L'oncle Bélébon souriait à pleine bouche et clignait de l'œil en
homme qui apporte un sac de dragées sous son paletot.
«Eh bien! comment donc va Minette? dit-il de loin. Joli temps pour les
seigles, quoiqu'ils demandent de la pluie du côté d'Auray. Mais bah! à
la campagne, ils demandent toujours quelque chose. Et à la ville
aussi, eh! Il n'y a que vous pour n'avoir rien à souhaiter, hé! hé!»
Il entra et déplia son vaste mouchoir pour s'essuyer le front, ce
qu'il faisait toute fois que pendait une négociation importante.
Chaque diplomate a son tic et sa mise en scène.
«Ma belle petite mignonne, reprit-il, asseyons-nous, pas vrai? J'ai à
vous causer d'amitié. Hé! hé! ça vous étonne? Ça va bien plus vous
étonner encore tout à l'heure. Vincent n'est pas un trappiste, non, ni
un capucin. Chacun a ses défauts; dites donc, hein! Mais il y a du bon
chez ce garçon-là; c'est franc, c'est loyal, c'est doux comme un
agneau, au fond, et la petite femme qu'on prendra fera de lui tout ce
qu'elle voudra. Ah! mais oui!»
Dans les successions, l'oncle Bélébon détournait des objets pour avoir
un «souvenir» du mort. Comme il avait vu mourir beaucoup de gens, il
s'était monté ainsi de souvenirs. Il ouvrit la fameuse boîte d'or de
ma pauvre tante Nougat, où était le portrait de Gérard, et huma une
prise comme eût pu le faire M. de Talleyrand en personne.
Après quoi, il offrit une pastille à Annette dans la bonbonnière
émaillée de Bel-Œil.
«Ah! mais oui, répéta-t-il. Tout ce qu'elle voudra, la coquinette!
Bonne nature, le pauvre Vincent, cœur sur la main, pas vilain garçon,
dès qu'on l'aura nettoyé. Que dites-vous de ça, ma mignonne?
--Absolument rien, monsieur de Bélébon, répondit Annette.
--Sans doute, sans doute, hé, hé! Vous avez un petit peu de rancune,
pas vrai, fifille? Voilà! il est assez fâché de ce qu'il a fait,
allez! Il était habitué comme ça avec les autres femmes de chambre.
Vous savez, les jeunes gens. Mais vous! pas de danger! il sait de quoi
il retourne, maintenant. En un mot comme en cent, vous lui avez tapé
droit dans l'œil. Atout!»
Annette fronça le sourcil. L'oncle Bélébon croisa ses jambes l'une sur
l'autre et se campa à la façon des sociétaires de la Comédie-Française
quand ils veulent jouer la bonhomie du grand seigneur.
«Tata? tata! fit-il, voyez-vous ça! La Minette se figure qu'à mon âge
je viendrais lui parler pour la bagatelle! Ne va-t-elle pas se fâcher?
Stop, bijou! Regardez mes cheveux blancs. Ah! pauvre biche, vous ne
vous attendez guère à gagner tout d'un coup le gros lot! Ah! mais!
domino? Voulez-vous savoir? On va vous faire comtesse, ma petite, rien
que cela, du premier coup! La chose a-t-elle le don de vous plaire?
Comtesse de Kervigné-Bélébon. Je viens vous demander votre blanche
main en faveur de mon petit-fils, Vincent de Kervigné-Bélébon, qui
sèche sur tige de l'amour qu'il a pour vous. C'est farce, pas vrai? Eh
bien vous ne rêvez pas. Telle est la récompense de la vertu sur la
terre!»
Annette affecta de baisser les yeux et tourna la tête pour cacher
l'envie de rire qu'elle avait.
«Elle n'en revient pas! disait le bonhomme; tenez, tenez! elle n'en
revient pas, la polissonne! C'est gentil de faire des heureux!»
Pour éviter au lecteur la peine de sonder les profondeurs de l'oncle
Bélébon, voici quel était son calcul. Ah! qu'il avait d'esprit!
