A HORATIO

Ami, le temps n'est plus des guitares, des plumes,

Des créanciers, des duels hilares à propos

De rien, des cabarets, des pipes aux chapeaux

Et de cette gaîté banale où nous nous plûmes.

Voici venir, ami très tendre, qui t'allumes

Au moindre dé pipé, mon doux briseur de pots,

Horatio, terreur et gloire des tripots,

Cher diseur de jurons à remplir cent volumes,

Voici venir parmi les brumes d'Elseneur

Quelque chose de moins plaisant, sur mon honneur,

Qu'Ophélia, l'enfant aimable qui s'étonne.

C'est le spectre, le spectre impérieux! Sa main

Montre un but et son oeil éclaire et son pied tonne,

Hélas! et nul moyen de remettre à demain!

SONNET BOITEUX

_A Ernest Delahaye_.

Ah! vraiment c'est triste, ah! vraiment ça finit trop mal.

Il n'est point permis d'être à ce point infortuné.

Ah! vraiment c'est trop la mort du naïf animal

Qui voit tout son sang couler sous son regard fané.

Londres fume et crie. O quelle ville de la Bible!

Le gaz flambe et nage et les enseignes sont vermeilles.

Et les maisons dans leur ratatinement terrible

Épouvantent comme un sénat de petites vieilles.

Tout l'affreux passé saute, piaule, miaule et glapit

Dans le brouillard rose et jaune et sale des _sohos_

Avec des _indeeds_ et des _all rights_ et des _hâos_.

Non vraiment c'est trop un martyre sans espérance,

Non vraiment cela finit trop mal, vraiment c'est triste:

O le feu du ciel sur cette ville de la Bible!

Œuvres complètes - Volume 1 Poèmes Saturniens, Fêtes Galantes, Bonne chanson, Romances sans paroles, Sagesse, Jadis et naguère · 第 192 / 362 题