J'EN avais fini avec les jours heureux; cette courte pastorale achevée,
je retombai dans de grands soucis. A peine installés dans le petit hôtel
qui devait leur servir de pied-à-terre à Paris, Madeleine et M. de
Nièvres se mirent à recevoir, et le mouvement du monde fit irruption
dans notre vie commune.
«Je serai chez moi une fois par semaine pour les étrangers, me dit
Madeleine; pour vous, j'y suis tous les jours. Je donne un bal la
semaine prochaine; y viendrez-vous?
--Un bal!... Cela ne me tente guère.
--Pourquoi? Le monde vous fait peur?
--Absolument comme un ennemi.
--Et moi, reprit-elle, croyez-vous donc que j'en sois bien éprise?
--Soit. Vous me donnez l'exemple, et je vous obéirai.»
Le soir indiqué, j'arrivai de bonne heure. Il n'y avait encore qu'un
très petit nombre d'invités réunis autour de Madeleine, près de la
cheminée du premier salon. Quand elle entendit annoncer mon nom, par un
élan de familiarité qu'elle ne tenait nullement à réprimer, elle fit un
mouvement vers moi qui l'isola de son entourage et me la montra de la
tête aux pieds comme une image imprévue de toutes les séductions.
C'était la première fois que je la voyais ainsi, dans la tenue splendide
et indiscrète d'une femme en toilette de bal. Je sentis que je changeais
de couleur, et qu'au lieu de répondre à son regard paisible, mes yeux
s'arrêtaient maladroitement sur un noeud de diamants qui flamboyait à
son corsage. Nous demeurâmes une seconde en présence, elle interdite,
moi fort troublé. Personne assurément ne se douta du rapide échange
d'impressions qui nous apprit, je crois, de l'un à l'autre que de
délicates pudeurs étaient blessées. Elle rougit un peu, sembla
frissonner des épaules, comme si subitement elle avait froid, puis,
s'interrompant au milieu d'une phrase qui ne voulait rien dire, elle se
rapprocha de son fauteuil, y prit une écharpe de dentelles, et le plus
naturellement du monde elle s'en couvrit. Ce seul geste pouvait
signifier bien des choses; mais je voulus n'y voir qu'un acte ingénu de
condescendance et de bonté qui me la rendit plus adorable que jamais et
me bouleversa pour le reste de la soirée. Elle-même en garda pendant
quelques minutes un peu d'embarras. Je la connaissais trop bien
aujourd'hui pour m'y tromper. Deux ou trois fois je la surpris me
regardant sans motif, comme si elle eût été encore sous l'empire d'une
sensation qui durait; puis des obligations de politesse lui rendirent
peu à peu son aplomb. Le mouvement du bal agit sur elle et sur moi en
sens contraire: elle devint parfaitement libre et joyeuse; quant à moi,
je devins plus sombre à mesure que je la voyais plus gaie, et plus
troublé à mesure que je découvrais en elle des attraits extérieurs qui
d'une créature presque angélique faisaient tout simplement une femme
accomplie.
Elle était admirablement belle, et l'idée que tant d'autres le savaient
aussi bien que moi ne fut pas longue à me saisir le coeur aigrement.
Jusque-là, mes sentiments pour Madeleine avaient par miracle échappé à
la morsure des sensations venimeuses. «Allons, me dis-je, un tourment de
plus!» Je croyais avoir épuisé toutes les faiblesses. Mon amour
apparemment n'était pas complet: il lui manquait un des attributs de
l'amour, non pas le plus dangereux, mais le plus laid.
Je la vis entourée; je me rapprochai d'elle. J'entendis autour de moi
des mots qui me brûlèrent; j'étais jaloux.
Être jaloux, on ne l'avoue guère; ces sensations ne sont pas cependant
de celles que je désavoue. Il est bon que toute humiliation profite, et
celle-ci m'éclaira sur bien des vérités; elle m'aurait rappelé, si
j'avais pu l'oublier, que cet amour exalté, contrarié, malheureux,
légèrement gourmé et tout près de se piquer d'orgueil, ne s'élevait pas
de beaucoup au-dessus du niveau des passions communes, qu'il n'était ni
pire ni meilleur, et que le seul point qui lui donnait l'air d'en
différer, c'était d'être un peu moins possible que beaucoup d'autres.
Quelques facilités de plus l'auraient infailliblement fait descendre de
son piédestal ambitieux; et comme tant de choses de ce monde dont
l'unique supériorité vient d'un défaut de logique ou de plénitude, qui
sait ce qu'il serait devenu, s'il avait été moins déraisonnable ou plus
heureux?
«Vous ne dansez pas, me dit Madeleine un peu plus tard en me rencontrant
sur son passage, et je m'y trouvais souvent sans le vouloir.
--Non, je ne danserai pas, lui dis-je.
--Pas même avec moi? reprit-elle avec un peu d'étonnement.
