Ces articles répandent un nouveau jour sur les observations qui viennent
d'être faites; il n'y est pas question de Seigneurs de fief, mais de
_seigneurages_. Pour bien saisir l'énergie de cette derniére
dénomination, on doit se rappeller que l'_hundred_ étoit composé de cent
familles. Chacune de ces familles dressoit un rôle des hommes libres,
des esclaves & des enfans qui avoient plus de 12 ans, & le présentoit au
Gouverneur de l'hundred, qui faisoit avec 12 anciens élus par toutes les
familles, deux fois par an, les Réglemens provisoires & économiques pour
la distribution des travaux nécessaires à l'exploitation des terres,
Réglemens que chaque Chef de famille faisoit exécuter dans son district.
Or ces Chefs de famille étoient ce qu'on appelloit _seigneurage_, ils ne
pouvoient éxiger des Colons, qui leur étoient subordonnés, de plus
grands travaux que ceux que l'_hundred_ avoit déterminés. Ces Colons
appartenoient si peu à ces Chefs, que ceux-ci ne pouvoient les renvoyer,
tant qu'ils étoient en état de travailler; & lorsqu'un de ces Colons
mouroit ou s'enfuyoit, le Chef de la famille étoit obligé de le faire
remplacer, ou à son défaut, le Tribunal supérieur de l'_hundred_
substituoit quelqu'un à l'emploi du défunt ou du fugitif. Certainement
cet ordre n'offre rien d'approchant de celui qui a de tout temps
constitué l'économie féodale. _Les seigneurages_ étoient si peu maîtres
des fonds, qu'ils n'avoient pas même la liberté d'exempter un des
membres de leur familles de concourir à la culture des terres dont
l'exploitation leur avoit été confiée.