Galium ellipticum Presl.

=RAPPORT=

SUR UN

=VOYAGE BOTANIQUE=

EN ALGÉRIE

=DE PHILIPPEVILLE A BISKRA=

ET DANS LES MONTS AURÈS

ENTREPRIS, EN 1853,

SOUS LE PATRONAGE DU MINISTÈRE DE LA GUERRE

PAR

=E. COSSON=

D. M. P.

(Extrait des Annales des sciences naturelles, 4e série, tome IV.)

[Décoration]

=PARIS=

LIBRAIRIE DE VICTOR MASSON

place de l’école-de-médecine.

1856

* * * * *

Dans un premier voyage en Algérie, d’Oran au Chott El-Chergui,

exécuté en 1852, nous avons pu étudier les caractères généraux

de la végétation de la province de l’Ouest, et reconnaître les

principales lois qui président à la distribution des végétaux dans

l’Afrique française. Il était important pour nous de compléter

ces notions, et, pour atteindre ce but, nous avons demandé à

S. Exc. M. le Ministre de la Guerre de vouloir bien nous accorder son

patronage pour un voyage d’exploration analogue dans la province

de Constantine[1].

L’itinéraire que nous avons suivi, en 1853, de Philippeville à

Biskra et de Biskra à Batna, où nous sommes revenu en parcourant

une grande partie des monts Aurès, nous a permis non-seulement

de compléter, par nos recherches sur des points situés à des

latitudes analogues, les données de notre premier voyage, mais encore

d’acquérir des notions positives sur la partie septentrionale de

la région saharienne de la province de Constantine, et sur la région

montagneuse supérieure qui n’avait pas encore été explorée. —

La région littorale, de Philippeville à Constantine, était connue

par les explorations de Bové, de MM. Choulette et de Marsilly,

etc., et surtout par celles de M. Durieu de Maisonneuve, notre

excellent ami et collaborateur ; aussi cette partie du pays, où nous

n’avons fait que quelques herborisations, ne nous a-t-elle offert

qu’un très petit nombre d’espèces qui n’y eussent pas déjà

été observées. — La région des hauts-plateaux, dont M. Durieu

n’avait pu visiter qu’une bien faible partie aux environs de

Sétif, n’était guère connue entre Constantine et El-Kantara,

que par quelques espèces qu’y avait signalées M. le docteur

Guyon ; aussi elle a été pour nous l’objet de l’examen le plus

attentif, et nous lui devons d’intéressantes découvertes. —

La région saharienne, aux environs de Biskra, avait déjà été

visitée par M. Guyon qui y avait indiqué plusieurs espèces d’un

haut intérêt ; mais c’est à M. P. Jamin, directeur du jardin

d’acclimatation de Beni-Mora, et à M. Balansa, que le Ministère

de la Guerre avait bien voulu nous adjoindre pour nos recherches,

qu’est due surtout la connaissance de la végétation de cette

partie du Sahara algérien, la seule qui ait été étudiée d’une

manière à peu près complète au point de vue de ses productions

végétales. M. Hénon, interprète militaire, a également concouru

à l’exploration de cette région, et on lui doit, en outre,

la découverte de plusieurs plantes remarquables, recueillies par

lui dans l’expédition entreprise, en 1853, au sud de Biskra, et

poussée jusqu’au voisinage de Tuggurt, sous le commandement de

M. le général Desvaux. M. Reboud, dans l’expédition exécutée

en 1854 et qui a assuré la soumission de Tuggurt, a fait également

d’intéressantes découvertes, qui sont venues s’ajouter aux

documents que nous possédions sur la région saharienne. Dans

l’année 1854, un de nos amis, M. Kralik, a exploré, sous le

patronage des autorités françaises, la partie méridionale

de la régence de Tunis ; les importants matériaux qu’il a

réunis contribueront à compléter la statistique végétale de

la région saharienne, en fournissant les plus utiles moyens de

comparaison entre la végétation d’une contrée qui n’avait

pas été explorée depuis Desfontaines, et celle des parties

analogues du Sahara algérien, avec lesquelles elle a d’étroites

affinités ; dans ce même voyage, M. Kralik a retrouvé plusieurs

des espèces de Desfontaines, qui, faute d’échantillons complets

dans les herbiers, n’étaient qu’imparfaitement connues des

botanistes. — Nos recherches dans les montagnes de l’Aurès,

qui présentent les sommités les plus élevées de l’Algérie,

nous ont permis de constater des faits de géographie botanique

importants, et de recueillir un assez grand nombre d’espèces

qui n’avaient pas encore été observées en Algérie, et dont

plusieurs sont nouvelles pour la science. M. Balansa a contribué

à l’étude de la flore des environs de Batna ; il a séjourné

à cette localité plus d’un mois après notre départ, et y a

recueilli quelques espèces qui avaient échappé à nos recherches,

et un assez grand nombre d’autres observées par nous dans un

état imparfait de développement.

Nous devons à la bienveillance de M. le Ministre de la Guerre

d’avoir pu, pour notre voyage, nous adjoindre d’habiles

collaborateurs. Ainsi, outre M. Balansa qui nous avait précédé à

Biskra, et qui, avec M. Jamin, nous a guidé dans l’exploration de

cette riche localité, nous avions pour compagnon de voyage M. Henri

de la Perraudière, ami dévoué et explorateur heureux, auquel nous

devons plusieurs découvertes importantes. Ce fidèle compagnon de nos

courses nous a secondé, dans toutes nos recherches, avec un zèle et

une obligeance extrêmes, et a bien voulu nous suppléer à Biskra

pour quelques excursions qu’une indisposition temporaire nous a

empêché d’entreprendre. Un aide auquel nous avions en partie

confié la préparation de nos collections, en nous déchargeant de

nombreux travaux matériels, nous a mis à même de nous livrer plus

exclusivement à nos travaux scientifiques[2]. C’est également

par la haute protection que M. le Ministre de la Guerre a bien

voulu nous accorder, que nous avons pu visiter avec une entière

sécurité les montagnes de l’Aurès, bien que leur soumission

fût toute récente ; nous avons séjourné sur tous les points dont

l’exploration présentait quelque intérêt, grâce aux moyens

de transport et de campement qui avaient été libéralement mis

à notre disposition. — La mission qui nous avait été confiée

d’étudier les cultures de la contrée que nous avons parcourue[3]

