Le manque de bons hôtels dans les colonies est l'empêchement

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LE TOUR DU MONDE

PARIS

IMPRIMERIE FERNAND SCHMIDT

20, rue du Dragon, 20

NOUVELLE SÉRIE--11e ANNÉE

2e SEMESTRE

LE TOUR DU MONDE

JOURNAL

DES VOYAGES ET DES VOYAGEURS

Le Tour du Monde

a été fondé par Édouard Charton

en 1860

PARIS

LIBRAIRIE DE HACHETTE ET Cie

79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79

LONDRES, 18, KING WILLIAM STREET, STRAND

1905

Droits de traduction et de reproduction réservés.

TABLE DES MATIÈRES

L'ÉTÉ AU KACHMIR

Par _Mme F. MICHEL_

I. De Paris à Srînagar. -- Un guide pratique. -- De Bombay à

Lahore. -- Premiers préparatifs. -- En _tonga_ de

Rawal-Pindi à Srînagar. -- Les Kachmiris et les maîtres du

Kachmir. -- Retour à la vie nomade. 1

II. La «Vallée heureuse» en _dounga_. -- Bateliers et

batelières. -- De Baramoula à Srînagar. -- La capitale du

Kachmir. -- Un peu d'économie politique. -- En amont de

Srînagar. 13

III. Sous la tente. -- Les petites vallées du Sud-Est. --

Histoires de voleurs et contes de fées. -- Les ruines de

Martand. -- De Brahmanes en Moullas. 25

IV. Le pèlerinage d'Amarnâth. -- La vallée du Lidar. -- Les

pèlerins de l'Inde. -- Vers les cimes. -- La grotte sacrée.

-- En _dholi_. -- Les Goudjars, pasteurs de buffles. 37

V. Le pèlerinage de l'Haramouk. -- Alpinisme funèbre et

hydrothérapie religieuse. -- Les temples de Vangâth. --

Frissons d'automne. -- Les adieux à Srînagar. 49

SOUVENIRS DE LA COTE D'IVOIRE

Par _le docteur LAMY_

_Médecin-major des troupes coloniales_.

I. Voyage dans la brousse. -- En file indienne. -- Motéso.

-- La route dans un ruisseau. -- Denguéra. -- Kodioso. --

Villes et villages abandonnés. -- Où est donc Bettié? --

Arrivée à Dioubasso. 61

II. Dans le territoire de Mopé. -- Coutumes du pays. -- La

mort d'un prince héritier. -- L'épreuve du poison. -- De

Mopé à Bettié. -- Bénie, roi de Bettié, et sa capitale. --

Retour à Petit-Alépé. 73

III. Rapports et résultats de la mission. -- Valeur

économique de la côte d'Ivoire. -- Richesse de la flore. --

Supériorité de la faune. 85

IV. La fièvre jaune à Grand-Bassam. -- Deuils nombreux. --

Retour en France. 90

L'ÎLE D'ELBE

Par _M. PAUL GRUYER_

I. L'île d'Elbe et le «canal» de Piombino. -- Deux mots

d'histoire. -- Débarquement à Porto-Ferraio. -- Une ville

d'opéra. -- La «teste di Napoleone» et le Palais impérial.

-- La bannière de l'ancien roi de l'île d'Elbe. -- Offre à

Napoléon III, après Sedan. -- La bibliothèque de l'Empereur.

-- Souvenir de Victor Hugo. Le premier mot du poète. -- Un

enterrement aux flambeaux. Cagoules noires et cagoules

blanches. Dans la paix des limbes. -- Les différentes routes

de l'île. 97

II. Le golfe de Procchio et la montagne de Jupiter. -- Soir

tempétueux et morne tristesse. -- L'ascension du Monte

Giove. -- Un village dans les nuées. -- L'Ermitage de la

Madone et la «Sedia di Napoleone». -- Le vieux gardien de

l'infini. «Bastia, Signor!». Vision sublime. -- La côte

orientale de l'île. Capoliveri et Porto-Longone. -- La gorge

de Monserrat. -- Rio 1 Marina et le monde du fer. 109

III. Napoléon, roi de l'île d'Elbe. -- Installation aux

Mulini. -- L'Empereur à la gorge de Monserrat. -- San

Martino Saint-Cloud. La salle des Pyramides et le plafond

aux deux colombes. Le lit de Bertrand. La salle de bain et

le miroir de la Vérité. -- L'Empereur transporte ses pénates

sur le Monte Giove. -- Elbe perdue pour la France. --

L'ancien Musée de San Martino. Essai de reconstitution par

le propriétaire actuel. Le lit de Madame Mère. -- Où il faut

chercher à Elbe les vraies reliques impériales. «Apollon

gardant ses troupeaux.» Éventail et bijoux de la princesse

Pauline. Les clefs de Porto-Ferraio. Autographes. La robe de

la signorina Squarci. -- L'église de l'archiconfrérie du

Très-Saint-Sacrement. La «Pieta» de l'Empereur. Les

broderies de soie des Mulini. -- Le vieil aveugle de

Porto-Ferraio. 121

D'ALEXANDRETTE AU COUDE DE L'EUPHRATE

Par _M. VICTOR CHAPOT_

_membre de l'École française d'Athènes._

I. -- Alexandrette et la montée de Beïlan. -- Antioche et

l'Oronte; excursions à Daphné et à Soueidieh. -- La route

d'Alep par le Kasr-el-Benat et Dana. -- Premier aperçu

d'Alep. 133

II. -- Ma caravane. -- Village d'Yazides. -- Nisib. --

Première rencontre avec l'Euphrate. -- Biredjik. --

Souvenirs des Hétéens. -- Excursion à Resapha. -- Comment

atteindre Ras-el-Aïn? Comment le quitter? -- Enfin à Orfa! 145

III. -- Séjour à Orfa. -- Samosate. -- Vallée accidentée de

l'Euphrate. -- Roum-Kaleh et Aïntab. -- Court repos à Alep.