--Ni avec vous ni avec personne.
--Comme vous voudrez», dit-elle en répondant sèchement à mes airs
bourrus.
Je ne lui parlai plus de la soirée, et je l'évitai, tout en la perdant
de vue le moins possible.
Olivier n'arriva qu'après minuit. Je causais avec Julie, qui n'avait
dansé qu'à contre-coeur et ne dansait plus, quand il entra calme,
aisé, souriant, les yeux armés de ce regard direct dont il se couvrait
comme d'une épée tendue chaque fois qu'il se trouvait en présence de
visages nouveaux, et surtout de visages de femmes. Il alla serrer la
main de Madeleine. Je l'entendis s'excuser de ce qu'il arrivait si tard;
puis il fit le tour du salon, salua deux ou trois femmes dont il était
connu, s'approcha de Julie, et, s'asseyant familièrement à côté d'elle:
«Madeleine est très bien..... Et toi aussi, tu es très bien, ma petite
Julie, dit-il à sa cousine avant même d'avoir examiné sa toilette.
Seulement, reprit-il sur le même ton de lassitude ennuyée, tu as là des
noeuds roses qui te brunissent un peu trop.»
Julie ne bougea pas. D'abord elle eut l'air de ne pas entendre, puis
elle fixa lentement sur Olivier l'émail bleu noir de ses prunelles sans
flamme, et après quelques secondes d'un examen capable de déraciner même
la ferme constance d'Olivier:
«Voulez-vous me conduire auprès de ma soeur?» me dit-elle en se
levant.
Je fis ce qu'elle voulait, après quoi je me hâtai de rejoindre Olivier.
«Tu as blessé Julie? lui dis-je.
--C'est possible, mais Julie m'agace.» Et puis il me tourna le dos pour
couper court à toute insistance.
J'eus le courage, était-ce un courage? de rester jusqu'à la fin du bal.
J'avais besoin de revoir Madeleine presque seul à seul, et de la
posséder plus étroitement après le départ de tant de gens qui se
l'étaient pour ainsi dire partagée. J'avais supplié Olivier de
m'attendre en lui représentant qu'il avait d'ailleurs à réparer sa venue
tardive. Bonne ou mauvaise, cette dernière raison, dont il n'était pas
dupe, eut l'air de le décider. Nous étions, l'un vis-à-vis de l'autre,
dans ces veines de cachotterie qui faisaient de notre amitié, toujours
très clairvoyante, la chose la plus inégale et la plus bizarre. Depuis
notre départ pour les Trembles, surtout depuis notre retour à Paris,
quelque jugement qu'il portât sur ma conduite, il semblait avoir adopté
le parti de me laisser agir sans tutelle. Il était trois ou quatre
heures du matin. Nous nous étions comme oubliés dans un petit salon, où
quelques joueurs obstinés s'attardaient encore. Quand enfin, n'entendant
plus de bruit, nous en sortîmes, il n'y avait plus ni musiciens, ni
danseurs, ni personne. Madame de Nièvres, assise au fond du grand salon
vide, causait vivement avec Julie, pelotonnée comme une chatte dans un
fauteuil. Elle fit une exclamation de surprise en nous voyant apparaître
au milieu de ce désert, à pareille heure, après cette interminable nuit
si mal employée. Elle était lasse. Des traces de fatigue entouraient ses
beaux yeux et leur donnaient cet éclat extraordinaire qui succède à des
soirées de fête. M. de Nièvres était au jeu, M. d'Orsel y était aussi.
Elle était seule avec Julie; j'étais seul debout, appuyé sur le bras
d'Olivier. Les bougies s'éteignaient. Un demi-jour rougeâtre tombant de
haut ne formait plus qu'une sorte de brouillard lumineux, composé de la
fine poussière odorante et des impalpables vapeurs du bal. Il y avait
sur les meubles, sur les tapis, des débris de fleurs, des bouquets
défaits, des éventails oubliés, avec des carnets sur lesquels on venait
d'inscrire des contredanses. Les dernières voitures roulaient dans la
cour de l'hôtel; j'entendais relever les marchepieds et le bruit sec des
panneaux vitrés qu'on fermait.
Je ne sais quel rapide retour vers une autre époque où nous nous étions
si souvent trouvés tous les quatre en pareil rapprochement, mais dans
des situations si différentes et dans une simplicité de coeur à tout
jamais perdue, me fit jeter les yeux autour de moi et résumer en une
seule sensation tout ce que je vous dis là. Je me détachai assez de
moi-même pour envisager, comme un spectateur au théâtre, ce tableau
singulier composé de quatre personnages groupés intimement à la fin d'un
bal, s'examinant, se taisant, donnant le change à leurs pensées par un
mot banal, voulant se rapprocher dans l'ancienne union et trouvant un
obstacle, essayant de s'entendre comme autrefois et ne le pouvant plus.