nous a donné la faculté de puiser aux sources officielles tous les

renseignements qui pouvaient nous être utiles pour l’exécution

de notre voyage. — Nous ne saurions exprimer trop vivement

à M. le général d’Autemarre d’Ervillé, qui commandait

alors la subdivision de Constantine, notre reconnaissance pour

l’excellent accueil qu’il a bien voulu nous faire, et pour la

sollicitude toute bienveillante avec laquelle il a interprété

les instructions qu’il avait reçues du Ministère de la Guerre

au sujet de notre voyage. — M. le colonel Desvaux, aujourd’hui

général, commandant la subdivision de Batna, et si versé dans la

connaissance du pays, non seulement nous a fait l’honneur de nous

offrir une généreuse hospitalité, mais a bien voulu tracer lui

même notre itinéraire, assurer tous nos moyens de campement, et

surtout rendre nos recherches beaucoup plus faciles par les nombreux

renseignements qu’il nous a donnés ; c’est aussi l’obligeance

de ce général distingué qui nous a procuré la connaissance de

toutes les observations météorologiques recueillies à Batna,

et l’avantage de pouvoir accompagner notre rapport de la carte

de la partie la plus importante de notre voyage. M. le lieutenant

Payen, aujourd’hui capitaine, attaché au bureau arabe de Batna,

nous a fourni d’utiles documents, et a bien voulu se charger de

tracer le calque d’après lequel la carte a été gravée. —

Nous devons également de sincères remercîments à M. le chef de

bataillon Collineau, aujourd’hui colonel, qui commandait alors le

cercle de Biskra, et qui nous a accordé l’hospitalité la plus

aimable. M. le capitaine Seroka, chef du bureau arabe de Biskra, a

eu l’obligeance de nous communiquer le tableau officiel du nombre

des Dattiers et des autres arbres fruitiers qui constituent les

principales oasis des Ziban, ainsi que la liste des noms indigènes

des diverses variétés de Dattiers qui y sont cultivées[4].

Partis de Marseille le 8 mai, nous sommes arrivés le 10 à

Philippeville, au moment où la végétation présentait le

développement le plus riche et le plus complet. Le jour même

de notre arrivée, nous avons exploré les collines situées au

nord-ouest de la ville, et spécialement celle où se trouvent

les citernes romaines ; le 11, nous avons visité une partie de

la vallée de la Zéramna et du Safsaf, ainsi que les coteaux qui

limitent au nord la vallée de la Zéramna ; le 12, nous avons fait

une nouvelle herborisation dans la vallée du Safsaf, dont nous avons

descendu le cours jusqu’à son embouchure ; le 13, dans la matinée,

nous sommes arrivés à Constantine, par la diligence, et nous avons

fait une première course à la base de la montagne de Sidi-Mecid ;

le 14, nous avons complété l’exploration de cette montagne,

et visité les environs de la chute du Rummel ; la journée du 15 a

été consacrée à nos préparatifs de départ, à la rédaction

de nos notes, et à quelques promenades aux environs immédiats

de la ville ; le 16, nous sommes partis à cheval de Constantine,

nous avons fait une assez riche herborisation aux environs du

caravansérail d’Aïn-Bey et dans la plaine de Mélila ; le 17,

nous avons herborisé dans les pâturages salés des environs de

Mélila, et dans la plaine qui s’étend jusqu’aux chotts Mzouri

et Tinsilt ; le 18, nous avons exploré les coteaux d’Aïn-Yagout,

une partie de la plaine d’Oum-el-Asnam, et nous avons remonté le

cours de l’Oued Batna jusqu’à Batna ; le 19, nous avons visité

la pépinière de Batna et les pâturages qui l’avoisinent ; le 20,

nous avons herborisé aux environs de Lambèse ; les journées des 21,

22 et 23, ont été consacrées à l’exploration des Djebel Tougour

et Bordjem ; le 24, nous avons quitté Batna, et nous sommes arrivés

au caravansérail de Ksour ; le 25, nous avons herborisé aux environs

du caravansérail, et à la halte connue sous le nom des Tamarins,

puis nous avons longé le cours de l’Oued El-Kantara, et nous sommes

parvenus à la région saharienne par le défilé d’El-Kantara ;

le 26, nous avons fait l’exploration de l’oasis et des environs du

caravansérail d’El-Kantara, nous avons traversé la plaine et nous

sommes arrivés à El-Outaïa ; le 27, nous avons fait une course à

la Montagne-de-sel, et exploré rapidement la plaine d’El-Outaïa,

le col de Sfa et la plaine jusqu’à Biskra ; les journées des 28,

29, 30, 31 mai et 1er juin ont été remplies par l’exploration des

environs de Biskra ; le 2, nous avons remonté le cours de l’Oued

Biskra jusqu’au confluent de l’Oued El-Kantara et de l’Oued

Abdi, et nous sommes venus camper dans l’oasis de Branis ; le 3,

nous avons exploré la vallée de l’Oued Abdi entre Branis et

Beni-Souik, où notre tente était dressée sur la place du village ;

le 4, nous avons herborisé aux environs de Beni-Souik, sur les

plateaux qui précèdent la vallée de Ménah et dans cette vallée ;

le 5, nous avons parcouru la partie de la vallée de l’Oued Abdi

comprise entre Ménah et Haïdous ; le 6, nous en avons continué

l’exploration d’Haïdous à Télet, et nous avons campé sur

le plateau situé à la base du Djebel Groumbt-el-Dib ; le 7, nous

avons exploré le pic, extrémité orientale et point culminant du

Djebel Mahmel, et une partie du Djebel Groumbt-el-Dib ; le 8, nous

avons visité la partie supérieure de la vallée de l’Oued Abdi,

connue sous le nom de Fedj-Geurza, et nous avons campé à Hdour,

au-dessous d’Igerman, au voisinage de l’un des ruisseaux sources

de l’Oued El-Abiad ; le 9, nous avons fait le trajet de Hdour à

Em-Médinah, et nous avons exploré la vallée où nous avons campé

à la base de la pente sud du Djebel Cheliah ; le 10, nous avons

fait l’exploration d’une partie du Djebel Cheliah, et nous avons

trouvé notre tente dressée dans les pâturages d’Aïn-Turck, sur

le versant nord de la montagne ; les 11 et 12 ont été consacrés à

l’étude de la végétation du Djebel Cheliah ; le 13, nous avons

quitté Aïn-Turck, exploré la vallée de l’Oued Essora, et nous

avons campé dans la plaine d’Yabous ; le 14, trajet d’Yabous

à Timegad, de là à Lambèse, et de Lambèse à Batna en voiture ;

le 15 a été consacré à la rédaction de nos notes ; le 16, nous

avons fait une nouvelle course au Djebel Tougour ; le 17, nous sommes

partis en voiture de Batna pour nous rendre à Aïn-Yagout et nous

avons exploré pendant le trajet la plaine d’Oum-el-Asnam et les

environs du Medracen ; le 18, nous nous sommes rendus en voiture

d’Aïn-Yagout à Constantine, et pendant ce trajet nous avons de

nouveau exploré les bords des chotts Mzouri et Tinsilt ; les 19 et

20, nous avons séjourné à Constantine ; le 21, nous avons pris

la diligence de Constantine à Philippeville ; le 22, nous avons

fait une dernière herborisation aux environs de Philippeville ;

et le 23, nous nous sommes embarqués pour la France.

