IV

Il faut, voyez-vous, nous pardonner les choses.

De cette façon nous serons bien heureuses,

Et si notre vie a des instants moroses,

Du moins nous serons, n'est-ce pas? deux pleureuses.

O que nous mêlions, âmes soeurs que nous sommes,

A nos voeux confus la douceur puérile

De cheminer loin des femmes et des hommes,

Dans le frais oubli de ce qui nous exile.

Soyons deux enfants, soyons deux jeunes filles

Éprises de rien et de tout étonnées,

Qui s'en vont pâlir sous les chastes charmilles

Sans même savoir qu'elles sont pardonnées.

V

Son joyeux, importun d'un clavecin sonore.

(PÉTRUS BOREL.)

Le piano que baise une main frêle

Luit dans le soir rose et gris vaguement,

Tandis qu'avec un très léger bruit d'aile

Un air bien vieux, bien faible et bien charmant,

Rôde discret, épeuré quasiment,

Par le boudoir longtemps parfumé d'Elle.

Qu'est-ce que c'est que ce berceau soudain

Qui lentement dorlotte mon pauvre être?

Que voudrais-tu de moi, doux chant badin?

Qu'as-tu voulu, fin refrain incertain

Qui va tantôt mourir vers la fenêtre

Ouverte un peu sur le petit jardin?

Œuvres complètes - Volume 1 Poèmes Saturniens, Fêtes Galantes, Bonne chanson, Romances sans paroles, Sagesse, Jadis et naguère · 第 110 / 362 题