Je sentis parfaitement le drame obscur qui se jouait entre nous. Chacun
y tenait un rôle, dans quelle mesure? je l'ignorais; mais j'avais assez
de sang-froid désormais pour affronter les dangers de mon propre rôle,
le plus périlleux de tous, du moins je le croyais, et j'allais avec
audace rentrer dans les souvenirs du passé en proposant de finir la nuit
par un des jeux qui nous amusaient chez ma tante, quand, les derniers
joueurs partis, M. d'Orsel et M. de Nièvres revinrent au salon.
M. d'Orsel nous traitait tous comme des enfants, y comprit sa fille
aînée que par un calcul de tendresse il se plaisait à rajeunir encore et
remettait en minorité par des noms qui rappelaient le couvent. M. de
Nièvres entra plus froidement, et la vue de ce quatuor intime sembla
produire sur lui un tout autre effet. Je ne sais si ce fut imaginaire ou
réel, mais je le trouvai guindé, sec et tranchant. Son maintien me
déplut. Avec sa cravate un peu haute, sa mise irréprochable, cet air
toujours un peu particulier d'un homme en tenue de cérémonie qui vient
de recevoir et se sent chez lui, il ressemblait encore moins au chasseur
aimable et négligé qui avait été mon hôte aux Trembles, que Madeleine,
avec la rosace étincelante de son corsage et sa magnifique chevelure
étoilée de diamants, ne ressemblait à la modeste et intrépide marcheuse
qui nous suivait, un mois auparavant, sous la pluie, les pieds dans la
mer. Était-ce seulement un changement de costume? était-ce plutôt un
changement d'esprit? Il avait repris cette allure un peu compassée,
surtout ce ton supérieur, qui m'avaient si fortement frappé le soir où,
pour la première fois, dans le salon d'Orsel, je le surpris faisant
solennellement sa cour à Madeleine. Je crus sentir en lui des froideurs
de coup d'oeil que je ne connaissais pas, et je ne sais quelle
assurance orgueilleuse dans sa situation de mari qui m'apprenait encore
une fois que Madeleine était sa femme et que je n'étais rien. Que ce fût
ou non l'ingénieuse erreur d'un coeur malade, il y eut un moment où
cette dernière leçon me parut si claire que je n'en doutai plus. Nos
adieux furent brefs. Nous sortîmes. Nous nous jetâmes dans une voiture.
J'eus l'air de dormir; Olivier m'imita. Je récapitulai tout ce qui
s'était passé dans cette soirée, qui, je ne sais pourquoi, me paraissait
contenir le germe de beaucoup d'orages; puis je pensai à M. de Nièvres,
à qui je croyais avoir pour toujours pardonné, et je m'aperçus nettement
que je le détestais.
Je fus plusieurs jours, une semaine au moins, sans donner signe de vie à
Madeleine. Je profitai d'une circonstance où je la savais absente pour
déposer ma carte chez elle. Cette dette de politesse réglée, je me crus
quitte envers M. de Nièvres. Quant à madame de Nièvres, je lui en
voulais: de quoi? je ne me l'avouai pas; mais ce cruel dépit me donna
momentanément la force de l'éviter.
A partir de ce jour, le mouvement de Paris nous saisit, et nous fûmes
entraînés dans ce tourbillon où les plus fortes têtes risquent de
s'étourdir, où les coeurs les plus robustes ont mille chances pour
une de faire naufrage. Je ne savais presque rien du monde, et, après
l'avoir fui pendant une année, je m'y trouvais introduit tout à coup
dans le salon de madame de Nièvres, c'est-à-dire avec toutes les raisons
possibles de le subir. J'avais beau lui répéter que je n'étais pas fait
pour une pareille vie; elle n'aurait eu qu'une chose à me répondre:
«Allez-vous-en»; mais c'était un conseil qui peut-être lui aurait coûté,
et que dans tous les cas je n'aurais pas suivi. Elle entendait me
présenter dans la plupart des salons où elle allait. Elle souhaitait que
je fusse aussi exact dans ces devoirs tout artificiels qu'on était en
droit de l'exiger, disait-elle, d'un homme bien né, produit sous son
patronage. Souvent elle exprimait seulement un désir poli dont mon
imagination, habile à tout transformer, me faisait des ordres. Blessé
partout, sans cesse malheureux, je la suivais toujours, ou, quand je ne
la suivais plus, je la regrettais, je maudissais ceux qui me disputaient
sa présence, et je me désespérais.
Quelquefois je me révoltais sincèrement contre des habitudes qui me
dissipaient sans fruit, n'ajoutaient pas grand'chose à mon bonheur, et
m'ôtaient un reste de raison. Je haïssais cordialement les gens dont je
me servais cependant pour arriver jusqu'à Madeleine, quand la prudence
ou d'autres motifs m'éloignaient de sa maison. Je sentais, et je n'avais
pas tort, qu'ils étaient les ennemis de Madeleine autant que les miens.
