Or, dans un village qui rampait humblement au fond de la vallée, il y
avait un jeune homme de vingt ans nommé Amyle qui, de son métier, était
dénicheur d'aiglons et d'orfraies.
Un soir, au coucher du soleil, comme il chassait sur le rocher,
fouillant les anfractuosités, à la recherche des nids, il s'approcha du
château, et, soudain, il s'arrêta, ébloui, ravi en extase. Il venait
d'apercevoir Ydoine qui se promenait, tout de blanc vêtue, le long des
murailles vertes. Jamais encore le garçon n'avait contemplé une aussi
suave créature, et il se frotta les yeux, croyant à quelque surnaturelle
apparition. Mais un éternuement retentissant dirigea son attention vers
la vieille dame respectable qui avait accoutumé de suivre la fille du
seigneur, et la vue de cette personnalité plantureuse qui se dandinait
lourdement à la manière des canards, de ce nez rubicond que l'abus du
tabac à priser faisait ressembler à celui du notaire du village et de
cette bouche hargneuse, telle celle du maître d'école admonestant les
petits, ramena Amyle à des conceptions plus terrestres.
Il se dissimula, se coula sur le granit comme il savait si adroitement
faire pour surprendre les aiglons, et ainsi, il suivit à son tour Ydoine
qui marchait, nonchalante, perdue en ses rêveries. Anxieux, haletant, il
observait ses maintiens, ses poses, et il lui semblait que son coeur le
brûlât lorsque, par un hasard heureux ou grâce à une habile tactique, il
pouvait apercevoir le fin profil de l'enfant.
Il attendit qu'elle eût terminé sa promenade; elle rentra au château, le
pont-levis fut tiré, et Amyle demeurait encore là, continuant dans son
esprit la chère vision. La nuit le chassa; il regagna le village en
chantant sans trop comprendre pourquoi il chantait puisque, à suivre
l'inconnue, il avait perdu tout son temps et venait au logis les mains
vides. Il sentit alors qu'il aimait et, quand il eut fait cette belle
découverte, il ne chanta plus que de mélancoliques villanelles, des airs
qui paraissaient plutôt plaintes ou sanglots, car il n'ignorait point
qu'un dénicheur d'oiseaux tel que lui, était indigne d'une fille de
seigneur, et il se disait que son amour follement conçu lui tombait du
ciel ainsi qu'une cruelle pénitence, à lui infligée sans doute en
punition de son indiscrète curiosité.
(suite plus bas.)
[Illustration: Entrée et forteresse de Moussamoudou.]
[Illustration: Le prince Salim.]
[Illustration: Le minaret.]
[Illustration: LES ÉVÉNEMENTS DES COMORES.--Vue générale de
Moussamoudou, capitale de l'île d'Anjouan. D'après les photographies
communiquées à «l'Illustration» par M. Paul Drilhon.]
[Illustration: Le sultan Boura-Ali.]