Problème à résoudre: se débarrasser de la favorite.
L'affection qu'on avait chez nous pour Annette grandissait; elle
gagnait tout le terrain que le parti Bélébon perdait; Vincent était en
équilibre au seuil de la rue. Il fallait à tout prix renvoyer la
favorite dans ses foyers.
Or mon père était encore le maître, en définitive, et mon père avait
une haine beaucoup plus forte que son affection pour la favorite.
L'objet de sa haine, c'était le monstre appelé _Mésalliance_.
Que Vincent parût amoureux de la femme de chambre pour le bon motif,
qu'il la demandât en mariage, et que la femme de chambre donnât dans
le panneau, tout était dit.
Or, comment supposer que la femme de chambre pût résister aux
séductions de ce splendide avenir? Comtesse de Kervigné-Bélébon!
Il est vrai que Vincent était un affreux époux, mais, selon
l'expression de l'oncle Bélébon, la petite n'avait pas froid aux yeux.
Elle était fille à mettre Vincent dans sa poche, si elle voulait, et
certes, la frayeur ne pouvait point l'arrêter sur la route de la
fortune.
Le piége était adroit, positivement, et tendu comme il faut. L'homme
qui avait exilé son propre fils, son fils unique, hésiterait-il devant
l'expulsion d'une servante?
Je dois noter ici que personne, à Vannes, ne savait rien d'Annette,
excepté l'abbé Raffroy et ma mère, instruits tous les deux à des
degrés bien différents. Annette passait pour une jeune fille de
Basse-Bretagne. Ni ma mère, ni l'abbé Raffroy ne choisissaient les
Bélébon pour confidents.
Cependant l'oncle allait répétant:
«Elle n'en revient pas! elle n'en revient pas, la petite cocotte.»
Et il prenait le silence d'Annette pour l'ébahissement du bonheur.
Sans qu'elle demandât d'explications, il prit la peine de lui en
fournir, tant il jugeait son offre inespérée et invraisemblable.
«J'entends bien, j'entends bien, dit-il rondement; quand le gros lot
vous tombe des nues, on n'y croit pas; ça éblouit, ça ébêtasse, ça
ébeluette! Il tombe si rarement, pas vrai, le gros lot? Vous êtes
comme saint Thomas, Bichette; il faut qu'on vous fasse toucher au
doigt la chose. M. le vicomte de Kervigné-Bélébon, mon petit-fils, qui
sera comte à la mort de son père adoptif, car l'adoption légale n'est
plus qu'une affaire de temps, est couru comme un gibier par toutes les
demoiselles de Vannes. Ah! Seigneur Dieu! celui-là n'est pas
embarrassé pour se marier, dites donc! Les filles de la noblesse, de
la magistrature et du commerce se l'arrachent, quoi, ça crève l'œil.
On n'a pas besoin de lunettes pour voir la chose. Alors, pourquoi
choisir une servante, hé? Bon! Atout, et passe mon roi! Nous ne sommes
pas d'hier; nous avons la tête carrée comme un bonnet de président. La
noblesse? la magistrature? la finance? c'est selon les goûts, comme
l'échalotte. Je n'en dis pas de mal, savez-vous? Mais notre Vincent
est de la campagne: s'il prenait une de ces pimbêches d'un liard en
pain d'épices, il y aurait des reins cassés au bout de huit jours. Ce
n'est pas l'affaire. Comprenez-vous la manœuvre? Et puis, que
voulons-nous? Mettre du bonheur dans cette maison-ci, qui est la
nôtre. Le papa et la maman sont faits à votre mignon minois; ils vous
aiment; je les vois d'ici tous les deux sauter de joie, quand on leur
dira: Voilà votre fillette. Je vous dis: C'est gentil de faire des
heureux. Moi, je trouve ça gentil. Et vous? En conséquence de quoi,
j'ai dit au gars: Roule ta bosse! Je vas parler avec la petite: tu
auras ce que ton cœur désire, pour chanter comme la chanson, et les
bonnes gens mourront au sein du bonheur. Allez! posez le double six.