Cet éternel secret, ballotté dans de pareils milieux, devait, à n'en
pas douter, jeter, comme un foyer en plein vent, des étincelles
imprudentes qui le trahissaient. On devait le connaître, du moins on
pouvait l'apprendre. Il y avait une foule de gens dont je me disais avec
fureur: «Ceux-là, j'en suis sûr, sont mes confidents.» Que pouvais-je
attendre d'eux? Des conseils? Je les connaissais pour les avoir reçus
déjà de la seule personne dont l'amitié me les rendît supportables,
d'Olivier. Des complicités et des complaisances? Non, cent fois non.
J'en étais plus effrayé que je ne l'eusse été d'une vaste inimitié
conjurée contre mon bonheur, à supposer que ce triste et famélique
bonheur eût pu faire envie à qui que ce fût.
A Madeleine, je ne disais que la moitié de la vérité. Je ne lui cachais
rien de mon aversion pour le monde, sauf à lui déguiser le motif tout
personnel de certains griefs. Quand il s'agissait de juger le monde
d'une façon plus générale, indépendamment du perpétuel soupçon qui me le
faisait considérer en masse comme un voleur de mon bien, alors je
donnais cours à mes invectives avec une joie féroce. Je le dépeignais
comme hostile à ce que j'aimais, comme indifférent pour tout ce qui est
bien et plein de mépris pour ce qu'il y a de plus respectable en fait de
sentiments comme en fait d'opinions. Je lui parlais de mille spectacles
dont tout homme de sens devait être blessé, de la légèreté des maximes,
de la légèreté plus grande encore des passions, de la facilité des
consciences, pour quelque prix que ce fût d'ambition, de gloire ou de
vanité. Je lui signalais cette façon libre d'envisager non-seulement un
devoir, mais tous les devoirs, cet abus de mots, cette confusion de
toutes les mesures, qui fait qu'on pervertit les idées les plus simples,
qu'on arrive à ne plus s'entendre sur rien, ni sur le bien, ni sur le
vrai, ni sur le mauvais, ni sur le pire, et qu'il n'y a pas plus de
distance appréciable entre la gloire et la vogue que de limite bien
nette entre les scélératesses et les étourderies. Je lui disais que ce
culte léger pour les femmes, ces adorations mêlées de badinages
cachaient au fond un universel mépris, et que les femmes avaient bien
tort de garder vis-à-vis des hommes des apparences de vertu, quand les
hommes ne gardaient plus vis-à-vis d'elles le moindre semblant d'estime.
«Tout cela est hideux, lui disais-je, et si j'avais à sauver une seule
maison dans cette ville de réprouvés, il n'y en a qu'une que je
marquerais de blanc.
--Et la vôtre? disait Madeleine.
--La mienne aussi, uniquement pour me sauver avec vous.»
A la fin de ces longs anathèmes, Madeleine souriait assez tristement. Je
savais bien qu'elle était de mon avis, elle qui était la sagesse, la
droiture et la vérité même, et cependant elle hésitait à me donner
raison, parce que depuis longtemps déjà elle se demandait si, en disant
beaucoup de choses vraies, je disais tout. Depuis quelque temps, elle
affectait de ne me parler qu'avec retenue de cette autre portion de ma
vie de jeune homme qui ne faisait pas partie de la sienne, mais qui n'en
était pas moins blanche de tout mystère. Elle savait à peine où je
demeurais, du moins elle avait l'air ou de l'ignorer ou de l'oublier.
Jamais elle ne me questionnait sur l'emploi des soirées qui ne lui
appartenaient pas, et sur lesquelles il lui convenait pour ainsi dire de
laisser planer quelques doutes. Au milieu même de ces habitudes
décousues, qui réduisaient mon sommeil à peu de chose et me tenaient
dans un continuel état de fièvre, j'avais retrouvé une sorte d'énergie
maladive, et je dirai presque un insatiable appétit d'esprit, qui
m'avaient rendu le goût du travail plus piquant. En quelques mois,
j'avais réparé à peu près le temps perdu, et sur ma table il y avait,
comme un tas de gerbes dans une aire, une nouvelle récolte amassée, dont
le produit seul était douteux. C'était le seul point peut-être dont
Madeleine me parlât avec abandon; mais ici c'était moi qui élevais des
barrières. De mes occupations d'esprit, de mes lectures, de mon travail,
et Dieu sait avec quelle orgueilleuse sollicitude elle en suivait le
cours! je lui faisais connaître un seul détail, toujours le même:
j'étais mécontent. Ce mécontentement absolu des autres et de moi-même en
disait beaucoup plus qu'il ne fallait pour l'éclairer. Si quelque
circonstance encore restait dans l'ombre, en dehors d'une amitié qui,
sauf un secret immense, n'avait pas de secret, c'est que Madeleine en
jugeait l'explication inutile ou peu prudente. Il y avait entre nous un
point délicat, tantôt dans le doute et tantôt dans la lumière, qui
demandait, comme toutes les vérités dangereuses, à n'être pas éclairci.