Nous avons déterminé, par des observations barométriques,

l’altitude de tous les points qui nous ont paru présenter

quelque importance sous le rapport de la géographie

botanique. Malheureusement ces altitudes, par suite d’un accident

arrivé à l’un de nos deux baromètres anéroïdes, n’ont pu

être calculées que d’après la moyenne des observations que nous

avions prises à Philippeville et à Batna, et non pas, comme nous

nous l’étions proposé, d’après des observations simultanées ;

cependant les variations barométriques n’ayant été que très

faibles, aux mêmes localités, pendant la durée de notre voyage,

et l’instrument que nous possédions étant bien réglé, on peut

considérer les résultats que nous publions comme suffisamment

approximatifs au point de vue de la délimitation des zones

végétales. — Nous avons admis comme présentant une exactitude

absolue les altitudes que nous avons trouvées consignées au Dépôt

de la Guerre et sur la Carte de la subdivision de Batna, qu’elles

aient été déterminées par des observations géodésiques ou

barométriques ; quant aux indications d’altitude tirées de

nos propres observations, nous avons eu soin de ne les donner que

comme approximatives, en accompagnant du mot environ les nombres

qui les expriment.

Dans la narration du voyage, nous ne nous astreindrons pas à

exposer les faits dans l’ordre absolu dans lequel nous les

avons observés, nous les grouperons souvent afin d’éviter de

fastidieuses répétitions, et de donner en moins d’espace une

idée plus nette de la végétation et des ressources agricoles

et forestières du pays. — Pour rendre facile la comparaison

de ce travail avec celui que nous avons publié précédemment

sur la province d’Oran[5], nous suivrons le même ordre dans la

rédaction. Seulement, pour indiquer avec plus de précision les

stations des plantes, nous intercalerons dans le texte, à la suite

du paragraphe descriptif de chaque localité, la liste des espèces

qui y ont été observées, au lieu de ne donner qu’une liste

par région naturelle et de rejeter l’ensemble des listes à la

fin du rapport. Cette disposition des listes permettra, en outre,

de suivre avec plus de facilité les diverses dégradations de la

végétation d’une région à l’autre. Nous nous bornerons à

indiquer la géographie botanique générale des espèces dans les

listes dressées d’une manière plus complète pour les localités

qui doivent être considérées comme des types des diverses

régions. La statistique botanique comparée et les conclusions

que nous publierons à la fin de ce rapport, sont déduites non

pas de ces listes partielles, toutes suffisantes qu’elles sont

pour démontrer la vérité des faits que nous avançons, mais de

la totalité des plantes observées, en tenant compte toutefois,

lorsque cela est possible, des modifications apportées par la culture

dans la végétation primitive du pays. — Dans notre travail, nous

n’attribuerons pas une moindre importance aux végétaux cultivés

qu’à ceux qui croissent spontanément dans le pays. Selon nous,

la statistique botanique est un guide infaillible pour la culture,

car elle offre l’expression exacte de la résultante des forces

naturelles qui déterminent la végétation, et ses données nous

paraissent plus complètes et plus sûres que celles fournies par

les autres sciences d’observation n’exprimant que quelques-uns

des éléments dont l’ensemble seul constitue cette résultante.

EXPLORATION BOTANIQUE :

TRAJET DE PHILIPPEVILLE A BISKRA ;

ENVIRONS DE PHILIPPEVILLE.

La première impression qu’éprouve le voyageur en arrivant

par mer à Philippeville ou à Stora, est celle du contraste que

présente cette partie du littoral algérien avec les côtes arides

de la Provence qu’il vient de quitter. Ici l’œil se repose avec

plaisir sur les pentes verdoyantes et boisées qui, en se continuant

avec les bois montagneux de la Kabylie, se perdent à l’horizon.

La belle route de Stora à Philippeville, taillée sur les flancs des

collines qui bordent la rade, permet d’explorer facilement la partie

inférieure des bois dont le Chêne-Liége (_Quercus Suber_) forme

la principale essence. La lisière des bois, les anfractuosités

des rochers et les ravins sont parsemés de broussailles, où

l’on trouve réunis les _Myrtus communis_, _Calycotome spinosa_,

_Arbutus Unedo_, _Phillyrea latifolia_ et _media_, _Rubus fruticosus_

var. _discolor_, _Genista Numidica_. — On ne rencontre que quelques

rares et maigres touffes du _Chamærops humilis_ que nous avions vu

couvrir les coteaux des environs d’Oran. — C’est seulement aux

approches de Philippeville que les bois font place à des vignes,

à des jardins et à de nombreux vergers.

Philippeville, à environ 4 kilomètres de Stora, fondée seulement

en 1838, sur l’emplacement de l’ancienne _Russicada_, a

pris un rapide développement, et ses environs présentent des

cultures florissantes. — Parmi les restes nombreux qui signalent

l’importance de l’ancienne ville romaine, il faut mentionner

en première ligne les vastes citernes situées sur le penchant

de la colline qui domine la ville au nord-ouest. En se rendant

à ces citernes par un des sentiers qui sillonnent la colline,

on est frappé de la vigueur d’une végétation à type tout

européen. Des _Cratægus Azarolus_, à tronc de près d’un mètre

de circonférence, croissent à la base des côtes schisteuses qui

dominent les citernes. La colline est occupée en grande partie par

des vignes, des jardins, des vergers, où sont plantés et prospèrent

la plupart des arbres fruitiers du midi de la France. Les parties

incultes sont couvertes de broussailles entre lesquelles croissent

les :

Lepidium glastifolium Desf.

Genista tricuspidata Desf.

Lotus drepanocarpus DR.

Elæoselinum meoides Koch.

Daucus gracilis Steinh.

Lonas inodora Gærtn.

Cirsium giganteum Spreng.

Tolpis altissima Pers.

Scorzonera undulata Vahl.

Anarrhinum pedatum Desf.

Cyclamen Neapolitanum Ten.

Festuca cærulescens Desf.

Partout à la base de la colline, sur les bords des chemins et dans

les terrains remués, croît en excessive abondance le _Galactites

mutabilis_.