Je suis fait de même, agissant toujours pour le mieux et me moquant du
qu'en dira-t-on. J'ai bien l'honneur d'être, etc., comme à la fin des
lettres. Réponse, s'il vous plaît. Baisez papa.
--Cinq minutes de retard, montre à la main, cria mon père dans le
corridor. A la soupe, saperbleure! à la soupe!»
Annette s'élança pour se rendre à son devoir. La chambre de Vincent
s'ouvrait à l'autre bout du corridor. Elle en vit sortir la tête de
Méduse.
Un homme entre deux âges, fort élégant, tout de noir habillé, causait
avec Vincent, à voix basse. Il tenait sa main pour prendre congé. A la
vue d'Annette, cet homme resta bouche béante et pâlit, puis il
s'éloigna précipitamment, sans prononcer une parole.
Annette l'avait reconnu du premier coup d'œil: c'était Laroche.
Ceci était bien autre chose que les diplomaties Bélébon. Annette
demeura un instant atterrée devant la ruine de son plan et
l'écroulement de tous ses projets; mais qui de nous saurait mesurer un
courage de femme? Annette était la vaillance même. Elle se redressa,
intrépide, devant le danger. Au déjeuner, elle eut la force d'être
gaie, car la gaieté était une de ses armes, et il les lui fallait
toutes.
Après le repas, elle se retira, selon l'habitude, dans la chambre de
ma mère. Tout en riant, tout en chantant, elle s'était recueillie en
elle-même. L'heure sonnait de jouer son va-tout. Elle avait compté sur
un plus long délai, mais elle était prête.
«Je vous appelai tous autour de moi, me disait-elle en me racontant
plus tard les émotions de cet instant: toi, René, mon petit Philippe
et ma petite Anna. Je songeai à mon cher père, qui est un saint auprès
de Dieu, et je me sentis comme entourée de bons anges.»
Ma mère était triste. C'était l'effet que produisaient sur elle
désormais le bruit et les rires. Annette savait d'avance qu'il ne
serait pas difficile d'amener l'entretien sur une pente favorable, car
elle avait peine chaque jour à fuir les questions dont on l'accablait.
Son embarras était de frapper un coup décisif et d'arriver en si peu
de temps à pousser l'émotion jusqu'à ce paroxysme contagieux qui se
gagne de proche en proche; car ce n'était pas le cœur de ma mère
seulement qu'Annette avait à emporter d'assaut, c'était aussi, c'était
surtout le cœur de mon père.
Elle prit son ouvrage qui était une broderie et s'assit sur un
tabouret sous le bras en tapisserie du grand fauteuil de sa maîtresse.
Elles gardaient toutes les deux le silence. Ma mère rêvait; Annette
cherchait. Ma mère dit, comme si elle eût obéi malgré elle au secret
désir de sa jeune compagne:
«Il y a des moments où je crois que vous m'avez trompée, Anna. Il est
impossible que vous soyez une fille de la campagne.»
Anna poussa un gros soupir en répondant:
«Jamais je ne vous ai dit que la vérité, madame.
--Le soleil a brûlé ces jolies mains, c'est vrai, reprit ma mère, mais
depuis peu seulement, et le travail de la bêche ou de l'aviron ne les
a point grossies. En quel pays de Bretagne brode-t-on comme vous
brodez, Anna?
--A Etel, madame.
--On dit, en effet, que celles d'Etel sont presque des demoiselles.
J'irai y voir. Ce qui est bien sûr, c'est que vous n'étiez point faite
pour être une servante.
--Madame, vous ai-je donc mal obéi?
--Ah! chère petite! Dieu me préserve de le dire! Tu as été toujours
près de moi douce et facile comme un ange! C'est là précisément ce qui
te distingue des autres domestiques. Les domestiques, à présent, sont
les ennemis de leurs maîtres, et toi, il semble que tu n'aies qu'une
pensée du matin jusqu'au soir: nous plaire. Depuis bien longtemps, je
n'ai eu de consolation et de joie qu'avec toi. Mon mari et moi c'est
le jour et la nuit, et pourtant, tu sais te faire bonne pour l'un
comme pour l'autre. Ma pensée, Anna, chère enfant, c'est que tu es
au-dessus de ton état. Ton langage n'est pas celui de nos Bretonnes;
Juliette, ma fille, la marquise, n'avait pas les doigts plus délicats
que toi, et il n'y a pas jusqu'à tes brusqueries qui ne ressemblent
point aux colères du village....»