Madeleine était avertie, il était impossible qu'elle ne le fût pas;
depuis combien de temps? Peut-être depuis le jour où, respirant
elle-même un air plus agité, elle y avait senti passer des chaleurs qui
n'étaient plus à la température de notre ancienne et calme amitié. Le
jour où je crus avoir la certitude de ce fait, cela ne me suffit pas. Je
voulus en tenir la preuve et forcer pour ainsi dire Madeleine elle-même
à me la donner. Je ne m'arrêtai pas une seule minute à la pensée qu'un
pareil manège était détestable, méchant et odieux. Je la pressai de
questions muettes. A mille sous-entendus qui nous permettaient, comme
aux gens qui se connaissent à fond, de nous comprendre à demi-mot, j'en
ajoutai de plus précis. Nous marchions prudemment sur un terrain semé de
pièges: j'y dressai des embûches à tous les pas. Je ne sais quelle envie
perverse me prit de la gêner, de l'assiéger, de la contraindre dans sa
dernière réserve. Je voulais me venger de ce long silence imposé d'abord
par timidité, puis par égard, puis par respect, enfin par pitié. Ce
masque porté depuis trois ans m'était insupportable; je le jetai. Je ne
craignais pas que la lumière se fît entre nous. Je souhaitais presque
une explosion qui devait la couvrir de terreur, et quant à son repos,
que cette aveugle et homicide indiscrétion pouvait tuer, je l'oubliais.
Ce fut une crise humiliante, et dont j'aurais de la peine à vous rendre
compte. Je ne souffrais presque plus, tant j'étais buté contre une idée
fixe. J'agissais en sens direct, l'esprit clair, la conscience fermée,
comme s'il se fût agi d'une partie d'escrime où je n'aurais joué que
mon amour-propre.
A cette stratégie insensée, Madeleine opposa tout à coup des moyens de
défense inattendus. Elle y répondit par un calme parfait, par une
absence totale de finesse, par des ingénuités que rien ne pouvait plus
entamer. Elle éleva doucement entre nous comme un mur d'acier d'une
froideur et d'une résistance impénétrables. Je m'irritais contre ce
nouvel obstacle et ne pouvais le vaincre. J'essayais de nouveau de me
faire comprendre; toute intelligence avait cessé. J'aiguisais des mots
qui n'arrivaient pas jusqu'à elle. Elle les prenait, les relevait, les
désarmait par une réponse sans réplique; comme elle eût fait d'une
flèche adroitement reçue, elle en ôtait le trait acéré qui pouvait
blesser. Le résumé de son maintien, de son accueil, de ses poignées de
main affectueuses, de ses regards excellents, mais courts et sans
portée, en un mot le sens de toute sa conduite admirable et désespérante
de force, de simplicité et de sagesse, était celui-ci: «Je ne sais rien,
et si vous avez cru que je devinais quelque chose, vous vous êtes
trompé.»
Je disparaissais alors pour quelque temps, honteux de moi-même, furieux
d'impuissance, aigri, et, quand je revenais à elle avec des idées
meilleures et des intentions de repentir, elle n'avait pas plus l'air de
comprendre celles-ci qu'elle n'avait admis les autres.
Ceci se passait au milieu des entraînements mondains, qui s'étaient,
cette année-là, prolongés jusqu'au milieu du printemps. Je comptais
quelquefois sur les accidents de cette vie affaiblissante pour
surprendre Madeleine en défaut et me rendre maître enfin de cet esprit
si sûr de lui. Il n'en fut rien. J'étais à moitié malade d'impatience.
Je ne savais presque plus si j'aimais Madeleine, tant cette idée
d'antagonisme, qui me faisait sentir en elle un adversaire, se
substituait à toute autre émotion et me remplissait le coeur de
passions mauvaises. Il y a des journées de plein été poudreuses,
nuageuses, avec des soleils blancs et des bises du nord, qui ressemblent
à cette période violente, tantôt brûlante et tantôt glacée, où je crus
un moment que ma passion pour Madeleine allait finir, et de la plus
triste façon, par un dépit.
Il y avait plusieurs semaines que je ne l'avais vue. J'avais usé mes
rancunes dans un travail acharné. J'attendais qu'elle me fît signe de
reparaître. J'avais rencontré M. de Nièvres une fois; il m'avait dit:
«Que devenez-vous?» ou bien: «On ne vous voit plus.» L'une ou l'autre de
ces formules que j'oublie n'était pas une invitation bien pressante à
revenir. Je tins bon pendant quelques jours encore; mais un pareil
éloignement devenait un état négatif qui pouvait durer indéfiniment sans
rien décider. Enfin je pris le parti de brusquer les choses. Je courus
chez Madeleine; elle était seule. J'entrai rapidement, sans avoir d'idée
bien arrêtée sur ce que j'allais dire ou faire, mais avec le projet
formel de briser cette armure de glace et de chercher dessous si le
coeur de mon ancienne amie vivait toujours.
