ROSALINDE

Vous vous exagérez aussi par trop les choses.

Quoi! pour un peu d'ennui, quelques heures moroses,

Vous lamenter avec ce courroux enfantin!

Moi je rends grâce au dieu qui me fit ce destin

D'avoir aimé, d'aimer l'ingrat, d'aimer encore

L'ingrat qui tient de sots discours, et qui m'adore

Toujours, ainsi, qu'il sied d'ailleurs en ce pays

De Tendre. Oui! Car malgré vos regards ébahis

Et vos bras de poupée inerte, je suis sûre

Que vous gardez toujours ouverte la blessure

Faite par ces yeux-ci, boudeur, à ce coeur-là.

MYRTIL, _attendri_.

Pourtant le jour où cet amour m'ensorcela

Vous fut autant qu'à moi funeste, mon amie.

Croyez-moi, réveiller la tendresse endormie,

C'est téméraire, et mieux vaudrait pieusement

Respecter jusqu'au bout son assoupissement

Qui ne peut que finir par la mort naturelle.

Œuvres complètes - Volume 1 Poèmes Saturniens, Fêtes Galantes, Bonne chanson, Romances sans paroles, Sagesse, Jadis et naguère · 第 220 / 362 题