La route de Philippeville à Constantine traverse la riche

vallée de la Zéramna ; cette vallée, qui n’était encore,

en 1838, qu’un vaste marais, est devenue, par l’endiguement

de la rivière et par de nombreux travaux d’assainissement, un

des points les plus fertiles de l’Algérie, et il n’est pas

douteux qu’elle n’en devienne également un des plus salubres,

lorsque les travaux déjà commencés l’auront complétement mise

à l’abri des inondations hivernales. Cette large vallée, qui

au voisinage de la ville n’est guère qu’une vaste réunion

de jardins, de cultures maraîchères et de vignes, présente,

dans quelques points encore incultes, de riches pâturages, dont la

végétation luxuriante indique l’extrême fertilité du sol. —

Dans les jardins se trouvent réunies presque toutes nos cultures

du centre de l’Europe. Nous y avons remarqué, entre autres, des

Artichauts d’une vigueur peu commune, et qui donnent d’abondants

produits. — Les coteaux couverts de broussailles, ou plantés

d’_Opuntia Ficus-Indica_, forment un saisissant contraste avec le

reste de la vallée, où la végétation rappelle par son aspect celle

de nos latitudes. — Le _Nicotiana glauca_, dont le tronc s’élève

souvent à plusieurs mètres de hauteur, et l’_Acacia Julibrissin_

sont plantés fréquemment dans le voisinage des habitations dont

les jardins renferment à la fois la Vigne, le Mûrier, l’Olivier,

le Figuier, l’Abricotier, le Poirier et le Cognassier. — Aux

bords des chemins et sur les rives de la Zéramna, des bouquets

d’_Ulmus campestris_, de _Fraxinus australis_ à tronc souvent de

plus de deux mètres de circonférence, et de magnifiques _Populus

alba_ offrent partout de frais ombrages. Le Laurier-Rose (_Nerium

Oleander_) avec le Ricin (_Ricinus communis_) forment, fréquemment

aux bords des ruisseaux d’épais buissons. — Près de la Zéramna,

les terrains inondés l’hiver nous ont offert les : _Ranunculus

macrophyllus_ et _procerus_, _Trifolium isthmocarpum_, _Orobus

atropurpureus_, _Œnanthe silaifolia_ et _anomala_, _Alopecurus

bulbosus_ var. _macrostachyus_ ; dans ces mêmes lieux M. Durieu de

Maisonneuve a découvert l’_Alternanthera denticulata_, le _Cyperus

pygmæus_ et le _Glinus lotoides_.

En suivant le cours de la Zéramna, on arrive au confluent de

cette rivière et du Safsaf (Rivière des Peupliers). De vastes

pâturages s’étendent depuis les bords de ce dernier cours d’eau

jusqu’à la base des coteaux qui limitent au nord la vallée de

la Zéramna. Sur la rive droite du Safsaf et vers son embouchure,

un bois formé exclusivement de _Tamarix Africana_, dont les troncs

atteignent une hauteur de plusieurs mètres, ombragent des prairies

marécageuses parcourues par des troupeaux de bœufs. La seule

espèce digne d’être mentionnée que ces prairies nous aient

offerte est le _Kœleria hispida_. En se rapprochant de la mer,

on arrive à des dunes de sable mouvant, parsemées d’épais

buissons de _Juniperus Phœnicea_, entre lesquels se rencontrent

de larges et hautes touffes de _Genista Numidica_ et de _Retama

Duriæi_. Dans les sables des dunes croissent plusieurs espèces

intéressantes : _Ononis variegata_, _Medicago Helix_, _Arthrolobium

durum_, _Armeria Mauritanica_, _Muscari maritimum_, etc. — La

pente sud des coteaux qui bordent la mer, depuis l’embouchure du

Safsaf jusqu’à Philippeville, est couverte dans la partie encore

inculte d’épaisses broussailles, où dominent les _Erica arborea_,

_Pistacia Lentiscus_, _Cistus Monspeliensis_ et _salviæfolius_,

_Myrtus communis_, _Calycotome spinosa_, _Lavandula Stœchas_,

_Phillyrea latifolia_, _Daphne Gnidium_ ; l’_Asphodelus ramosus_

y occupe également de larges espaces ; l’_Ornithogalum Arabicum_

s’y rencontre avec l’_Iris juncea_. A la base de ces coteaux,

dans les lieux frais et herbeux, croissent en grande abondance le

_Senecio delphinifolius_ et le _Stachys marrubiifolia_.

_Liste des plantes les plus intéressantes recueillies aux environs

de Philippeville_[6].

*Ranunculus macrophyllus Desf.

— procerus Moris.

Delphinium pentagynum Lmk.

*Lepidium glastifolium Desf.

Rapistrum Linnæanum Boiss. et Reut.

Helianthemum halimifolium Pers. — (Choulette).

*Silene hispida Desf.

Rhodalsine procumbens J. Gay (Arenaria procumbens Vahl.).

*Linum corymbiferum Desf.

Malope stipulacea Cav.

Lavatera Olbia L. _var._ hispida.

Hypericum ciliatum Lmk.

Retama Duriæi Spach.

*Genista tricuspidata Desf.

*— Numidica Spach.

*— ulicina Spach.

Ononis variegata L.

*— monophylla Desf. — (Choulette).

Medicago Helix Willd.

— sphærocarpa Bert.

— ciliaris Willd.

— Echinus DC.

Trifolium isthmocarpum Brot.

*Lotus drepanocarpus DR.

Tetragonolobus purpureus Mœnch.

— biflorus Ser.

Scorpiurus sulcata L.

Arthrolobium durum DC.

Hedysarum coronarium L.

— capitatum Desf.

Vicia calcarata Desf.

— erviformis Boiss. (Ervum vicioides Desf.).

— altissima Desf. — (Choulette).

Orobus atropurpureus Desf.

Cratægus Azarolus L.

*Peplis biflora Salzm. — (DR.)

Sedum heptapetalum Poir.

Glinus lotoides L.

*Pimpinella lutea Desf. — (Choulette).

*Œnanthe anomala Coss. et DR.

— silaifolia M. Bieb.

*Daucus gracilis Steinh.

— aureus Desf.

Daucus crinitus Desf.

*Elæoselinum meoides Koch (Laserpitium meoides Desf.).

Magydaris tomentosa Koch.

Galium ellipticum Presl.

*— Tunetanum Lmk.

Asperula lævigata L.

Evax asterisciflora Pers.

Lonas inodora Gærtn.

Senecio delphinifolius Vahl.

*Echinops spinosus L.

Carlina gummifera Less.

Centaurea Tagana Brot.

— Nicæensis All.

— sphærocephala L.

— napifolia L.

*Carduncellus multifidus (Carthamus multifidus Desf.).

*Galactites mutabilis DR.

Onopordon macracanthum Schousb.

Cynara Cardunculus L.

*Carduus Numidicus DR.

Cirsium giganteum Spreng.

Calendula suffruticosa Vahl.

Anthemis maritima L. ?

Ambrosia maritima L.

Tolpis altissima Pers.

Scorzonera undulata Vahl.

Helminthia aculeata DC.

Campanula dichotoma L.