Je la trouvai dans son boudoir, dont le seul grand luxe était des
fleurs, près d'un petit guéridon, dans la tenue la plus simple, assise
et brodant. Elle était sérieuse, elle avait les yeux un peu rouges,
comme si les nuits précédentes elle avait beaucoup veillé, ou qu'elle
eût pleuré quelques minutes auparavant. Elle avait ces airs paisibles et
recueillis qui lui revenaient quelquefois dans ses moments de retour sur
elle-même et faisaient revivre en elle la pensionnaire d'autrefois. Avec
sa robe montante, toutes ces fleurs qui l'entouraient, les fenêtres
ouvertes et donnant sur des arbres, on l'eût dite encore dans son jardin
d'Ormesson.
Cette transfiguration complète, cette attitude attristée, soumise, pour
ainsi dire à moitié vaincue, m'ôta toute idée de triomphe et fit tomber
subitement mes audaces.
«Je suis bien coupable envers vous, lui dis-je, et je viens m'excuser.
--Coupable? vous excuser? dit-elle en cherchant à se remettre un peu de
sa surprise.
--Oui, je suis un fou, un ami cruel et désolé qui vient se mettre à vos
pieds, vous demander son pardon.....
--Mais qu'ai-je donc à vous pardonner? reprit-elle, un peu effrayée de
cette chaleureuse invasion dans la tranquillité de sa retraite.
--Ma conduite passée, tout ce que j'ai fait, tout ce que j'ai dit, avec
la stupide intention de vous blesser.»
Elle avait repris son calme.
«Vous vous imaginez des choses qui ne sont pas, ou du moins ce sont des
torts si légers que je ne m'en souviendrai plus le jour où je sentirai
que vous les oubliez. Savez-vous le seul tort que vous ayez eu? C'est de
m'abandonner depuis un mois. Il y a un mois aujourd'hui, je crois,
dit-elle en ne me cachant pas qu'elle observait les dates, que nous nous
sommes quittés un soir, vous me disant à demain.
--Je ne suis pas revenu, c'est vrai; mais ce n'est pas de cela que je
m'accuse avec chagrin, non, je m'accuse mortellement.....
--De rien, dit-elle en m'interrompant impérieusement. Et depuis lors,
reprit-elle aussitôt, qu'êtes-vous devenu? Qu'avez-vous fait?
--Beaucoup de choses et peu de chose; cela dépendra du résultat.
--Et puis?
--Et puis c'est tout», lui dis-je en voulant faire comme elle et rompre
l'entretien où cela me convenait.
Il y eut quelques secondes d'un silence embarrassant, après quoi
Madeleine se mit à me parler sur un ton tout à fait naturel et très
doux.
«Vous êtes d'un caractère malheureux et difficile. On a de la peine à
vous comprendre et plus de peine encore à vous assister. On voudrait
vous encourager, vous soutenir, quelquefois vous plaindre; on vous
interroge, et vous vous renfermez.
--Que voulez-vous que je vous dise, sinon que celui en qui vous aviez
confiance n'émerveillera personne et trompera, j'en ai peur, l'espoir
obligeant de ses amis?
--Pourquoi tromperiez-vous l'espoir de ceux qui vous veulent une
position digne de vous? continua Madeleine en se rassurant tout à fait
sur un terrain qui lui semblait beaucoup plus ferme.
--Oh! pour une raison bien simple: c'est que je n'ai aucune ambition.
--Et ce beau feu de travail qui vous prend par accès?
--Il dure un peu, flambe extraordinairement vite et fort, et puis
s'éteint. Cela durera quelques années encore, après quoi, l'illusion
ayant cessé, la jeunesse étant loin, je verrai nettement qu'il faut en
finir avec ces duperies. Alors je mènerai la seule vie qui me convienne,
une vie de dilettantisme agréable dans quelque coin retiré de la
province, où les stimulants et les remords de Paris ne m'atteindront
pas. J'y vivrai de l'admiration du génie ou du talent des autres, ce qui
suffit amplement pour occuper les loisirs d'un homme modeste qui n'est
pas un sot.
--Ce que vous dites là est insoutenable, reprit-elle avec beaucoup de
vivacité; vous prenez plaisir à tourmenter ceux qui vous estiment. Vous
mentez.