-- Saint-Syméon et l'Alma-Dagh. -- Huit jours trappiste! --

Conclusion pessimiste. 157

LA FRANCE AUX NOUVELLES-HÉBRIDES

Par _M. RAYMOND BEL_

À qui les Nouvelles-Hébrides: France, Angleterre ou

Australie? Le condominium anglo-français de 1887. --

L'oeuvre de M. Higginson. -- Situation actuelle des îles. --

L'influence anglo-australienne. -- Les ressources des

Nouvelles-Hébrides. -- Leur avenir. 169

LA RUSSIE, RACE COLONISATRICE

Par _M. ALBERT THOMAS_

I. -- Moscou. -- Une déception. -- Le Kreml, acropole

sacrée. -- Les églises, les palais: deux époques. 182

II. -- Moscou, la ville et les faubourgs. -- La bourgeoisie

moscovite. -- Changement de paysage; Nijni-Novgorod: le

Kreml et la ville. 193

III. -- La foire de Nijni: marchandises et marchands. --

L'oeuvre du commerce. -- Sur la Volga. -- À bord du

_Sviatoslav_. -- Une visite à Kazan. -- La «sainte mère

Volga». 205

IV. -- De Samara à Tomsk. -- La vie du train. -- Les

passagers et l'équipage: les soirées. -- Dans le steppe:

l'effort des hommes. -- Les émigrants. 217

V. -- Tomsk. -- La mêlée des races. -- Anciens et nouveaux

fonctionnaires. -- L'Université de Tomsk. -- Le rôle de

l'État dans l'oeuvre de colonisation. 229

VI. -- Heures de retour. -- Dans l'Oural. -- La

Grande-Russie. -- Conclusion. 241

LUGANO, LA VILLE DES FRESQUES

Par _M. GERSPACH_

La petite ville de Lugano; ses charmes; son lac. -- Un peu

d'histoire et de géographie. -- La cathédrale de

Saint-Laurent. -- L'église Sainte-Marie-des-Anges. --

Lugano, la ville des fresques. -- L'oeuvre du Luini. --

Procédés employés pour le transfert des fresques. 253

SHANGHAÏ, LA MÉTROPOLE CHINOISE

Par _M. ÉMILE DESCHAMPS_

I. -- Woo-Sung. -- Au débarcadère. -- La Concession

française. -- La Cité chinoise. -- Retour à notre

concession. -- La police municipale et la prison. -- La

cangue et le bambou. -- Les exécutions. -- Le corps de

volontaires. -- Émeutes. -- Les conseils municipaux. 265

II. -- L'établissement des jésuites de Zi-ka-oueï. --

Pharmacie chinoise. -- Le camp de Kou-ka-za. -- La fumerie

d'opium. -- Le charnier des enfants trouvés. -- Le

fournisseur des ombres. -- La concession internationale. --

Jardin chinois. -- Le Bund. -- La pagode de Long-hoa. --

Fou-tchéou-road. -- Statistique. 277

L'ÉDUCATION DES NÈGRES AUX ÉTATS-UNIS

Par _M. BARGY_

Le problème de la civilisation des nègres. -- L'Institut

Hampton, en Virginie. -- La vie de Booker T. Washington. --

L'école professionnelle de Tuskegee, en Alabama. --

Conciliateurs et agitateurs. -- Le vote des nègres et la

casuistique de la Constitution. 289

À TRAVERS LA PERSE ORIENTALE

Par _le Major PERCY MOLESWORTH SYKES_

_Consul général de S. M. Britannique au Khorassan_.

I. -- Arrivée à Astrabad. -- Ancienne importance de la

ville. -- Le pays des Turkomans: à travers le steppe et les

Collines Noires. -- Le Khorassan. -- Mechhed: sa mosquée;

son commerce. -- Le désert de Lout. -- Sur la route de

Kirman. 301

II. -- La province de Kirman. -- Géographie: la flore, la

faune; l'administration, l'armée. -- Histoire: invasions et

dévastations. -- La ville de Kirman, capitale de la

province. -- Une saison sur le plateau de Sardou. 313

III. -- En Baloutchistan. -- Le Makran: la côte du golfe

Arabique. -- Histoire et géographie du Makran. -- Le Sarhad. 325

IV. -- Délimitation à la frontière perso-baloutche. -- De

Kirman à la ville-frontière de Kouak. -- La Commission de

délimitation. -- Question de préséance. -- L'oeuvre de la

Commission. -- De Kouak à Kélat. 337

V. -- Le Seistan: son histoire. -- Le delta du Helmand. --

Comparaison du Seistan et de l'Égypte. -- Excursions dans le

Helmand. -- Retour par Yezd à Kirman. 349

AUX RUINES D'ANGKOR

Par _M. le Vicomte DE MIRAMON-FARGUES_

De Saïgon à Pnôm-penh et à Compong-Chuang. -- À la rame sur

le Grand-Lac. -- Les charrettes cambodgiennes. -- Siem-Réap.

-- Le temple d'Angkor. -- Angkor-Tom -- Décadence de la

civilisation khmer. -- Rencontre du second roi du Cambodge.

-- Oudong-la-Superbe, capitale du père de Norodom. -- Le

palais de Norodom à Pnôm-penh. -- Pourquoi la France ne

devrait pas abandonner au Siam le territoire d'Angkor. 361

EN ROUMANIE

Par _M. Th. HEBBELYNCK_

I. -- De Budapest à Petrozeny. -- Un mot d'histoire. -- La

vallée du Jiul. -- Les Boyards et les Tziganes. -- Le marché

de Targu Jiul. -- Le monastère de Tismana. 373

II. -- Le monastère d'Horezu. -- Excursion à Bistritza. --

Romnicu et le défilé de la Tour-Rouge. -- De Curtea de Arges

à Campolung. -- Défilé de Dimboviciora. 385

III. -- Bucarest, aspect de la ville. -- Les mines de sel de

Slanic. -- Les sources de pétrole de Doftana. -- Sinaïa,

promenade dans la forêt. -- Busteni et le domaine de la

Couronne. 397

CROQUIS HOLLANDAIS

Par _M. Lud. GEORGES HAMÖN_

_Photographies de l'auteur._

I. -- Une ville hollandaise. -- Middelburg. -- Les nuages.

-- Les _boerin_. -- La maison. -- L'éclusier. -- Le marché.

