Le Roi Edouard, qui régnoit en 961, par un de ses Capitulaires rapportés
par Selden dans ses notes sur l'histoire d'Eadmer, défend aux Abbés &
aux Abbesses d'amasser pour payer après le décès de leurs prédecesseurs
le cens appellé _hergeate_, _heriet_, ou _heriot_, cens qui se levoit
sur la succession des Grands du Royaume au profit du Roi.
Britton, chapitre 69, parle de ce cens sous le nom _d'heriet_; c'est,
selon lui, un droit qu'ont _certains Seigneurs de fonds de prendre_
_pour eux après la monde celui qui les a possédés, la meilleure bête qui
se trouve parmi ses avoirs_: mais, ajoute-t-il, ce droit _de rien ne
touche le Seigneur ne le heire, ne son heritage, ne nul comparison ad a
relefe; car ils l'ont pluis de grace que de droit, & pluis de villeins
que de fraunks_.
De ceci il résulte donc que les Traducteurs des loix d'Edouard, au temps
du Conquérant, ont confondu l'_hergeate_ avec le relief Normand. Car le
relief fixé pour le Comte, le Baron, le Vavasseur, par ces loix, ne
pouvoit servir à maintenir les héritiers de ces différentes sortes de
personnes, ni dans l'état ni dans les fonds de leurs peres, puisque sous
Edouard le Confesseur ces titres de dignité n'étoient pas connus des
Anglois, que les offices _des Tanes des Aldermans &c._ n'étoient point
héréditaires, & qu'il n'y avoit point de terres attachées à ces offices.
_Comes_, dit Camden, _saxones nostri quos suâ linguâ ealderman, latine
comites & consules dixerunt, eosdem que eorlas id est honoratos sua
lingua dani vocarunt.... Post Vvillelmi Normani adventum primum feudales
hæreditarii & patrimoniales esse ceperunt, primo sine loci nomine, dein
loci nomine adjuncto, & tertio comitatus denario id est tertia parte
mulctarum regis ex placitis accrescentium illis assignato._
Ainsi il ne faut pas donner à ces noms de _Comtes_, _de Barons_, _de
Vavasseurs_, employés dans les loix d'Edouard, la signification que ces
noms ont actuellement parmi nous & en Angleterre; on doit au contraire
les considérer comme indiquans seulement les personnes qui occupoient le
premier rang dans l'ordre civil sous Edouard; c'est-à-dire, les
Gouverneurs de l'_hundred_, les chefs de chaque famille de l'_hundred_ &
les hommes libres qui tenant de l'_hundred_ des fonds à ferme, étoient
incorporés dans une des cent familles dont l'_hundred_ étoit
ordinairement composé.