--Rien n'est plus vrai, je vous le jure. Je vous ai dit autrefois, il
n'y a pas longtemps, que je me sentais des velléités non pas d'être
quelqu'un, ce qui est, selon moi, un non sens, mais de produire, ce qui
me paraît être la seule excuse de notre pauvre vie. Je vous l'ai dit, et
je l'essayerai: ce ne sera pas, entendez-le bien, pour en faire profiter
ni ma dignité d'homme, ni mon plaisir, ni ma vanité, ni les autres, ni
moi-même, mais pour expulser de mon cerveau quelque chose qui me gêne.»
Elle sourit à cette bizarre et vulgaire explication d'un phénomène assez
noble.
«Quel homme singulier vous faites avec vos paradoxes! Vous analysez tout
au point de changer le sens des phrases et la valeur des idées. J'aimais
à croire que vous étiez un esprit mieux organisé que beaucoup d'autres,
et meilleur par beaucoup de points. Je vous croyais peu de volonté, mais
avec un certain don d'inspiration. Vous avouez que vous êtes sans
volonté, et, de l'inspiration, voilà que vous faites un exorcisme.
--Appelez les choses du nom que vous voudrez», lui dis-je, et je la
suppliai de changer de conversation.
Changer de conversation n'était pas possible; il fallait revenir au
point de départ ou continuer. Elle crut plus sûr apparemment de parler
raison. Je la laissai dire, et ne répondis plus que par la formule
absolue du découragement total:--A quoi bon?
«Vous parlez en ce moment comme Olivier, disait Madeleine, et personne
au contraire ne lui ressemble moins.
--Le croyez-vous? lui-dis-je en la regardant tout à coup assez
passionnément pour la dominer de nouveau; croyez-vous qu'en effet nous
soyons si différents? Je crois, au contraire, que nous nous ressemblons
beaucoup. Nous obéissons l'un et l'autre exclusivement, aveuglément, à
ce qui nous charme. Ce qui nous charme est pour lui, comme pour moi,
plus ou moins impossible à saisir, ou chimérique, ou défendu. Cela fait
qu'en suivant des chemins très opposés nous nous rencontrerons un jour
au même but, tous deux découragés et sans famille», ajoutai-je, en
disant le mot de famille au lieu d'un mot plus clair encore qui me vint
aux lèvres.
Madeleine avait les yeux baissés sur sa broderie, qu'elle piquait un peu
au hasard de son aiguille. Elle avait complètement changé de visage,
d'allure; son air, encore une fois soumis et désarmé, m'attendrit
jusqu'à me faire oublier le but insensé de ma visite.
«Comprenez-moi bien, reprit-elle avec un léger trouble dans la voix. Il
y a pour tout le monde, on le dit, je le crois..... (elle hésitait un
peu sur le choix des mots) il y a un moment difficile pendant lequel on
doute de soi, quand ce n'est pas des autres. Le tout est d'éclaircir ses
doutes et de se résoudre. Le coeur a quelquefois besoin de dire: Je
veux!--du moins je l'imagine ainsi pour l'avoir éprouvé déjà une
fois,--dit-elle en hésitant encore davantage sur un souvenir qui nous
rappelait à tous les deux l'histoire entière de son mariage. On cite une
marquise du commencement de ce siècle, qui prétendait qu'en le voulant
bien on pouvait s'empêcher de mourir. Elle n'est peut-être morte que
d'une distraction. Il en est ainsi de beaucoup d'accidents présumés
involontaires. Qui sait même si le bonheur n'est pas en grande partie
dans la volonté d'être heureux?
--Dieu vous entende, chère Madeleine!» m'écriai-je en l'appelant d'un
nom que je n'avais pas prononcé depuis trois ans.
Et je me levai en disant ces derniers mots, empreints d'un
attendrissement dont je n'étais plus maître. Le mouvement que je fis fut
si soudain, si imprévu, il ajoutait une telle ardeur à l'accent déjà si
décisif de mes paroles, que Madeleine en reçut comme une secousse au
coeur qui la fit pâlir. Et j'entendis au fond de sa poitrine comme une
douloureuse exclamation de détresse qui cependant n'arriva pas jusqu'à
ses lèvres.
Souvent je m'étais demandé ce qui arriverait, si, pour me débarrasser du
poids trop lourd qui m'écrasait, très simplement, et comme si mon amie
Madeleine pouvait entendre avec indulgence l'aveu des sentiments qui
s'adressaient à madame de Nièvres, je disais à Madeleine que je
l'aimais. Je mettais en scène cette explication fort grave. Je la
supposais seule, en état de m'écouter, et dans une situation qui
supprimait tout danger. Je prenais alors la parole, et, sans préambule,
sans adresse, sans faux-fuyants, sans phrases, aussi franchement que je
l'aurais dite au confident le plus intime de ma jeunesse, je lui
racontais l'histoire de mon affection, née d'une amitié d'enfant devenue
subitement de l'amour. J'expliquais comment ces transitions insensibles
m'avaient mené peu à peu de l'indifférence à l'attrait, de la peur à
l'entraînement, du regret de son absence au besoin de ne plus la
quitter, du sentiment que j'allais la perdre à la certitude que je
l'adorais, du soin de sa tranquillité au mensonge, enfin de la nécessité
de me taire à jamais à l'irrésistible besoin de lui tout avouer et de
lui demander pardon. Je lui disais que j'avais résisté, lutté, que
j'avais beaucoup souffert; ma conduite en était le meilleur témoignage.