Annette soupira et murmura.
«J'ai pourtant fait ce que j'ai pu!
--Pour me tromper, n'est-ce pas, chérie?» demanda vivement ma mère.
Annette baissa les yeux et garda le silence.
«J'en étais sûre! s'écria l'excellente femme avec un élan de joie. Il
y a là quelque dévouement comme ceux qu'on raconte dans les livres! Tu
es une demoiselle! tu t'es mariée par amour malgré le consentement de
tes parents.... Tu pleures!.... Se peut-il qu'il y ait des gens assez
durs!.... car tu n'as pu choisir qu'un homme digne de toi, j'en
jurerais!
--Oh! oui! balbutia Annette, qui n'avait pas besoin ici de jouer
l'émotion, digne de moi!
--Vois donc! Et pourquoi vous a-t-on fait du chagrin? parce qu'il
était pauvre sans doute? et d'une naissance inférieure à la tienne?
car tu es de sang noble, j'en mettrais ma main au feu!»
Annette n'était pas là pour faire son cours de philosophie et
disserter en elle-même sur les merveilleuses inconséquences de notre
pauvre nature humaine.
L'indignation de ma mère s'échauffait et grandissait, fouettant avec
une énergie inattendue la paresse de son caractère. Il lui fallait
évidemment toute sa charité chrétienne pour ne point maudire hautement
ces parents injustes et cruels qui avaient pu rejeter loin d'eux un
pareil trésor, pourquoi? Parce que....
Mon Dieu! cela est certain! l'idée de son fils René ne vint point en
ce moment à ma bonne mère.
«Veux-tu, reprit-elle avec une chaleur croissante, je puis bien te
proposer cela, car je suis certaine, oh! parfaitement certaine d'avoir
l'approbation de M. de Kervigné, veux-tu rester toujours avec nous?
non plus comme servante, mais comme amie? Tu seras servie à ton tour
et je voudrais bien voir qu'il y eût ici quelqu'un pour te manquer de
respect! Tu seras ici autant que Vincent Bélébon: bien plus que
Vincent Bélébon, car on ne l'aime pas et l'on t'aime!»
Annette se pencha sur sa main et la baisa.
«C'était mon rêve! murmura-t-elle. Rester avec vous toujours!
--Eh bien?» fit ma mère, déjà épouvantée.
Annette se redressa et montra deux grosses larmes qui roulaient
lentement sur sa joue.
«Je suis venue ici pour mon mari, dit-elle, pour mes enfants.
Laissez-moi parler, madame. Je ne vous connaissais pas, c'est vrai,
mais dès que je vous ai vue, tout mon cœur s'est élancé vers vous!
Avoir une mère comme vous, ah! bonté du ciel!... si je pouvais être
heureuse quelque part, loin de la plus chère moitié de mon âme, ce
serait près de vous. Mais on compte trop souvent sur le courage qu'on
se promet d'avoir. Mon mari souffre là-bas, je le sais; mes petits
enfants m'appellent...»
Ma mère courba la tête à son tour.
«C'est vrai... c'est vrai! pensa-t-elle tout haut. Tu ne peux pas nous
aimer comme tu les aimes.»
Elle prit la broderie des mains d'Annette et la plia.
«Tu veux nous quitter, ma fille?» prononça-t-elle d'une voix altérée.
Et comme Annette ne répondait pas, elle ajouta:
«Je garderai cela... avec les deux boucles blondes des petits. Depuis
ma fille, je n'ai rien aimé comme toi. Je vais être seule. Je ne veux
plus personne. Pourquoi es-tu venue? Qui t'avait appelée?....»