-- Le village hollandais. -- Zoutelande. -- Les bons

aubergistes. -- Une soirée locale. -- Les sabots des petits

enfants. -- La kermesse. -- La piété du Hollandais. 410

II. -- Rencontre sur la route. -- Le beau cavalier. -- Un

déjeuner décevant. -- Le père Kick. 421

III. -- La terre hollandaise. -- L'eau. -- Les moulins. --

La culture. -- Les polders. -- Les digues. -- Origine de la

Hollande. -- Une nuit à Veere. -- Wemeldingen. -- Les cinq

jeunes filles. -- Flirt muet. -- Le pochard. -- La vie sur

l'eau. 423

IV. -- Le pêcheur hollandais. -- Volendam. -- La lessive. --

Les marmots. -- Les canards. -- La pêche au hareng. -- Le

fils du pêcheur. -- Une île singulière: Marken. -- Au milieu

des eaux. -- Les maisons. -- Les moeurs. -- Les jeunes

filles. -- Perspective. -- La tourbe et les tourbières. --

Produit national. -- Les tourbières hautes et basses. --

Houille locale. 433

ABYDOS

dans les temps anciens et dans les temps modernes

Par _M. E. AMELINEAU_

Légende d'Osiris. -- Histoire d'Abydos à travers les

dynasties, à l'époque chrétienne. -- Ses monuments et leur

spoliation. -- Ses habitants actuels et leurs moeurs. 445

VOYAGE DU PRINCE SCIPION BORGHÈSE AUX MONTS CÉLESTES

Par _M. JULES BROCHEREL_

I. -- De Tachkent à Prjevalsk. -- La ville de Tachkent. --

En tarentass. -- Tchimkent. -- Aoulié-Ata. -- Tokmak. -- Les

gorges de Bouam. -- Le lac Issik-Koul. -- Prjevalsk. -- Un

chef kirghize. 457

II. -- La vallée de Tomghent. -- Un aoul kirghize. -- La

traversée du col de Tomghent. -- Chevaux alpinistes. -- Une

vallée déserte. -- Le Kizil-tao. -- Le Saridjass. --

Troupeaux de chevaux. -- La vallée de Kachkateur. -- En vue

du Khan-Tengri. 469

III. -- Sur le col de Tuz. -- Rencontre d'antilopes. -- La

vallée d'Inghiltchik. -- Le «tchiou mouz». -- Un chef

kirghize. -- Les gorges d'Attiaïlo. -- L'aoul d'Oustchiar.

-- Arrêtés par les rochers. 481

IV. -- Vers l'aiguille d'Oustchiar. -- L'aoul de Kaende. --

En vue du Khan-Tengri. -- Le glacier de Kaende. -- Bloqués

par la neige. -- Nous songeons au retour. -- Dans la vallée

de l'Irtach. -- Chez le kaltchè. -- Cuisine de Kirghize. --

Fin des travaux topographiques. -- Un enterrement kirghize. 493

V. -- L'heure du retour. -- La vallée d'Irtach. -- Nous

retrouvons la douane. -- Arrivée à Prjevalsk. -- La

dispersion. 505

VI. -- Les Khirghizes. -- L'origine de la race. -- Kazaks et

Khirghizes. -- Le classement des Bourouts. -- Le costume

khirghize. -- La yourte. -- Moeurs et coutumes khirghizes.

-- Mariages khirghizes. -- Conclusion. 507

L'ARCHIPEL DES FEROÉ

Par _Mlle ANNA SEE_

Première escale: Trangisvaag. -- Thorshavn, capitale de

l'Archipel; le port, la ville. -- Un peu d'histoire. -- La

vie végétative des Feroïens. -- La pêche aux dauphins. -- La

pêche aux baleines. -- Excursions diverses à travers

l'Archipel. 517

PONDICHÉRY

chef-lieu de l'Inde française

Par _M. G. VERSCHUUR_

Accès difficile de Pondichéry par mer. -- Ville blanche et

ville indienne. -- Le palais du Gouvernement. -- Les hôtels

de nos colonies. -- Enclaves anglaises. -- La population;

les enfants. -- Architecture et religion. -- Commerce. --

L'avenir de Pondichéry. -- Le marché. -- Les écoles. -- La

fièvre de la politique. 529

UNE PEUPLADE MALGACHE LES TANALA DE L'IKONGO

Par _M. le Lieutenant ARDANT DU PICQ_

I. -- Géographie et histoire de l'Ikongo. -- Les Tanala. --

Organisation sociale. Tribu, clan, famille. -- Les lois. 541

II. -- Religion et superstitions. -- Culte des morts. --

Devins et sorciers. -- Le Sikidy. -- La science. --

Astrologie. -- L'écriture. -- L'art. -- Le vêtement et la

parure. -- L'habitation. -- La danse. -- La musique. -- La

poésie. 553

LA RÉGION DU BOU HEDMA

(sud tunisien)

Par _M. Ch. MAUMENÉ_

Le chemin de fer Sfax-Gafsa. -- Maharess. -- Lella Mazouna.

-- La forêt de gommiers. -- La source des Trois Palmiers. --

Le Bou Hedma. -- Un groupe mégalithique. -- Renseignements

indigènes. -- L'oued Hadedj et ses sources chaudes. -- La

plaine des Ouled bou Saad et Sidi haoua el oued. -- Bir

Saad. -- Manoubia. -- Khrangat Touninn. -- Sakket. -- Sened.

-- Ogla Zagoufta. -- La plaine et le village de Mech. --

Sidi Abd el-Aziz. 565

DE TOLÈDE À GRENADE

Par _Mme JANE DIEULAFOY_

I. -- L'aspect de la Castille. -- Les troupeaux en

_transhumance_. -- La Mesta. -- Le Tage et ses poètes. -- La

Cuesta del Carmel. -- Le Cristo de la Luz. -- La machine

hydraulique de Jualino Turriano. -- Le Zocodover. -- Vieux

palais et anciennes synagogues. -- Les Juifs de Tolède. --

Un souvenir de l'inondation du Tage. 577

II. -- Le Taller del Moro et le Salon de la Casa de Mesa. --

Les pupilles de l'évêque Siliceo. -- Santo Tomé et l'oeuvre

du Greco. -- La mosquée de Tolède et la reine Constance. --

Juan Guaz, premier architecte de la Cathédrale. -- Ses

transformations et adjonctions. -- Souvenirs de las Navas.

-- Le tombeau du cardinal de Mendoza. Isabelle la Catholique

est son exécutrice testamentaire. -- Ximénès. -- Le rite

mozarabe. -- Alvaro de Luda. -- Le porte-bannière d'Isabelle

à la bataille de Toro. 589

III. -- Entrée d'Isabelle et de Ferdinand, d'après les

chroniques. -- San Juan de los Reyes. -- L'hôpital de Santa

Cruz. -- Les Soeurs de Saint-Vincent de Paul. -- Les

portraits fameux de l'Université. -- L'ange et la peste. --

Sainte-Léocadie. -- El Cristo de la Vega. -- Le soleil

couchant sur les pinacles de San Juan de los Reyes. 601

IV. -- Les «cigarrales». -- Le pont San Martino et son

architecte. -- Dévouement conjugal. -- L'inscription de

l'Hôtel de Ville. -- Cordoue, l'Athènes de l'Occident. -- Sa

mosquée. -- Ses fils les plus illustres. -- Gonzalve de

Cordoue. -- Les comptes du _Gran Capitan_. -- Juan de Mena.

-- Doña Maria de Parèdes. -- L'industrie des cuirs repoussés

et dorés. 613

TOME XI, NOUVELLE SÉRIE.--45e LIV. Nº 45.--11 Novembre 1905.