Fraxinus australis J. Gay (F. oxycarpa Willd.).

Cerinthe major L.

Celsia Cretica L. f.

Linaria reflexa Desf.

*— virgata Desf.

— græca Chav.

*Anarrhinum pedatum Desf.

Antirrhinum tortuosum Bosc.

Scrophularia sambucifolia L.

Stachys hirta L.

— marrubiifolia Viv.

Cyclamen Neapolitanum Ten.

Statice psiloclada Boiss. _var._ intermedia.

*Armeria Mauritanica Wallr.

Alternanthera denticulata R. Br. — (DR).

Rumex thyrsoides Desf.

Aristolochia longa L.

Euphorbia ptericocca Brot.

— cuneifolia Guss.

Iris juncea Poir.

Ornithogalum Arabicum L.

Scilla Peruviana L.

Muscari maritimum Desf.

Anthericum bicolor Desf.

Cyperus pygmæus Rottb. — (DR.).

Alopecurus bulbosus L. _var._ macrostachyus (A. macrostachyus

Poir.).

Trisetum parviflorum Pers.

Kœleria hispida DC.

Festuca cærulescens Desf.

— Ligustica Bert.

Bromus alopecuroides Poir.

Une vaste pépinière, à un kilomètre environ au sud de la

ville, a puissamment contribué par ses cultures, ses nombreuses

distributions de graines et de jeunes arbres, aux progrès rapides

de l’agriculture du pays. Une belle avenue de Platanes conduit

au centre du jardin ; la plupart de ces arbres, plantés seulement

en 1847 et 1848, sont déjà parvenus à une grande élévation,

et leur tronc mesure généralement près de 80 centimètres de

circonférence. — Parmi les plantations de ce riche établissement,

on remarque des semis de Mûriers et des carrés de la plupart de

nos espèces d’arbres fruitiers ; seul le Pêcher dépérit après

peu d’années ; le Cerisier présente une vigoureuse végétation,

et porte de très beaux fruits ; le _Prunus Mirobolana_ donne des

produits abondants ; l’_Eriobotrya Japonica_ (Néflier-du-Japon)

amène ses fruits à parfaite maturité ; le Cyprès et le Thuya,

plantés en ligne, forment de magnifiques abris qui garantissent le

Bananier des vents qu’il redoute et permettent à ses régimes

d’atteindre leur complet développement. — En omettant de

parler ici des arbres spontanés et très répandus dans le pays,

tels que l’Orme, le _Fraxinus australis_, le Peuplier blanc, etc.,

qui constituent plusieurs carrés importants de la pépinière, nous

devons mentionner, pour leur belle végétation, le Frêne commun,

le Vernis-du-Japon, le Micocoulier, le Sycomore, le Saule blanc,

le _Gleditschia triacanthos_ et les Pins d’Alep, sylvestre et

maritime ; et parmi les arbres d’agrément, le _Sophora Japonica_,

le _Catalpa_, le _Sterculia_, doivent être particulièrement

signalés ; ce dernier arbre a été récemment planté en quinconce

vers la porte de la ville. — La pépinière ne présente qu’un

trop petit nombre de Chênes et de Châtaigniers, pour qu’il soit

possible d’en tirer quelques conclusions au point de vue des chances

d’acclimatation de ces deux arbres. Le Tilleul jusqu’ici a été

cultivé sans succès. — Il ne faut pas oublier le Nopal (_Opuntia

coccinellifera_), dont la culture donne de légitimes espérances.

Pour compléter le tableau des principales cultures qui, avec

les céréales, le Maïs, le Millet, et les plantes potagères de

toutes sortes font la richesse du pays, nous devons signaler la

Pomme-de-terre qui, dans des circonstances favorables, donne des

produits abondants. L’acclimatation du Cotonnier est un fait acquis,

au moins au point de vue scientifique. Nous avons vu des Maltais

en semer les graines à la volée dans des champs imparfaitement

préparés, et ils ne doutaient pas néanmoins du succès de la

récolte ; car ce mode de culture, malgré son imperfection, donne

souvent de bons résultats, à la condition seulement d’éclaircir

le plant peu de temps après la levée du semis. — L’Arachide

est souvent cultivée en grand pour l’importance de ses produits

oléagineux.

Les cultures des villages européens, Vallée, Saint-Antoine,

Damrémont et Saint-Charles, qui forment la banlieue de Philippeville,

ne diffèrent pas sensiblement de celles des environs immédiats

de la ville ; on y retrouve, en effet, de nombreuses plantations

d’Olivier, de Mûrier, de Vigne, etc., et le Seigle, l’Orge,

l’Avoine et le Tabac, y sont cultivés par les colons ; des prairies

artificielles donnent d’abondants produits.

Pour ne rien omettre des ressources du pays, nous empruntons aux

_Annales de la colonisation algérienne_ l’indication des grands

espaces boisés du territoire de Philippeville qui peuvent être le

plus utilement exploités ; tels sont : à 2 kilomètres sud-ouest

de la ville, les bois du Safsaf, d’une étendue d’environ 500

hectares, et dont les essences principales sont le Frêne (_Fraxinus

australis_), l’Orme, le Chêne-vert et le Chêne-Liége ; à

5 kilomètres sud-ouest, les forêts, qui couvrent les montagnes

limitant la vallée de la Zéramna, présentent un développement

de près de 3000 hectares, et sont composées presque exclusivement

de Chênes-Liége ; le bois de Stora, qui, comme nous l’avons dit,

se continue avec les immenses forêts de la Kabylie, compte plus de

500 hectares de Chênes-Liége et d’Oliviers, qui, par la greffe,

deviendraient pour les habitants une source précieuse de richesses ;

la forêt d’Eghmen, à 10 kilomètres de la ville, est composée

des mêmes essences, et occupe une étendue de plus de 200 hectares.

TRAJET DE PHILIPPEVILLE A CONSTANTINE.

