LES FAITS DE LA SEMAINE

_Jeudi, 6 août._--Le ministère de la Guerre communique la nouvelle qu'à

Morfontaine, près Longwy, les Allemands ont fusillé deux enfants de

quinze ans qui auraient prévenu les gendarmes français de l'arrivée de

l'ennemi. Engagements à Nomény, à Lauw, entre des patrouilles.

BELGIQUE.--Le roi Albert prend le commandement en chef de l'armée. Il

adresse à ses soldats une proclamation: «Vous triompherez, dit-il, car

vous êtes la force mise au service du droit.»

La bataille devant Liége continue avec acharnement. Tous les forts

tiennent bon.

40.000 Belges sont aux prises avec toute une armée allemande, la

troisième, composée des 7e, 9e et 10e corps, sous le commandement du

général von Emmich et forte de 120.000 hommes, et lui résistent avec une

magnifique vigueur.

Deux officiers et six soldats allemands pénètrent dans Liége dans le

but de tuer le général Leman, gouverneur de la place; il échappe à cette

tentative.

GRANDE-BRETAGNE.--Le gouvernement britannique publie un _Livre bleu_

contenant des révélations sensationnelles sur les projets de l'Allemagne

et sur ses efforts pour empêcher l'intervention anglaise: «Proposition

infâme», dira plus tard M. Asquith, premier ministre.

Le contre-torpilleur _Lance_ détruit un bateau allemand poseur de

torpilles, le _Königin-Luise_.

RUSSIE.--La flotte allemande bombarde Sveaborg, vieille forteresse au

large de la côte finlandaise, et occupe les îles d'Aland.

Une dépêche de Saint-Pétersbourg annonce que, la veille, samedi, le tsar

a fait appeler l'ambassadeur de France et l'a embrassé en lui disant:

«J'embrasse en votre personne votre chère et glorieuse patrie.»

Le grand-duc Nicolas, commandant en chef des armées russes, télégraphie

au général Joffre, généralissime français, l'assurance de sa foi absolue

dans la victoire et de son attachement.

AUTRICHE.--Une dépêche de Vienne annonce que la veille, 5 août,

l'ambassadeur d'Autriche-Hongrie à Saint-Pétersbourg a, d'ordre de son

gouvernement, notifié à M. Sazonof, ministre des Affaires étrangères du

tsar, l'état de guerre entre les deux pays.

La Serbie rappelle son ministre à Berlin.

_Vendredi, 7 août._--Le président de la République signe un décret

conférant à la ville de Liége la croix de chevalier de la Légion

d'honneur.

Nos troupes qui, jusqu'au jour de la déclaration de guerre se tenaient

à 8 kilomètres de la frontière, couvrent cette zone, occupant Vic et

Moyen-Vic.

BELGIQUE.--Les Allemands demandent un armistice pour relever leurs morts

et leurs blessés devant Liége.

GRANDE-BRETAGNE.--Le petit croiseur _Amphion_ coule sur une torpille

flottante.

Lord Kitchener est nommé ministre de la Guerre.

RUSSIE.--L'avant-garde russe franchit la frontière de la Pologne

prussienne.

L'ambassadeur de Russie quitte Vienne. On refuse de lui permettre de

rentrer directement en Russie.

Les hostilités ont commencé aussi à la frontière austro-russe.

GRANDE-BRETAGNE.--Dans la nuit commence, sur la côte de Belgique et la

côte de France, le débarquement des troupes britanniques.

SUR MER.--Les deux croiseurs allemands qui sont dans la Méditerranée, le

_Goeben_ et le _Breslau_, après avoir charbonné à Messine, reprennent la

mer dans la soirée, vers le Sud, puis à l'Est.

On dit qu'un combat se serait engagé entre le croiseur russe _Askold_ et

le croiseur allemand _Emden_, au large de Weï Haï Weï (Chine). Tous deux

auraient coulé.

MONTENEGRO.--Une batterie monténégrine, établie sur le mont Lovcen, qui

domine les bouches de Cattaro, bombarde cette ville depuis la veille.

_Samedi, 8 août._--Le ministère de la Guerre communique à 11 heures

la note suivante: «Un combat très vif et très brillant a eu lieu à

Altkirch. Nos troupes ont eu l'avantage et progressent dans la direction

de Mulhouse. Il est même possible qu'elles y soient arrivées à l'heure

qu'il est.»

[Illustration: Une manifestation des Alsaciens-Lorrains de Paris, devant

la statue de Strasbourg, à la nouvelle de l'entrée en Haute-Alsace des

troupes françaises.]

Une dépêche Havas ajoute: «Dans leur joie de voir arriver les troupes

françaises, les Alsaciens-Lorrains ont arraché tous les poteaux

frontières.»

Le communiqué de 23 heures 30 confirme l'occupation de Mulhouse.

Altkirch a été occupée vendredi à la tombée de la nuit. Mulhouse samedi

à 17 heures.

Les Allemands se retirent sur Neuf-Brisach.

Le soir, nos troupes s'emparent des cols du Bonhomme et de

Sainte-Marie-aux-Mines (Alsace) après un violent combat.

BELGIQUE.--L'armistice demandé par les Allemands est refusé.

SERBIE.--Les avant-gardes serbes ont franchi la frontière de Bosnie.

MONTENEGRO.--Deux croiseurs autrichiens bombardent Antivari.

_Dimanche, 9 août._--Informé qu'une partie des troupes autrichiennes

sont dirigées vers la frontière française, le gouvernement français

exprime à l'ambassadeur d'Autriche-Hongrie, toujours à son poste, le

désir d'être fixé sur les intentions de la double monarchie.