[Illustration: Groupe de brahmanes électeurs français (page

538).--D'après une photographie.]

PONDICHÉRY, CHEF-LIEU DE L'INDE FRANÇAISE

PAR M. C. VERSCHUUR.

Accès difficile de Pondichéry par mer. -- Ville blanche et ville

indienne. -- Le palais du Gouvernement. -- Les hôtels de nos

colonies. -- Enclaves anglaises. -- La population; les enfants.

-- Architecture et religion. -- Commerce. -- L'avenir de

Pondichéry. -- Le marché. -- Les écoles. -- La fièvre de la

politique.

[Illustration: Musicien indien de Pondichéry.--D'après une

photographie.]

De tout ce que la France a su garder de son ancien empire des Indes,

constituant à l'heure qu'il est une des plus puissantes colonies de la

couronne britannique, une simple bandelette de terre représente

aujourd'hui la partie la plus importante. C'est sur ce sol d'alluvion

que se dresse la ville de Pondichéry, chef-lieu des possessions

françaises, pour lesquelles le grand Dupleix avait rêvé de tout autres

horizons.

Le modeste territoire de Pondichéry n'occupe qu'une superficie de 29

145 hectares. Les dépendances de ce que collectivement l'on appelle

l'Inde française, sont au nombre de quatre: Chandernagor, Karikal,

Mahé et Yanaon. Elles sont disséminées sur différents points de la

vaste péninsule, les trois dernières à peu de distance du territoire

de Pondichéry, la première dans les environs immédiats de Calcutta.

Le Gouverneur des Établissements français dans l'Inde réside à

Pondichéry, mais ses fonctions l'obligent à de fréquents déplacements

dans les différentes dépendances, dont l'administration est confiée à

des administrateurs, qui lui sont subordonnés. Il va sans dire que les

fonctionnaires subalternes ne manquent pas, qu'il y a un Conseil

local, comme un Conseil général, que la colonie possède un sénateur et

un député à Paris, et que sur le territoire même la politique forme

l'axe de tout mouvement comme le souci de chaque jour. Nous en

reparlerons de cette funeste politique, de ce chancre rongeur dont

assurément aucune colonie française ne souffre au même degré que ce

pauvre Pondichéry.

Mettons pied à terre d'abord, ce qui n'est pas toujours très facile

quand on vient par voie de mer, comme c'est mon cas. La rade étant

souvent fort houleuse, le débarquement peut y être tellement

difficile, que la communication avec la terre devient impossible. Il

est arrivé souvent qu'à la suite du mauvais état de la mer, le

paquebot qui touche à Pondichéry, sur son parcours de Colombo à

Calcutta, et retour, n'a pu communiquer avec la terre et s'est vu

forcé de continuer sa route avec ses passagers et sa cargaison. Le cas

s'est produit trois fois de suite il y a peu d'années. La

communication avec la plage se fait par des bateaux à fond plat, sans

membrures, appelés _chelingues_. On accoste à l'extrémité d'un

débarcadère, long de 252 mètres, qui s'avance tout droit dans la mer:

si la mer est bien houleuse, il faut l'adresse de l'acrobate pour

tenir son équilibre, en saisissant la corde qui permet d'atteindre

l'échelle. Pour échapper à ces obstacles, le touriste préfère

généralement se rendre à Pondichéry par chemin de fer, la colonie

étant reliée depuis 1879 à toute l'Inde anglaise, et communiquant par

des embranchements avec les territoires dépendant de la France.

Pondichéry est un port franc. Les denrées et marchandises de toutes

provenances y sont admises par mer et en sortent par la même voie, en

franchise de tous droits de douane, sans distinction de pavillon.

Seuls le sel et l'opium, dont la production et le commerce sont

interdits par des traités, sont exceptés de cette disposition. Faut-il

rappeler son histoire? Pottoutchéri ou Poultchéri, le «nouveau

village», que les gens de haute caste appellent Poudou-nagar ou

«Château Neuf» a été acheté en 1693 au roi Vidjayanagar par le fameux

commandant Martin pour remplacer Saint-Thomas dont les Hollandais

venaient de s'emparer. Le petit village de parias s'accrut rapidement

et devint le centre d'un mouvement commercial considérable en dépit

des vicissitudes de son histoire politique.

Pris par les Hollandais en 1693, tout à son début, il nous fut rendu

en 1699. Puis il fut assiégé quatre fois par les Anglais: l'amiral

Boscawen, en 1748, fut repoussé par Dupleix; en 1760-61,

Lally-Tolendal capitula par famine après une héroïque résistance, et

le traité de Paris nous rendit la ville en 1763.

[Illustration: Les enfants ont une bonne petite figure et un costume

peu compliqué (page 532).--D'après une photographie.]

En 1778, les Anglais s'en emparèrent de nouveau, et la restituèrent au

traité de Versailles, en 1785, pour la reprendre une troisième fois en

1793 et nous la rendre définitivement en 1816-17, avec interdiction

d'élever aucun ouvrage fortifié sur le territoire, et d'y entretenir

d'autre force armée que la police.

La ville est divisée en deux parties: la ville blanche et la ville

indienne, que sépare un canal. La première, située à l'est et sur le

bord de la mer, est régulièrement bâtie; ses rues sont spacieuses et

bien percées, comme également du reste la seconde, éparpillée sur un

espace plus étendu.

Je connaissais Pondichéry pour y avoir séjourné une semaine dans un

voyage antérieur, et c'est avec un véritable plaisir qu'après être

arrivé au bout de ce long débarcadère en planches mal assujetties, je

remets le pied sur la terre ferme, dont l'aspect n'a pas changé depuis

ma visite précédente. Je revois la statue assez imposante du grand

Dupleix, qui s'élève tout près de la plage, et après avoir fait

quelques centaines de mètres je gagne le palais du Gouvernement, dont

l'occupant actuel, que j'ai l'honneur de connaître, m'a offert

l'hospitalité. Je m'y retrouve en pays connu, car la belle chambre

qu'on m'a préparée est celle que j'ai déjà occupée quelques années

auparavant.

Le palais du Gouvernement à Pondichéry est une fort jolie résidence,

et le Gouverneur, M. Lemaire, ainsi que son aimable épouse, s'y

plaisent bien mieux que dans la triste bâtisse qu'ils occupaient il y

a deux ans à la Martinique, où j'eus l'avantage de leur faire visite.

