Samedi dernier, les _Annales politiques et littéraires_, notre brillant
confrère dont l'hôtel voisine, rue Saint-Georges, avec celui de
l'_Illustration_, fêtaient, dans les salons de l'Hôtel Continental, leur
cent millième abonné. Pour dire le succès de cette fête, qu'il nous
suffise de mentionner que cinq ministres y assistaient MM. Chaumié,
Delcassé, Dubief, Merlou, Dujardin-Beaumetz; quant aux littérateurs,
musiciens, peintres, sculpteurs, qui s'étaient mêlés au parterre des
notabilités mondaines--un parterre d'environ 3.000 personnes--il nous
serait difficile de les nommer: ils y étaient tous, pour assister au
programme de comédie, de musique, de chant et de danse que M. et Mme
Adolphe Brisson avaient, composé avec un goût ingénieux et délicat. Les
cent mille abonnés n'y étaient naturellement pas tous, mais ils étaient
largement représentés. On a chaleureusement applaudi, entre autres, des
artistes du Théâtre Français: Mlles Leconte et Delvair, M. Mounet-Sully,
dans la partie dramatique, et M. Georges Courteline interprétant
lui-même une de ses meilleures comédies; on a associé, dans des
acclamations enthousiastes, le talent délicieux et le timbre d'or de Mme
Marguerite Carré, que tous connaissaient, et qu'accompagnait M.
Massenet, et la voix merveilleuse d'une cantatrice qu'on n'avait pas
encore entendue à Paris, Mlle Farrar.
[Illustration: Mlle Géraldine Farrar.--_Phot. Paul Boyer._]
Mlle Géraldine Farrar, d'origine américaine, possédée toute jeune de la
vocation du chant, vint, il y a six ans--elle en avait alors dix-sept---
étudier à Paris pendant deux ans, et alla se perfectionner à Berlin, où
elle eut tout de suite un long engagement à l'Opéra impérial. Cette
année, profitant d'un bref congé, elle vient de créer _A mica_, de
Mascagni, à Monte-Carlo. Mlle Farrar, qui parle--et chante--également en
anglais, en allemand, en italien et en français, était venue pour
vingt-quatre heures à Paris, afin de prêter son concours à la fête des
_Annales_. Elle est aussitôt repartie pour Berlin. Mais elle projette,
dit-on, de se perfectionner encore dans notre langue et de ne plus
chanter qu'en français.
[Illustration: M Camille Blanc. Prince de Monaco, Prince de Bulgarie.
Inauguration de l'Exposition des canots automobiles de Monaco.]