La rapidité du trajet de Philippeville à Constantine ne nous

a permis de noter que les faits les plus saillants présentés

par la végétation spontanée et les cultures des points peu

éloignés de la route. Sur les bords du chemin, à peu de distance

de Philippeville, nous remarquons le _Carduus Numidicus_ qui y croît

en abondance. — C’est avec regret que nous avons dû renoncer à

explorer les bois des environs de Saint-Antoine, composés surtout

de _Pistacia Lentiscus_, _Arbutus Unedo_, _Phillyrea latifolia_,

_Cratægus Azarolus_, _Calycotome spinosa_, _Erica arborea_, _Myrtus

communis_, qui forment d’élégants massifs, entre lesquels nous

avons aperçu les _Centaurea Tagana_ et _napifolia_, _Elæoselinum

meoides_, _Lonas inodora_, _Pulicaria odora_, _Carduncellus

multifidus_. — Saint-Antoine, village à 7 kilomètres de

Philippeville, bâti sur les coteaux de la vallée de la Zéramna,

malgré toutes ses ressources agricoles et l’étendue de ses

pâturages, ne présente cependant qu’une médiocre importance ;

la salubrité du pays laisse encore à désirer, mais les travaux

de défrichement, qui seront bientôt réalisés sur une plus grande

échelle, assureront à cette localité de meilleures conditions de

prospérité. — Gastonville, à 15 kilomètres de Saint-Antoine, est

déjà un centre plus considérable de colonisation ; l’abondance

des eaux, un bois d’Oliviers sauvages, la culture du Colon et du

Tabac, promettent un riche avenir à cette belle localité. — Les

environs d’El-Arrouch, dans la vallée de l’Oued Ensa, à 31

kilomètres de Philippeville, présentent de riches pâturages,

de vastes terrains propres à la culture des céréales et des

bois d’Oliviers dont les produits abondants sont déjà l’objet

d’un commerce important. — La route, depuis El-Arrouch jusqu’à

El-Kantour, est taillée sur la croupe d’une montagne élevée,

dont les pentes, couvertes de riches pâturages, offrent en grande

abondance l’_Ononis rosea_, le _Salvia bicolor_, l’_Ampelodesmos

tenax_ (Dis des Arabes), le _Scilla maritima_, le _Cynara Cardunculus_

et l’_Asphodelus ramosus_ dont l’industrie tire actuellement

de l’alcool par la distillation des tubercules de la racine. —

A El-Kantour, les quelques hectares de terrains déjà défrichés

révèlent la fertilité du sol par la richesse de leurs produits. Le

_Carduus Numidicus_ croît en grande abondance dans les pâturages et

les cultures de cette localité. — Jusqu’à Smendou, les cultures

européennes tiennent bien moins de place que celles des Arabes au

milieu des nombreux pâturages qui constituent déjà pour le pays une

véritable richesse ; dans ces pâturages, nous voyons le _Convolvulus

tricolor_ et le _Thymus Numidicus_ ; plus loin, sur les bords de la

route, se retrouve le _Carduus Numidicus_ avec le _Notobasis Syriaca_

et un _Centaurea_ à fleurs jaunes (probablement le _C. Sicula_). —

Les jardins du Hammah, qui doivent leur nom à une source d’eau

chaude et minérale qui les arrose, s’annoncent de loin par les

magnifiques Dattiers qui n’en sont pas le moins bel ornement. Les

Figuiers, la Vigne, d’antiques Pruniers (Reine-Claude) renommés

pour l’excellence de leurs fruits, s’y mêlent aux Orangers, aux

Grenadiers et aux Oliviers et composent des bosquets délicieux, qui,

par leur végétation luxuriante, peuvent être mis en parallèle avec

ceux de quelques vallées inférieures des montagnes de l’Aurès ;

des Peupliers blancs et des Ormes se rencontrent également dans ces

bosquets ; grâce à des travaux récents d’assainissement, les

jardins du Hammah ont repris leur ancienne splendeur, — La beauté

et l’étendue des cultures annoncent un peu plus loin les approches

de la capitale de la province ; une suite presque non interrompue

de plantations, où de magnifiques Oliviers, des Cerisiers, des

Abricotiers et des Figuiers forment avec l’Orme, le Micocoulier,

le Cyprès et le _Pistacia Atlantica_, d’épais ombrages, indique

l’extrême richesse du sol. Le _Dipsacus sylvestris_ croît partout

aux bords de la route, et démontre par sa présence que l’espèce

voisine, le _Dipsacus fullonum_ (Chardon-à-foulon), pourrait y

être cultivée avec succès, et fournir un nouvel élément à

l’industrie européenne. — Par le pont d’Aumale construit sur

le Rummel, dont les bords offrent de nombreux pieds arborescents de

Ricin (_Ricinus communis_), on arrive au pied de la pente rapide qui

contourne le rocher de Constantine. De là, on découvre toute la

vallée du Rummel inférieur, dont les plantations et les cultures

ne le cèdent en rien a celles du Hammah. Plus loin, au-dessous

de l’admirable cascade à plusieurs étages que forme la chute du

Rummel à l’extrémité du ravin de Constantine, d’anciens jardins

arabes se révèlent par la présence d’Amandiers, de Figuiers,

de Mûriers séculaires, avec lesquels le Caroubier (_Ceratonia

Siliqua_) et les nombreux Lauriers-Rose qui croissent aux bords

des eaux, constituent d’épais massifs de verdure. Jadis quelques

moulins arabes, dont les murs humides offraient au botaniste une des

Mousses les plus rares de l’Algérie, l’_Entosthodon Duriæi_

Mont., utilisaient seuls une bien faible partie de l’immense force

motrice, que l’abondance et la rapidité des eaux du Rummel ont

mise à la disposition de l’homme dans ce lieu privilégié ;

mais maintenant l’activité européenne a remplacé ces masures

par un moulin, où toutes les règles de la science rigoureusement

appliquées permettent d’obtenir avec le Blé dur une farine de

qualité au moins égale à celle de nos Blés d’Europe les plus

estimés. Le lit du Rummel est encaissé, au-dessus de la cascade,

entre des rochers abruptes, élevés de plus de 100 mètres, et

couverts d’_Opuntia_ ; l’aspect sévère de ces rochers forme

un saisissant contraste avec la fertilité de la vallée, et fait

de ce site l’un des plus imposants de l’Algérie.

ENVIRONS DE CONSTANTINE.