La situation et la distribution de l'édifice sont admirablement

comprises; le long balcon qui s'allonge devant la grande salle de

réception offre un coup d'oeil ravissant sur un grand champ carré, que

borde à l'horizon une ligne de constructions coquettes et régulières;

et quand, le soir on s'y allonge commodément, on savoure avec délices

ce parfum enivrant des terres tropicales, baignées dans une

température que la disparition du soleil a rendue délicieuse et

fortifiante.

Le climat de cette partie de l'Inde est généralement salubre. Dans les

temps ordinaires, la température moyenne est de 30 degrés pendant le

jour, et de 26 pendant la nuit. Pendant les mois de décembre et de

janvier, elle descend de 3 à 5 degrés dans la journée, tandis que de

mai à septembre le thermomètre indique de 32 à 40: c'est la période

des vents d'ouest très brûlants, qui surchauffent la température d'une

façon pénible. La saison sèche dure depuis le commencement de janvier

jusque vers le 15 octobre; le reste de l'année est appelé l'hivernage.

Généralement parlant, les pluies sont rares dans cette partie de

l'Inde; elles ne tombent avec quelque fréquence qu'en novembre et en

décembre.

[Illustration: La visite du marché est toujours une distraction utile

pour le voyageur (page 536).--D'après une photographie.]

Si l'on rencontrait à Pondichéry un hôtel propre et bien aménagé,

offrant avec une bonne cuisine le confort moderne, je n'hésite pas à

affirmer que ce serait une résidence très attrayante pendant les mois

de notre hiver d'Europe, quand tant de personnes se demandent dans

quel coin du monde on jouit d'un séjour charmant, à côté d'une

température clémente. Malheureusement, ce détail matériel fait défaut;

les deux hôtels qu'on y trouve sont au-dessous de la moyenne, et sans

l'hospitalité d'un parent ou ami on ne se déciderait pas facilement à

y faire un certain séjour.

Le manque de bons hôtels dans les colonies est l'empêchement

incontestable du développement du tourisme. Les Anglais l'ont bien

compris: prenons pour exemple les îles de la chaîne des Antilles ainsi

que toute l'Asie. À la Trinidad, à la Jamaïque, à Ceylan, dans toute

l'Inde, il y a des hôtels splendides, tout aussi confortables que

partout en Europe; et qu'est-ce que nous voyons, à la Martinique, à la

Guadeloupe, à Nouméa, à Bourbon?--Rien que de modestes auberges! Il en

résulte qu'aucun touriste, non invité par un ami, ne s'y arrête plus

longtemps qu'il ne le faut. La pauvre ville de Saint-Pierre faisait en

quelque sorte exception à la règle; on y trouvait deux hôtels assez

propres et bien tenus, mais l'éruption du Mont-Pelé les a fermés pour

toujours.

En me promenant, tant dans la ville même que dans les environs de

Pondichéry, je me crois dans une coquette ville de province ou dans

une campagne charmante. Les constructions sont gracieuses, respirent

une certaine aisance, et offrent un cachet de propreté qui manque dans

plusieurs autres colonies. Le Gouverneur a eu l'obligeance de mettre à

ma disposition un pousse-pousse, que j'utilise souvent dans la

matinée, ainsi qu'une victoria qui me permet de parcourir de plus

grandes distances. Le soir, avant dîner, le Gouverneur et Mme Lemaire

me font la gracieuseté de me mener en voiture dans différentes

directions.

Ce qu'il y a de curieux dans ces promenades, c'est que je roule tantôt

sur territoire français, tantôt sur territoire anglais, faisant ce

chasse-croisé plusieurs fois dans un rien de temps. Le territoire de

Pondichéry a été divisé de la manière la plus bizarre par le traité de

1816, lequel, après plusieurs occupations successives anglaises,

rendit la colonie définitivement à la France. Partout, même aux portes

de la ville, des enclaves de sol britannique sont découpés dans le

district français, de façon à donner aux Anglais les positions élevées

propres à l'établissement de batteries. Ici, la route appartient à

l'Angleterre, tandis que les fossés sont sous la juridiction

française; plus loin, un étang dépend de Madras, tandis que les terres

irriguées ressortissent à Pondichéry. Il existe même quelque part un

espace dont le propriétaire est inconnu. Les Anglais sont d'habiles

politiques: lors de la conclusion du traité de 1816, non contents

d'imposer au Gouvernement français l'obligation de n'élever nulle part

le moindre ouvrage de fortifications, et de n'entretenir aucune force

armée, en dehors de la police, ils ont trouvé moyen de déchiqueter le

terrain, par endroits, de telle façon qu'il reste des espaces

complètement indivis.

Ce qui me paraît incompréhensible, c'est qu'après dîner la ville soit

plongée dans la solitude la plus complète. On s'étend sur son balcon,

ou dans son jardinet, mais on ne sort pas, et l'on semble dédaigner

d'aller respirer, sur la jetée ou le long de la plage, l'air pur et

vivifiant de la mer. Il m'est arrivé deux fois d'aller me promener le

soir, et de me livrer à de longues méditations sur un banc de la

jetée, mais je n'ai rencontré aucun Européen. Seul, un indigène m'a

abordé, dans un langage que je ne comprenais pas,--probablement pour

me demander l'aumône.

[Illustration: Indienne en costume de fête.--D'après une

photographie.]

Une dame que je rencontrai le lendemain, et à qui je manifestais mon

étonnement sur ce singulier isolement, ne comprenait pas que je pusse

trouver un charme à cette quiétude tropicale, et à ce manque de

distractions. C'était une vie d'enfer, pour elle; il lui manquait son

Paris! J'ai appris plus tard, que son mari, fonctionnaire, sollicitait

un congé, sa femme ne pouvant pas supporter le climat! Du reste, on

pourrait écrire un volume bien curieux sur la question des congés dans

les colonies, ainsi que sur les motifs divers que les intéressés

mettent en oeuvre pour les obtenir.

La population de Pondichéry est douce, soumise et polie: quelle

différence frappante avec le nègre désagréable que j'ai si souvent

étudié dans les Antilles et ailleurs! Elle est sympathique même quand

on la voit, soit au travail dans les champs, soit se livrant à son

petit commerce, trottinant paisiblement, et ne faisant aucun bruit.

Les enfants grouillent par terre, jonchent les routes, se confondent

avec les poules, et remplissent les buissons comme les lapins en

Australie. Je ne puis m'empêcher de les comparer à des bijoux, quand

je pense aux enfants européens qui m'ont empoisonné l'existence depuis

trois mois sur deux bateaux des _Messageries Maritimes_. Ces enfants

indiens, comme la progéniture malaise, chinoise et japonaise, sont

gentils et mignons, ne crient jamais, et, qu'il y en ait cinq ou

cinquante dans votre voisinage immédiat, vous ne vous apercevez guère

de leur présence. Je les regarde avec plaisir, ces petits êtres

inoffensifs, nus comme des vers, et qui ne portent pour tout vêtement

qu'une cordelette autour des reins, supportant au milieu du corps un

médaillon, en forme de feuille de vigne, le plus souvent en métal,

cuivre, argent ou or, suivant la fortune des parents. Combien de fois

ne leur ai-je pas jeté des sous et des bonbons, en me réjouissant de

leurs mines épanouies!

