontant merveilleusement des choses charmantes._
_Car ils sont tout pleins de choses charmantes, ces petits Contes de
Noel qui respirent tant de suavité naïve, et qui évoquent autour de vous
tout un essaim de souvenirs ailés papillonnant à votre oreille avec les
échos des vieux chants d'église et des joyeux carillons d'autrefois._
_Ils vous bercent._
_Ils vous rajeunissent._
_Ils ressuscitent sous vos yeux mille figures lointaines, mille horizons
oubliés._
_Ils vous chuchotent je ne sais quelles ressouvenances qu'on écoute le
coeur attendri, et quelquefois même avec une larme tremblante au bout
des cils._
_Pour ma part, j'ai passé une heure bien douce à parcourir ces pages
toutes vibrantes d'émotions intimes, et je suis heureux que l'auteur
me permette de lui en offrir ici même mon remercîment sincère avec mes
confraternelles félicitations._
_Toute jeune encore, depuis trois ou quatre ans déjà, la charmante
conteuse s'était fait remarquer dans la presse; et plus d'une fois ses
jolies nouvelles, toutes empreintes d'un rare cachet de distinction,
avaient attiré l'attention de ceux qui, parmi nous, cultivent les
lettres ou s'occupent des choses de l'esprit._
_Il y a quelques mois à peine, à Québec, elle révélait son talent pour
la scène dans une petite pièce dont le succès fut éclatant._
_Ces débuts pleins de promesses, elle les confirme aujourd'hui par un
premier volume, qui n'est sans doute que la première perle de tout un
écrin._
_Les qualités d'écrivain dont elle y fait preuve lui donnent droit à
une place marquante dans notre petit monde littéraire; et, s'ils me
permettent de me faire ici leur interprète, je crois pouvoir lui offrir,
au nom de mes confrères de la plume, la plus sympathique et la plus
cordiale bienvenue._
_Tous s'empresseront même, j'en suis sûr de lui céder un siège
d'honneur, à une condition cependant--et cette condition, la voix du
patriotisme l'impose--c'est que ce premier ouvrage soit bientôt suivi de
plusieurs autres._
_Pour ma part, je lui dirai en lui tendant la main:_
--Madame, vous êtes maintenant débitrice d'un créancier qui a le droit
d'être impitoyable, parce qu'il parle au nom de tous, le Public._
_Vous avez écrit les Contes de Noël.
Tant pis pour vous:
Noblesse oblige._