Puisque l'aube grandit, puisque voici l'aurore,
Puisque, après m'avoir fui longtemps, l'espoir veut bien
Revoler devers moi qui l'appelle et l'implore,
Puisque tout ce bonheur veut bien être le mien,
C'en est fait à présent des funestes pensées,
C'en est fait des mauvais rêves, ah! c'en est fait
Surtout de l'ironie et des lèvres pincées
Et des mots où l'esprit sans l'âme triomphait.
Arrière aussi les poings crispés et la colère
A propos des méchants et des sots rencontrés;
Arrière la rancune abominable! arrière
L'oubli qu'on cherche en des breuvages exécrés!
Car je veux, maintenant qu'un Être de lumière
A dans ma nuit profonde émis cette clarté
D'une amour à la fois immortelle et première,
De par la grâce, le sourire et la bonté,
Je veux, guidé par vous, beaux yeux aux flammes douces,
Par toi conduit, ô main où tremblera ma main,
Marcher droit, que ce soit par des sentiers de mousses
Ou que rocs et cailloux encombrent le chemin;
Oui, je veux marcher droit et calme dans la Vie,
Vers le but où le sort dirigera mes pas,
Sans violence, sans remords et sans envie.
Ce sera le devoir heureux aux gais combats.
Et comme, pour bercer les lenteurs de la route,
Je chanterai des airs ingénus, je me dis
Qu'elle m'écoutera sans déplaisir sans doute;
Et vraiment je ne veux pas d'autre Paradis.
V
Avant que tu ne t'en ailles,
Pâle étoile du matin,
--Mille cailles
Chantent, chantent dans le thym.--
Tourne devers le poète,
Dont les yeux sont pleins d'amour,
--L'alouette
Monte au ciel avec le jour.--
Tourne ton regard que noie
L'aurore dans son azur;
--Quelle joie
Parmi les champs de blé mûr!--
Puis fais luire ma pensée
Là-bas,--bien loin, oh! bien loin!
--La rosée
Gaîment brille sur le foin.--
Dans le doux rêve où s'agite
Ma vie endormie encor...
--Vite, vite,
Car voici le soleil d'or.--