Il y a de quoi faire de curieuses études de moeurs, dans ces pays

d'outre-mer où les religions et les habitudes diffèrent tant des

nôtres. Plusieurs fois, le soir avant dîner, nous croisons en voiture

des enterrements dont la mise en scène provoque d'amusantes surprises.

Un jour nous passons devant le cortège d'une femme indigène, de

religion catholique. Elle repose en grande toilette, couverte de

fleurs et de bijoux, coiffée avec soin, sur un lit de parade, porté

par la famille. De cercueil il n'en est pas question. On la déposera

tout simplement dans le sein de la terre, et on la couvrira de sable.

Une autre fois, nous assistons au passage d'un convoi musulman,

accompagné de chants et de musique.

[Illustration: Groupe de brahmanes français.--D'après une

photographie.]

Le nombre des Indiens convertis à la religion chrétienne, n'est encore

que fort restreint. La grande majorité des indigènes a conservé le

culte du brahmanisme, qui comporte des fêtes bruyantes, des

processions avec tam-tams et autres instruments de musique produisant

un vacarme infernal. Le lendemain de mon arrivée, il y a une grande

fête chez un brahmane de distinction, où le Gouverneur est invité. Au

moment où notre voiture s'arrête devant l'habitation du jubilaire, la

_Marseillaise_ se fait entendre, et nous sommes conduits aux fauteuils

qui nous ont été réservés. On nous pose sur les genoux un bouquet

gigantesque, qui peut bien avoir un mètre de circonférence, et l'on

nous entoure le cou d'une guirlande de fleurs, qui nous chatouille

d'une belle façon. La couleur locale, rehaussée par les acclamations

frénétiques de la foule, est typique, mais le parfum de l'assistance

laisse à désirer, d'autant plus que presque à l'unanimité, elle est

toute nue, sauf la bandelette ou le petit cordon de rigueur. Les

glaces et les boissons à base de glace circulent à profusion, la

chaleur dans cette enceinte limitée devient étouffante; il est temps

que nous regagnions notre voiture et l'air libre.

Il faudrait du temps et beaucoup de patience, pour arriver à connaître

la différence d'habitudes, de lois et de conventions qui règlent les

castes diverses de la religion brahmane, et les divisent en classes

exclusives et fermées. L'un ne fera jamais ceci, l'autre jamais cela;

un métier exercé par telle caste ne peut être exercé par une caste

différente. Les fonctions de chacune sont tellement déterminées, que

cela devient absolument absurde à nos yeux; et il me semble qu'il

faut, même à ces gens, un apprentissage bien compliqué, pour ne pas

s'exposer à une infraction aux multiples règlements de leur culte.

L'art de l'architecture et de la sculpture a été poussé à un rare

degré de perfection, dans les édifices consacrés aux religions hindoue

et brahmane, que tant d'auteurs ont décrits; il importe néanmoins de

constater que ceux de l'Inde dépassent par le côté artistique de leur

architecture, et la richesse de leur ornementation, plusieurs temples

que nous avons pu visiter dans d'autres pays d'Asie. Certes, on ne

trouve pas à Pondichéry les temples splendides qui décorent Tanjore,

Trichinopoly et Madura; mais cela n'empêche pas que ceux de Villenour

et d'autres localités des environs méritent une visite minutieuse.

Je me suis rendu plusieurs fois à celui de Villenour, qui se trouve à

quelques kilomètres de la Résidence. Un char immense, abrité sous un

grand hangar, et servant périodiquement aux processions du culte,

atteste l'habileté de ces indigènes, et la finesse de leur

main-d'oeuvre. Ce char, construit entièrement en bois, représente

toute une histoire bouddhique, burinée au moyen d'instruments

perfectionnés dans des blocs carrés de la même dimension et s'adaptant

les uns aux autres avec une symétrie irréprochable. Le poids doit en

être immense, car aux jours de grandes fêtes il faut de 1200 à 1500

hommes pour traîner le colosse.

L'habileté de ces indigènes ne s'est pas perdue, comme on serait tenté

de le supposer en constatant que tous ces temples de l'Inde remontent

à l'antiquité, et que de nos jours on n'assiste à aucune nouvelle

construction aussi grandiose. J'en ai eu la preuve un jour quand le

Gouverneur me conduisit dans une localité, proche de Villenour, devant

un char presque entièrement terminé et construit avec le même talent

que ceux des temps passés.

Le véritable chef-d'oeuvre que nous avons devant les yeux, est taillé

dans du bois très dur et représente, avec une finesse remarquable, une

procession bouddhique, dont la signification, bien entendu, nous

échappe, mais qui nous comble d'admiration. Un employé indigène nous

explique qu'il faudra au moins 500 hommes pour le traîner. Il nous

montre la corde dont on aura à se servir: elle a l'épaisseur d'un

énorme serpent. Il n'y a pas que nous qui soyons en extase devant ce

beau travail: une fourmilière d'enfants nous entourent, remplis de

recueillement. Je suppose que M. Piot serait heureux de visiter un

pays où sa doctrine a trouvé tant d'adeptes.

[Illustration: La pagode de Villenour, à quelques kilomètres de

Pondichéry.--D'après une photographie.]

Ce que Pondichéry et les terres qui en dépendent, produisent comme

cultures, est de peu d'importance. L'exportation totale n'est que de

27 à 28 millions de francs; les tissus de coton figurent dans ce

chiffre pour une somme de près de 9 millions, et les arachides pour

15. Suivant l'annuaire de 1904, 48 vapeurs de différentes nationalités

ont chargé 581 562 sacs d'arachides, au poids de 75 kilos le sac.

L'arachide s'exporte, aussi, comprimée en tourteau. L'année dernière,

l'exportation de cet article s'est élevée à un total de 4376 tonnes,

représentant une valeur de près de quatre cent mille francs. Viennent

ensuite les tissus de coton, qui figurent sur la dernière statistique

pour la somme de près de neuf millions; les riz, pour deux millions et

un quart, et les peaux, pour un million et demi de francs. Les autres

articles d'exportation n'atteignent qu'un chiffre insignifiant. On

exporte en petite quantité de la vanille, des noix de coco et quelques

fruits. La culture des arachides a pris un grand développement ces

derniers temps, et pourrait être encore considérablement augmentée. Ce

commerce est désormais une question capitale pour l'Inde française,

Pondichéry étant devenu pour ces graines oléagineuses un vaste

entrepôt que n'alimente pas seulement la production locale immédiate;

déjà les produits des possessions anglaises environnantes commencent à

y affluer, en décuplant l'activité du transit.