Elle appuya sa tête sur sa main. Elle ne pleurait pas, mais les rides
se creusaient sur sa figure toute pâle. Annette fondait en larmes.
«Je ne sais pas votre histoire, Anna, reprit ma mère, je désirais la
savoir, mais que m'importe à présent? ce que je devine me suffit. Vous
ne manquerez plus de rien, ma fille. Je vous ferai une pension, pour
que vous puissiez rester toujours près de votre mari, près de vos
petits enfants....
--Oh! madame! madame!
--J'irai vous voir. Y a-t-il où me mettre, dans votre maison?
--Ma bonne! ma chère maîtresse!
--Taisez-vous! vous m'avez menti. Aviez-vous le droit de réveiller mon
désespoir engourdi? Vous ne saurez jamais le mal que vous avez fait,
Anna....»
Elle croisa ses deux mains froides sur la broderie pliée et répéta:
«Seule! encore seule!»
La bouche d'Annette s'ouvrait, l'aveu pendait à ses lèvres, quand on
frappa à la porte doucement. C'était M. de Kervigné qui s'ennuyait à
la mort, selon sa coutume, et qui rôdait, cherchant à tuer le temps
qui séparait le déjeuner du dîner.
«Vous n'avez que deux heures vingt, ici, dit-il, vous retardez: il est
vingt-cinq et je ne sais pas si nous n'aurions pas deux minutes de
plus à la cathédrale. Nous avons eu trente-deux au thermomètre,
aujourd'hui, savez-vous. Voici l'été pour tout de bon. C'est demain
grand'marée: on a vu de la sardine au marché. Comment dites-vous donc
celle-là, Annaïc?....
Fanchonnette,
Turlurette,
Qui vive au vent du buisson,
Fanchon?
C'est Grégoire,
Chaud de boire,
Qui roule comme un bouchon
Tout rond,
En revenant d'la foire!
Il s'arrêta court et se mit à regarder les deux femmes.
«Qu'as-tu donc, madame! demanda-t-il en pâlissant. As-tu renvoyé
Annaïc?»
Ma mère fut quelque temps à répondre, puis elle regarda son mari en
face à son tour et dit résolûment:
«J'ai assez pleuré. Ils viendront vivre ici tous les quatre, ou je
m'en irai dans un couvent!
--Qui donc, tous les quatre, interrogea mon père.
--Elle, son mari et ses deux petits enfants.
--Son mari! Tiens! tiens! Eh bien! pourquoi non? depuis Joson Michais
nous n'avons pas eu de valet de chambre.
--Il ne s'agit pas de valet de chambre! s'écria ma mère. Vous n'avez
pas deviné cela, vous autres. Anna est une fille de qualité.
--Saperbleure! fit mon père.
--Un mariage d'amour....
--Ah! diable!
--On a chassé le jeune ménage. Un jeune homme charmant....
--Voyez-vous ça! Je les prends. Plus on est de fous plus on rit.
L'oncle se ratatine et Vincent s'abrutit. Embarque!»
Ma mère se jeta impétueusement dans les bras du bonhomme. Ce n'était
plus la même femme. Elle vivait maintenant, et la joie la jetait hors
de son assoupissement chronique.
«Partons! dit-elle. Partons tout de suite. Je veux aller les chercher.
D'ici Etel, il n'y a que huit lieues.
--Et la soupe? objecta mon père.
--Nous dînerons à Auray.
--Au Pavillon-d'en-haut! bonne auberge! J'en suis! Mais que fait-elle
donc, cette petite?»
Annette était entre eux deux, agenouillée et les mains jointes.
«C'est impossible, dit-elle les larmes aux yeux. Merci, merci du fond
du cœur. Mais n'essayez pas de nous sauver: c'est impossible.
--Il n'y a au monde qu'une chose impossible, s'écria mon père, c'est
de me faire consentir au mariage de mon coquin de fils avec la
comédienne. En route, il doit savoir des chansons, ce mari! La soupe à
Auray! un morceau sur le pouce à Etel: bon appétit, bonne conscience.
En route!»