Constantine, l’ancienne _Cirta_, à 83 kilomètres de Philippeville,

à 656 mètres d’altitude, couronne l’immense massif de

rochers calcaires que le Rummel (_Ampsaga_) contourne de son cours

impétueux. — La profondeur du ravin du Rummel et les pentes

abruptes des rochers qui l’encaissent ne permettent l’accès de

la ville que par le pont romain d’El-Kantara, et par l’immense

talus qui, au sud-ouest, se relie avec la montagne de Koudiat-Ali,

prolongement de la chaîne du Chettabah. — L’importance de

Constantine et l’aspect remarquable de cette ville sont trop

généralement connus pour qu’il nous soit permis d’en parler

ici. Par la variété de ses sites, la fertilité de son sol et

l’abondance de ses eaux, le territoire de Constantine ouvre un vaste

champ à la colonisation agricole. Nous avons déjà essayé de donner

une idée de la richesse des jardins et des plantations de la vallée

du Rummel inférieur, la vallée arrosée par le Rummel supérieur et

son affluent le Bou-Merzoug (Père de la fécondité)[7], bien que

la végétation y présente un caractère plus européen, n’offre

pas au colon de moindres éléments de richesse pour les cultures

industrielles et la production des céréales. Sur les pentes et

les plateaux partiellement cultivés par les indigènes croissent

en abondance l’Orge et le Blé, alors même que ces cultures ne

peuvent être fertilisées par l’irrigation. — L’_Opuntia

Ficus-Indica_, si abondant sur tous les rochers du ravin du Rummel,

couvre également de larges espaces de la pente argileuse et rapide

qui descend vers la vallée du haut Rummel. Des plantations récentes

de Saules-pleureurs, de Peupliers (_Populus pyramidalis_ et _alba_),

d’Acacias, d’Azédarachs, d’Ormes, de Frênes, et des jardins

où se trouvent réunis le Mûrier, l’Abricotier, l’Amandier

et le Cerisier, longent la route qui conduit à la pépinière. —

Ce bel établissement, qui a si puissamment contribué au boisement

partiel de cette portion du pays, autrefois dépourvue d’arbres[8],

est situé sur un des points les plus pittoresques de la vallée ; il

est garanti, excepté à l’ouest, des vents, qui se font souvent

sentir avec intensité dans cette région déjà élevée. —

Parmi les arbres fruitiers qui réussissent parfaitement dans ce

jardin, nous devons citer le Noyer, l’Amandier, l’Abricotier,

le Cognassier, plusieurs variétés de Cerisier, de Poirier et de

Pommier. Les froids assez intenses de l’hiver, car le thermomètre

descend assez souvent jusqu’à - 5°, ne permettent pas de cultiver

en grand l’Oranger, le Bigaradier et le Néflier-du-Japon,

que nous avons vu présenter une si belle végétation dans les

jardins de la vallée du Rummel inférieur. L’Olivier lui-même

réclame beaucoup de soins pendant les premières années, mais il

finit par croître avec vigueur. Le Pêcher ne réussit pas mieux

qu’à Philippeville, et habituellement ne tarde pas à être

attaqué par les pucerons. — L’une des principales richesses

du jardin consiste dans les nombreux plants d’arbres forestiers,

qui sont appelés à jouer un rôle important dans les cultures du

pays. Nous devons mentionner pour leur beau développement le Frêne,

l’Acacia, le Saule-pleureur, le Vernis-du-Japon, le Peuplier blanc,

le Pin d’Alep, le Cyprès et le _Thuia orientalis_. Le Sycomore et

l’Érable plane ne réussissent que dans les terrains sablonneux. Le

Bouleau et le Platane demandent pour leur plantation des conditions

particulières. L’Orme commun, les Peupliers suisse et d’Italie,

après avoir présenté d’abord une belle végétation, ne

tardent pas à être attaqués par des larves qui altèrent leur

bois profondément ; l’Orme-d’Amérique est moins exposé à

cette cause de dépérissement. Nos Chênes du nord ne croissent

qu’avec une extrême difficulté, et de cinq mille Châtaigniers

qui avaient été plantés, à peine en reste-t-il trois ou quatre

à la pépinière. Le Mûrier pousse avec vigueur, et sa culture est

appelée à prendre un grand développement. — Les essais tentés

pour l’acclimatation des cotons Georgie-longue-soie et Louisiane

ont donné dans ces deux dernières années des résultats assez

satisfaisants. — Le Tabac ne demande, pour fournir d’abondants

produits, qu’à être garanti contre l’influence des vents ; les

abris sont facilement obtenus par des lignes de Cyprès, de _Thuia_,

et même de Saule-pleureur ou d’Osier dans les endroits frais ;

les _Arundo Mauritanica_ et _Donax_ ne sont pas moins avantageux pour

former de puissants brise-vents, et contribuer à l’assainissement

des terrains trop humides. — Le Nopal (_Opuntia coccinellifera_),

malgré le froid de l’hiver, semble pouvoir être acclimaté

utilement. — Le Pavot somnifère, cultivé en grand, outre

les produits oléagineux, pourrait fournir l’Opium, si le mode

d’extraction de cette substance était mieux connu. — La maladie

de la Vigne et celle de la Pomme-de-terre ont sévi en 1850, mais ne

semblent pas devoir donner de sérieuses inquiétudes. — Les jardins

de la pépinière présentent, entre autres arbres d’agrément,

le _Melia Azedarach_, déjà planté en abondance sur toutes les

promenades des environs de la ville, le _Broussonetia papyrifera_, le

_Gleditschia triacanthos_, l’_Elæagnus angustifolia_, le _Robinia

viscosa_ et l’_Acacia Julibrissin_ ; ce dernier arbre, par une

ramification prématurée, est privé ici du développement qu’il

peut atteindre dans des conditions plus favorables. — Le _Spartium

junceum_ (Genêt-d’Espagne), en raison de sa rapide croissance et

de la vigueur de sa végétation, peut facilement être utilisé pour

former des clôtures de jardins et de vergers. — La magnifique haie

d’_Agave_ qui entoure la pépinière montre le parti que l’on peut

tirer de cette plante pour en former des clôtures impénétrables,

et retenir les terres sur les pentes rapides.