Les cultivateurs du sud de l'Inde, principalement de la province de

Tanjore et des environs de Trichinopoly, se servent le plus souvent de

Pondichéry pour leurs expéditions, comme étant le meilleur mouillage

de la côte, moins exposé que Madras au passage des cyclones. Le

dernier dont on garde la mémoire, est celui de 1863: 7 navires,

mouillés à peu de distance de la plage, furent engloutis dans le

désastre.

[Illustration: Intérieur de la pagode de Villenour.--D'après une

photographie.]

Quant à la vanille, on n'en a commencé la culture que depuis une

douzaine d'années; on en voit des champs d'une certaine étendue dans

le Jardin colonial, où le sous-directeur veut bien me donner les

renseignements qui m'intéressent. Au commencement on a eu à lutter

contre une grande incurie. Les indigènes, occupés à la culture de

cette gousse précieuse, doivent être surveillés tout le temps: au

début, des masses de vanille pourrissaient dans des caisses, comme du

foin. Le Gouverneur actuel y a mis bon ordre, ce dont les résultats

acquis donnent suffisamment la preuve. La gousse de Pondichéry est

plus mince que celle du Mexique ou de la Réunion, mais comme parfum

elle ne leur est pas inférieure, à mon avis. On la vend sur place 10

roupies, soit 17 francs le kilo. Il y a des producteurs peu scrupuleux

à Pondichéry: certains d'entre eux ont envoyé leur récolte, bien

soignée et emballée, à Bourbon, pour être de là-bas réexpédiée en

Europe comme vanille provenant de cette île.

La population totale des Établissements français dans l'Inde,

s'élevait, au 31 décembre 1903, à 273 748 habitants, sur lesquels il

n'y avait que 1408 Européens: 492 hommes, 546 femmes et 370 enfants.

Cette population européenne change constamment, cela va sans dire, son

séjour dans la colonie étant généralement de très courte durée,

surtout en ce qui touche les fonctionnaires et leurs familles dont le

chasse-croisé à travers tous les océans est suffisamment connu. Le

nombre d'Européens ou de créoles qui y ont fait souche et se plaisent

dans la carrière qu'ils ont choisie ou dans le commerce qu'ils se sont

créé, n'est que fort restreint. On ne change pas les préjugés d'une

nation, pas plus que les théories qui ont cours dans la mère-patrie.

Une colonie est un lieu d'exil, de bannissement, et doit avoir

forcément un climat malsain. Et combien de gens, condamnés à vivre

dans le pays qui les a vus naître, souvent en lutte avec les besoins

les plus tyranniques de la vie, se créeraient une existence bien plus

libre et bien plus large, si, doués de zèle et de persévérance, ils se

décidaient à secouer le joug de la routine casanière, et à

entreprendre une culture, un commerce dans des pays d'une fertilité

incontestable, où tant de bras font encore défaut! Pour le grand

commerce, les banques, les entreprises industrielles, un champ immense

resterait à exploiter.

[Illustration: La Fontaine aux Bayaderes.--D'après une photographie.]

Nous n'avons qu'à parcourir une distance de 160 kilomètres en chemin

de fer, pour atteindre Madras, situé sur cette même côte de

Coromandel, et nous débarquons dans une grande ville commerçante dont

l'activité se déploie sous toutes les formes, et qui offre toutes les

ressources d'une cité prospère d'Europe. Bombay, Calcutta, comme tant

d'autres villes d'Extrême-Orient, sont des centres populeux et

florissants, qui ne le cèdent en rien aux grandes villes de notre

vieux monde, et ceux qui s'y sont établis dans le commerce, la banque

ou l'industrie ne se plaignent pas de ce soi-disant exil. En quinze ou

dix-huit jours, du reste, le train et le paquebot les reconduisent au

sol natal: c'est une petite vacance que s'offrent facilement les

habitants dont les moyens permettent cet insignifiant déplacement.

En étudiant l'existence de l'indigène, au point de vue de ses besoins

et de son développement intellectuel, on ne peut s'empêcher d'admettre

qu'il se trouve bien plus heureux que maint Européen ou créole, vivant

dans ce que nous sommes convenus d'appeler l'aisance. Nous le trouvons

d'habitude gai, content, ne se plaignant que rarement, vivant de la

façon la plus primitive, logé dans un gourbi ou dans une paillotte

avec sa famille le plus souvent nombreuse, couvert d'une bandelette

d'étoffe qui lui a coûté quelques sous, se nourrissant de la manière

la plus frugale avec les produits que fréquemment il cultive lui-même,

sans souci du lendemain. Cet homme-là, au point de vue philosophique,

n'est-il pas bien plus heureux que la plupart d'entre nous?

[Illustration: Plusieurs rues de Pondichéry sont larges et bien

bâties.--D'après une photographie.]

Une de mes grandes distractions aux colonies consiste dans la visite

du marché, ce kaléidoscope vivant, qui offre toujours un champ

d'observations différent d'après le milieu dans lequel on se trouve.

Les marchés de l'Inde ne présentent pas ce tableau répugnant et puant

qui distingue les marchés des pays nègres. Les gens y sont moins

sales, et font moins de bruit que les noirs des Antilles ou de

l'Amérique du Sud, et s'harmonisent dans un cadre moins carnavalesque

que ces derniers, attifés de leurs fichus bariolés. Le rouge est la

couleur préférée, on pourrait presque dire unique, tant des hommes que

des femmes, que le pagne leur couvre une partie du corps, ou qu'une

simple bandelette soit appliquée suivant les lois de la convenance.

Voilà encore un milieu où les enfants ne manquent pas, mais les

parents n'ont pas à s'en préoccuper, car cette progéniture abondante

fait bon ménage avec les poules de la route, et ne se perd pas dans le

brouhaha de la foule. Ce que je souhaite ardemment pour la population

indigène de Pondichéry et même de toute l'Inde, c'est qu'on y

interdise l'introduction des automobiles qui ne tarderaient pas à en

faire une énorme bouillie. Au moment de mon passage dans la colonie,

un fabricant d'automobiles de Paris s'était adressé à un fonctionnaire

de Pondichéry, pour obtenir des renseignements sur la possibilité de

l'introduction de cet instrument meurtrier. L'indigène a la déplorable

habitude de marcher toujours au milieu du chemin, et même quand on est

dans une voiture ordinaire il faut des cris répétés pour le faire

bifurquer d'un côté ou de l'autre; quant aux enfants, ils courent un

risque perpétuel d'être mis en miettes. Nulle part au monde les

cochers n'ont une tâche plus lourde en conduisant leurs chevaux.