Je n'exagérais rien, je ne lui faisais au contraire qu'à demi le tableau
de mes douleurs, pour la mieux convaincre que je mesurais mes paroles et
que j'étais sincère. Je lui disais en un mot que je l'aimais avec
désespoir, en d'autres termes, que je n'espérais rien que son absolution
pour des faiblesses qui se punissaient elles-mêmes, et sa pitié pour des
maux sans ressource.
Ma confiance en la bonté de Madeleine était si grande que l'idée d'un
pareil aveu me semblait encore la plus naturelle au milieu des idées
folles ou coupables qui m'assiégeaient. Je la voyais alors,--du moins
j'aimais à l'imaginer ainsi,--triste et très sincèrement affligée, mais
sans colère, m'écoutant avec la compassion d'une amie impuissante à
consoler, et disposée, par hauteur d'âme et par indulgence, à me
plaindre pour des maux qui, en effet, n'avaient pas de remède. Et, chose
singulière, cette pensée d'être compris, qui m'avais jadis causé tant
d'effroi, ne me causait aujourd'hui aucun embarras. J'aurais de la peine
à vous expliquer comment une fantaisie aussi hardie pouvait naître dans
un esprit que je vous ai montré d'abord si pusillanime; mais bien des
épreuves m'avaient aguerri. Je n'en étais plus à trembler devant
Madeleine, au moins de peur comme autrefois, et toute irrésolution
semblait devoir cesser dès que j'allais effrontément au-devant de la
vérité.
Pendant un court moment d'angoisse extrême, cette idée d'en finir se
présenta de nouveau, comme une tentation plus forte et plus
irrésistible que jamais. Je me rappelai tout à coup pourquoi j'étais
venu. Je pensai qu'en aucun temps peut-être une pareille occasion ne me
serait offerte. Nous étions seuls. Le hasard nous plaçait dans la
situation exacte que j'avais choisie. La moitié des aveux étaient faits.
L'un et l'autre nous arrivions à ce degré d'émotion qui nous permettait,
à moi de beaucoup oser, à elle de tout entendre. Je n'avais plus qu'un
mot à dire pour briser cet horrible écrou du silence qui m'étranglait
chaque fois que je pensais à elle. Je cherchais seulement une phrase,
une première phrase; j'étais très calme, je croyais du moins me sentir
tel: il me semblait même que mon visage ne laissait pas trop apercevoir
le débat extraordinaire qui se passait en moi. Enfin j'allais parler,
quand, pour m'enhardir davantage, je levai les yeux sur Madeleine.
Elle était dans l'humble attitude que je vous ai dite, clouée sur son
fauteuil, sa broderie tombée, les deux mains croisées par un effort de
volonté, qui sans doute en diminuait le tremblement, tout le corps un
peu frissonnant, pâle à faire pitié, les joues comme un linge, les yeux
en larmes, grands ouverts, attachés sur moi avec la fixité lumineuse de
deux étoiles. Ce regard étincelant et doux, mouillé de larmes, avait une
signification de reproche, de douceur, de perspicacité indicible. On eût
dit qu'elle était moins surprise encore d'un aveu qui n'était plus à
faire, qu'effrayée de l'inutile anxiété qu'elle apercevait en moi. Et
s'il lui avait été possible de parler, dans un instant où toutes les
énergies de sa tendresse et de sa fierté me suppliaient ou m'ordonnaient
de me taire, elle m'eût dit une seule chose que je savais trop bien:
c'est que les confidences étaient faites, et que je me conduisais comme
un lâche! Mais elle demeurait immobile, sans geste, sans voix, les
lèvres fermées, les yeux rivés sur moi, les joues en pleurs, sublime
d'angoisse, de douleur et de fermeté.
«Madeleine, m'écriai-je en tombant à ses genoux, Madeleine,
pardonnez-moi...»
Mais elle se leva à son tour, par un mouvement de femme indignée que je
n'oublierai jamais; puis elle fit quelques pas vers sa chambre; et comme
je me traînais vers elle, la suivant, cherchant un mot qui ne l'offensât
plus, un dernier adieu pour lui dire au moins qu'elle était un ange de
prévoyance et de bonté, pour la remercier de m'avoir épargné des
folies,--avec une expression plus accablante encore de pitié,
d'indulgence et d'autorité, la main levée comme si de loin elle eût
voulu la poser sur mes lèvres, elle fit encore le geste de m'imposer
silence et disparut.