La principale herborisation que nous ayons faite aux environs

de Constantine a été l’exploration de la montagne de

Sidi-Mecid. Aux environs du pont d’El-Kantara se rencontrent

surtout des espèces rudérales. Un peu plus haut, dans les rochers,

M. Durieu de Maisonneuve a découvert l’_Euphorbia calcarea_,

et recueilli le _Daucus gracilis_ dans les terrains en friche. Les

moissons qui couvrent la partie inférieure de la montagne nous ont

offert un grand nombre d’espèces, dont nous donnons plus loin

la liste. Au-dessus des cultures et dans les ravins schisteux se

rencontrent le _Convolvulus Sabatius_, l’_Hedysarum pallidum_ et

l’_Astragalus geniculatus_ ; les pâturages des parties incultes

de la montagne, ou de celles qui n’ont pas été cultivées depuis

plusieurs années, présentent un très grand nombre d’espèces

dont nous donnons également la liste. Sur l’étroit plateau qui

termine la montagne (790 mètres d’altitude) croît en assez grande

abondance le _Reseda Duriæana_, que nous retrouverons fréquemment

dans la région des hauts-plateaux, et nous y rencontrons quelques

pieds du _Rhamnus lycioides_. La pente nord, presque partout taillée

à pic, est composée d’immenses blocs de rochers, dans les fissures

desquels croissent les _Prunus prostrata_, _Brassica Gravinæ_,

_Stachys circinnata_, _Erodium hymenodes_, _Athamanta Sicula_, _Silene

velutina_. — Près de la chute du Rummel, à la base de la montagne

de Sidi-Mecid, des incrustations calcaires ont été déposées par

des sources minérales chaudes ; cette partie des rochers présente

de nombreuses touffes d’une nouvelle espèce du genre _Fumaria_

(_F. Numidica_), bien distincte par la petitesse de ses fleurs du

_F. corymbosa_, qui se plaît dans des localités analogues de la

province d’Oran ; cette espèce, ainsi que l’_Erodium hymenodes_,

se retrouve à l’entrée du ravin du Rummel avec le _Brassica

Gravinæ_ et le _Prunus prostrata_. — Les hauteurs du Mansourah,

qui font face à la montagne de Sidi-Mecid, et que nous n’avons

pu explorer que d’une manière imparfaite, ne nous ont guère

offert que l’_Onobrychis alba_ et le _Reseda Duriæana_. Dans les

endroits frais de cette même montagne, M. Durieu de Maisonneuve

a découvert le _Juncus valvatus_ var. _caricinus_ et le _Juncus

striatus_ var. _macrocephalus_ ; ces deux plantes croissaient

pêle-mêle dans cette station, comme nous les avons retrouvées

depuis au pied des montagnes du Djurdjura ; dans les rochers se

rencontrent le _Campanula Numidica_ et le _Linaria flexuosa_.

_Liste des plantes rudérales observées au voisinage de

Constantine_[9].

Sinapis geniculata Desf.

Diplotaxis erucoides DC.

Senebiera Coronopus L.

Reseda alba L.

Malva sylvestris L.

Erodium moschatum L’Hérit.

Lathyrus Clymenum L.

Ecbalium Elaterium Rich.

Eryngium triquetrum Vahl.

Ridolfia segetum Moris.

Ammi majus L.

Scabiosa maritima L.

Calendula parviflora Rafin.

Galactites tomentosa Mœneh.

Centaurea Calcitrapa L.

— pullata L.

Silybum Marianum Gærtn.

Cynara Cardunculus L.

Carduus pycnocephalus L.

Anacyclus tomentosus DC.

Cichorium Intybus L.

Scolymus Hispanicus L.

Sonchus tenerrimus L.

Echium calycinum Viv.

— plantagineum L.

— Italicum L.

Nonnea nigricans DC.

Alkanna tinctoria Tausch.

Anchusa Italica L.

Borrago officinalis L.

Lithospermum arvense L.

Lycium Barbarum L.

Solanum villosum Lmk.

Hyoscyamus albus L.

Marrubium vulgare L.

Plumbago Europæa L.

Chenopodium murale L.

— opulifolium Schrad.

Polygonum aviculare L.

Euphorbia Peplus L.

— helioscopia L.

Urtica membranacea Poir.

— pilulifera L.

Thelygonum Cynocrambe L.

Chenopodium Vulvaria L.

Asphodelus ramosus L.

Poa annua L.

Lolium perenne L. _var._

_Liste des plantes observées dans les moissons du versant occidental

de la montagne de Sidi-Mecid_.

Adonis æstivalis L.

Ranunculus arvensis L.

Delphinium cardiopetalum DC.

Nigella Damascena L.

— Hispanica L. *_var._ intermedia.

Papaver Rhœas L.

— hybridum L.

Rœmeria hybrida DC.

Glaucium corniculatum Curt.

Fumaria agraria Lagasc.

— parviflora Lmk.

— micrantha Lagasc.

Iberis pectinata Boiss.

Biscutella Apula L.

Sinapis arvensis L.

— amplexicaulis DC.

Brassica Gravinæ Ten. (B. Atlantica Coss. et DR. olim).

Moricandia arvensis DC.

Eruca sativa Lmk.

Diplotaxis muralis DC.

Raphanus Raphanistrum L.

Reseda alba L.

— Luteola L.

Polygala Monspeliaca L.

Silene ambigua Cambess.

— rubella L.

— muscipula L.

— inflata Sm.

— nocturna L.

— Gallica L.

Malope stipulacea Cav.

Malva sylvestris L.

— parviflora L.

Lavatera trimestris L.

Erodium cicutarium L’Hérit.

— malachoides Willd.

Ononis Natrix L.

— breviflora DC.

Medicago orbicularis Willd.

— scutellata Lmk.

— minima Lmk.

— denticulata Willd.

— ciliaris Willd.

— tribuloides Lmk.

Trigonella prostrata DC.

Melilotus sulcata Desf.

Astragalus Pentaglottis L.

— Epiglottis L.

— hamosus L.

Hippocrepis multisiliquosa L.

— ciliata Willd.

Arthrolobium scorpioides DC.

Scorpiurus sulcata L.

Vicia saliva L.

— lutea L. _var._ hirta.

Lathyrus Clymenum L.

Poterium Magnolii Spach.

Herniaria annua Lagasc.

Eryngium triquetrum Vahl.

— campestre L.

Ammi majus L.

*Carum Mauritanicum Boiss. et Reut.

Ridolfia segetum Moris.

Caucalis leptophylla L.

Turgenia latifolia Hoffm.

Daucus maximus Desf.

Scandix australis L.

— Pecten-Veneris L.

Bifora testiculata L.

Galium saccharatum L.

Sherardia arvensis L.

Fedia graciliflora Fisch. et Mey.

Valerianella discoidea Lois.

Echinops spinosus L.

Cynara Cardunculus L.

Galactites tomentosa Mœnch.

Kentrophyllum lanatum DC.

Atractylis cancellata L.

Centaurea Nicæensis All.

— pullata L.

— Calcitrapa L.

Xeranthemum inapertum Willd.

Filago Jussiæi Coss. et Germ.

Micropus supinus L.

— bombycinus Lagasc.

Pallenis spinosa Cass.

Chrysanthemum segetum L.

Anacyclus tomentosus DC.

Cichorium Intybus L.

Scolymus grandiflorus Desf.

— Hispanicus L.

Catananche lutea L.

Rhagadiolus stellatus M. Bieb.

Hedypnois rhagadioloides Pers.

Hyoseris scabra L.

Hyoseris radiata L.

Urospermum Dalechampii Desf.

Anagallis arvensis L.

— linifolia L.

Olea Europæa L.

Convolvulus undulatus Cav.

— arvensis L.

Echium plantagineum L.

Lithospermum arvense L.

Nonnea nigricans DC.

Anchusa Italica L.

Cynoglossum cheirifolium L.

Borrago officinalis L.

Verbascum sinuatum L.

Antirrhinum Orontium L.

Linaria triphylla Willd.

— reflexa Desf.

Salvia viridis L.

— Verbenaca L.

— patula Desf.

Teucrium Polium L.

Ajuga Chamæpitys Schreb.

Plumbago Europæa L.

Plantago Lagopus L.

— Psyllium L.

Chenopodium Vulvaria L.

Polygonum aviculare L.

Rapport sur un voyage botanique en Algérie, de Philippeville à Biskra et dans les Monts Aurès, entrepris en 1853 sous le patronage du Ministère de la guerre · 第 1 / 16 段