Nos troupes tiennent toujours Cernay, Mulhouse. Altkirch, ayant devant

elles la lisière de la forêt de Hart qui paraît sérieusement aménagée en

vue d'une défense.

Un télégramme du gouverneur général de l'Afrique occidentale

française rend compte que la garnison du Grand Popo (Dahomey), avec

la collaboration d'un croiseur anglais, vient d'assurer la prise de

possession de la colonie allemande du Togoland.

Le _Journal officiel_ publie la déclaration de neutralité des Pays-Bas,

du Danemark, de la Confédération helvétique, de la Suède.

Dans les Vosges, le combat a repris, le matin, aux cols de Sainte-Marie

et du Bonhomme.

BELGIQUE.--De toutes parts arrivent les nouvelles des excès sans nom

commis par les Allemands dans la région qu'ils occupent, entre Liége et

Verviers.

La cavalerie française a couvert de patrouilles toute la région de

l'Eifel. Elle a trouvé le contact de l'infanterie allemande sur l'Ourthe

et au sud de Neufchâteau.

Les Allemands ont pu faire passer un certain nombre d'escadrons dans la

région de Tongres, au nord de Liége.

RUSSIE.--Le tsar reçoit au Palais d'Hiver en audience solennelle en

présence du général en chef le grand-duc Nicolas, et des ministres, les

membres du Conseil de l'Empire et de la Douma.

La Douma et le Conseil d'Empire votent d'enthousiasme tous les projets

de loi déposés par le gouvernement en vue de la guerre.

SERBIE.--Les troupes serbes sont arrivées à 60 kilomètres environ de

Sarajevo. Toute la vallée de la Drina inférieure est entre les mains des

Serbes.

ITALIE.--Le comte d'Avarna, ambassadeur d'Italie à Vienne, qui était

venu faire auprès du cabinet de Rome une suprême tentative pour

entraîner l'Italie dans la guerre, repart, sa mission ayant échoué.

_Lundi, 10 août._--En présence des explications insuffisantes fournies

par l'ambassadeur d'Autriche à Paris, M. Dumaine, ambassadeur de

la République à Vienne, est rappelé. Le comte Szecsen demande ses

passeports. Un train spécial l'emmène vers I'Italie.

Les troupes du 19e corps d'armée, amenées d'Algérie sous la protection

de notre escadre, ont débarqué et sont dirigées vers l'Est.

BELGIQUE.--Liége est investie. Les forts demeurent intacts. La ville

est occupée par les Allemands qui retiennent comme otages les notables,

notamment l'évêque et le bourgmestre.

La cavalerie allemande a commencé l'exploration méthodique de la région

de l'Hesbaye, grande plaine ondulée entre Liége et Bruxelles où semble

se préparer une grande bataille. 10.000 cavaliers opèrent, suivis de

détachements d'infanterie.

On annonce officiellement à l'armée belge que les pertes allemandes

autour de Liége s'élèvent à 2.000 morts, 20.000 blessés, plus 9.700

prisonniers.

MONTENEGRO.--Les troupes monténégrines ont réoccupé la forteresse

de Taraboch qui domine Scutari, et, en Herzégovine, plusieurs forts

autrichiens.

_Mardi, 11 août._--Au cours de la nuit du 10 au 11, le corps d'armée

badois (14e) et une partie du 15e allemand ont attaqué la brigade

française qui avait poussé une pointe sur Mulhouse.

Nos troupes, sur l'ordre du commandant de corps d'armée, se sont

repliées en arrière, leur mission étant d'ailleurs terminée. Nous sommes

installés sur des positions solides, que l'ennemi a attaquées en vain.

Notre situation stratégique demeure la même,--excellente.

Nos troupes sont, sur presque tout le front, en contact avec l'ennemi.

De petits engagements, qui tous ont tourné à notre avantage, se sont

produits.

Les Allemands se sont présentés devant Longwy et l'ont sommé de se

rendre; on devine quel fier refus a été opposé à cette démarche.

BELGIQUE.--Le roi a installé son quartier général à Louvain.

Des engagements ont commencé lundi, entre Saint-Trond et Tirlemont,

mettant aux prises des forces importantes de cavalerie allemande

pourvues de mitrailleuses et des lanciers belges envoyés contre elles.

La lutte se poursuit aujourd'hui. Landen, occupé momentanément par

les Allemands, est repris. L'ennemi est partout tenu en respect. La

cavalerie française est entrée sérieusement en action.

_Pays-Bas._--La Hollande a achevé sa mobilisation. L'état de guerre

est proclamé dans le Brabant, le Limbourg, la Zélande et partie de la

Gueldre.

_Mercredi, 12 août._--Pont-à-Mousson est bombardé à 10 heures. Une

centaine d'obus tombent sur la ville, tuant ou blessant quelques

habitants et démolissant plusieurs maisons. Effet moral nul sur la

population.

BELGIQUE.--Les forts de Liége tiennent toujours. Le ministère de la

Guerre annonce que le mouvement de retraite des Allemands s'accentue de

ce côté; ils semblent se retirer et se masser vers l'Est.

Le gros des troupes allemandes est concentré entre Liége et Luxembourg.

Une grande bataille paraît imminente.

Sur Mer.--Les croiseurs _Goeben_ et _Breslau_ ont franchi les

Dardanelles. Le gouvernement ottoman déclare les avoir achetés,--ce qui

est contraire à tous les traités internationaux.

[Illustration: Le théâtre des opérations sur le territoire belge.]

L'Illustration, No. 3729, 15 Août 1914 · 第 8 / 25 题