Qu'adviendrait-il, si un jour on tolérait l'introduction de ce

véhicule, lequel, s'il faisait le bonheur de quelques privilégiés,

serait une faux meurtrière qui en peu de temps décimerait la

population! L'Européen, tout en pouvant se garer et défendre son

existence, pousserait des cris séditieux à la vue du monstre, étant

donné la nature du sol. Le sol du sud de l'Inde se désagrège dans une

poudre rouge qui s'élève en nuage au moindre souffle du vent; si déjà

dans nos pays d'Europe la poussière soulevée par ce moyen de

locomotion provoque des récriminations assez justifiées, à Pondichéry

on pousserait de véritables cris de paon. Combien de fois m'est-il

arrivé, au retour d'une promenade de deux heures, de constater que mon

costume colonial blanc avait pris une nuance de couleur safran!

M. Delale, le chef de l'Instruction publique, a l'obligeance de me

servir de cicérone dans la visite que je m'étais proposé de faire des

principales écoles de la ville. La question de l'instruction dans les

colonies, donnée à la population indigène, m'a toujours vivement

intéressé, en provoquant chez moi de curieuses comparaisons. Il y a

des colonies où elle mérite les plus sincères éloges, et d'autres où

elle est franchement déplorable, où elle se réduit à néant. À

Pondichéry, où il existe plusieurs écoles, j'en ai visité cinq;

l'instruction est confiée à un chef fort intelligent, qui marche en

accord parfait avec le gouverneur. Ce qui m'y a le plus frappé, c'est

le côté pratique, adopté par les instituteurs pour faire pénétrer dans

les jeunes cerveaux les choses qu'il s'agit de leur apprendre, de

renoncer à ce système stupide de faire répéter machinalement aux

enfants des phrases qu'ils ne saisissent pas, mais d'ouvrir la soupape

de leur intelligence, par des explications qu'ils sont à même de

comprendre, et que, de ce fait, ils n'oublient pas. Dans ces

différentes écoles, je passe par toutes les classes, et je demande la

permission de questionner à mon gré les enfants que le hasard ou mon

intuition me fait choisir, me méfiant toujours du choix du professeur,

quand il s'agit de montrer l'école à un visiteur. Je me plais à

constater, à l'honneur de M. Delale, que la visite de ces

établissements à Pondichéry m'a laissé de très bons souvenirs, et

qu'il serait à désirer que dans certaines autres colonies on suivît sa

bonne méthode, ainsi que la surveillance assidue qu'il exerce sur le

département qui lui est confié.

Dans la dernière école que je visite, destinée uniquement aux jeunes

filles, on me fait assister aux différents travaux de couture,

exécutés d'une façon qui mérite tous les éloges. Je suis surpris de la

facilité avec laquelle ces fillettes répondent en bon français aux

questions que je leur adresse. Dans l'Inde anglaise il m'était arrivé

dans deux écoles de constater que les enfants né pouvaient guère

s'exprimer que dans leur langue natale, entremêlée de quelques rares

mots anglais, estropiés de façon à les rendre incompréhensibles.

Ah! s'il était possible d'apprendre à tous ces enfants en bas âge

qu'il existe une étude qui dérange le cerveau et qui trouble le repos

de la vie, ce serait un bienfait pour la colonie. Je fais allusion à

la politique qui dévaste ce pauvre pays, qui en arrête le progrès et

qui divise d'une façon déplorable toute la population européenne.

Sur une population de près de 274 000 habitants, l'Inde française

compte environ 63 000 électeurs, lesquels sont répartis en deux

listes. Chaque liste élit la moitié des conseillers municipaux ou

généraux. Pour l'élection du député, les suffrages des deux listes

s'additionnent tout simplement. La première liste contient les

Européens et descendants d'Européens, y compris des métis qui n'ont

pas un centième de sang blanc dans les veines, ainsi que certains

indigènes qui, ayant renoncé à leur statut personnel depuis quinze

ans, ont obtenu un diplôme universitaire, ou occupé pendant un certain

temps une fonction administrative, judiciaire ou élective. Cette liste

comprend également ceux qui ont obtenu une décoration française. Le

nombre total de la première liste est de 602, dont 452 pour Pondichéry

et les autres pour Chandernagor, Karikal, Mahé et Yanaon.

La deuxième liste comprend tous les électeurs de race indigène, ne

remplissant pas les conditions ci-dessus mentionnés, et ne pouvant

conséquemment être inscrits sur la première. Leur nombre s'élève à

62 900.

[Illustration: Étang de la pagode de Villenour.--D'après une

photographie.]

Les électeurs de la première liste, relativement peu nombreux, ont

l'habitude de se faire payer leur vote et de le vendre au plus

offrant. Pour plus de sûreté, les agents électoraux ont souvent

enfermé plusieurs jours à l'avance, dans des maisons spéciales, les

électeurs sur lesquels il était difficile de compter. On leur donnait

largement la nourriture, pour les mener au scrutin en voiture. D'après

ce qu'on m'a affirmé, on est même allé jusqu'à leur enlever tout

vêtement après leur séquestration dans lesdites maisons, afin de

rendre toute évasion impossible.

La grosse masse des électeurs de la deuxième liste se compose de

malheureux Indiens, dépourvus de toute instruction, que les

propriétaires ou autres électeurs influents mènent à l'urne comme des

troupeaux de moutons. Cependant, malgré leur misère, ces électeurs-là,

d'après ce que quelques Européens bien renseignés m'ont affirmé, ne se

font pas acheter. Ils se laissent conduire, tout confiants dans leurs

maîtres, à qui ils reconnaissent un rôle de tutelle tout indiqué par

leur situation. Il paraît même qu'il y a en eux un vague instinct qui

leur fait espérer que l'exercice même inintelligent de leur droit de

vote pourra devenir un jour un moyen d'émancipation. Beaucoup de ces

malheureux entreverraient un avenir meilleur pour leurs enfants, grâce

à l'instruction que ceux-ci auront acquise. Voilà le souci qui les

pousserait à leur en faire donner.

[Illustration: Brahmanes français attendant la clientèle dans un

bazar.--D'après une photographie.]

Le Tour du Monde; Pondichéry Journal des voyages et des voyageurs; 2e Sem. 1905 · 第 1 / 4 段